En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Cosmétiques : le changement de comportement peut-il réduire la pollution ?

Le projet Cosmet'eau s'est intéressé aux changements de pratiques concernant les produits cosmétiques et a évalué les conséquences sur les milieux aquatiques. Détails des résultats.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°383 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°383
[ Plus d'info sur ce numéro | S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]

Comment inciter les changements de pratiques vis à vis des produits cosmétiques et quelles sont leurs conséquences sur la pollution aux micropolluants ? C'est à ces questions que tente notamment de répondre le projet Cosmet'eau depuis 2014.

Les différents partenaires se sont penchés pour cela sur trois type de polluants : les parabènes (utilisés comme conservateurs) et deux biocides, le triclosan et le triclocarban. Présentes dans les gels douches, dentifrices, shampoings, etc., ces molécules sont susceptibles d'induire des effets de perturbateurs endocriniens ou d'induction d'antibiorésistance dans les écosystèmes.

Une réaction à l'inquiétude des consommateurs

 
Quand nous avons recherché les parabènes dans les rivières, nous les avons retrouvés partout. Certains sont plus stables que d'autres.  
Régis Moilleron, Leesu
 
Le choix des parabènes pour le projet de recherche tient à l'histoire particulière de la gestion de son usage en France. "Les industriels ont modifié leur formulation en réponse à une inquiétude des consommateurs", a pointé Régis Moilleron, directeur du Laboratoire Eau, Environnement, Systèmes Urbains (Leesu) lors du colloque de restitution des résultats. Ces derniers sont utilisés depuis les années 1920 dans les médicaments, les aliments et les cosmétiques. La vive réaction des consommateurs en 2005 après la diffusion d'un "Envoyé spécial" sur le sujet a conduit une grande partie de ces derniers à retirer la substance de leurs produits. L'émission faisait l'écho des travaux de Philippa Darbre de l'Université de Reading qui indiquaient que les parabènes seraient impliqués dans la formation et le développement de tumeurs du sein.

"Nous pouvons nous interroger sur la stratégie des industriels, a noté Régis Moilleron, une des premières réponses a été de le substituer par une molécule - la méthylisothiazolinone (Mit) – qui présentait des risques d'allergie". Après de nombreuses alertes d'experts, celle-ci est interdite depuis 2017 au niveau européen dans les produits non rincés. Ce changement de formulation a néanmoins permis une réduction du flux de parabènes présents dans les réseaux d'assainissement (d'un facteur 2 à 7 entre 2010 et 2016). Toutefois, la toilette ou le lavage du linge restent toujours contributeurs de la pollution en parabènes, triclosan et triclocarban. Cette contamination provient des produits mais également de la peau par les différentes utilisations que nous avons des cosmétiques. Pour les eaux issues du lave-linge, la principale source provient ainsi du linge. De la même manière, les effluents des salons de beauté et de coiffures se caractérisent par un niveau plus élevé en parabènes pour les premiers et en méthylparabène pour les seconds.

Une élimination partielle

Ces polluants sont ensuite éliminés en partie par les stations d'épuration. "Quand nous avons recherché les parabènes dans les rivières, nous les avons retrouvés partout, a cependant noté Régis Moilleron. Certains sont plus stables que d'autres : il faudrait également se pencher sur les produits de dégradations et acquérir de la donnée sur les produits de substitution".

Les milieux sont notamment contaminés lors de débordements des déversoirs d'orage par temps de pluie. Des incertitudes demeurent : les scientifiques doivent encore mener des travaux sur les eaux de ruissellement et les eaux vannes.

Durant le projet, les chercheurs en chimie de l'environnement ont testé des eaux comprenant des cosmétiques sur des bactéries, algues, champignons, levures et cellules humaines. Ils montraient que les substituants n'étaient pas forcément moins nocifs pour les milieux et la santé. "La toxicité dépend des organismes et des formulations, a indiqué Anthony Marconi, directeur de l'innovation de l'entreprise Vigicell. Nous avons également constaté que dans certains cas, la formulation biologique n'est pas forcément meilleure".

Outre la pression des consommateurs, le changement de pratique pourrait s'opérer par la voie réglementaire. "Le levier réglementaire n'est pas dans les mains des collectivités et est très cadré au niveau européen. Il est difficile pour l'Etat d'empêcher la mise sur le marché de produits, a toutefois opposé Patricia Blanc, directrice générale de l'Agence de l'eau Seine. Il serait plus efficace de partager l'expertise entre chaque Etat membre".

L'incitation financière pourrait également être un autre moyen pour induire des comportements vertueux.

Vers une incitation à l'autoproduction ?

Enfin, une sensibilisation des consommateurs peut contribuer à les orienter vers des usages ou des produits moins polluants. Les chercheurs en sciences sociales du projet Cosmet'eau ont montré que pour le choix de produits plus vertueux, les pharmaciens et les vendeurs ont indiqué qu'ils n'étaient pas prescripteurs. En revanche, la toile à travers les conseils des blogs ou youtube a pris une place importante.

Ces changements de pratiques pourraient être encadrés par des collectivités. Pour les scientifiques du projet Cosmet'eau, leur communication dans ce cas devra reposer sur quelques éléments clefs. Comme le polluant est omniprésent, le discours devra tout d'abord être global. Elle devra également lier les enjeux sanitaires et environnementaux. Ils recommandent de présenter les coûts financiers causés par la dégradation des milieux et les bénéfices économiques des pratiques innovantes locales. Ils incitent également à orienter les consommateurs vers des "comportements sans regrets".

Certaines collectivités se sont déjà lancées dans l'action. La ville de Paris à travers son plan parisien de santé environnement a développé un volet de lutte contre les perturbateurs endocriniens. Ce dernier s'appuie sur différentes actions telle qu'une volonté d'exemplarité dans la commande publique et la gestion des établissements publics. "Est-ce le rôle de la ville de Paris d'apprendre aux consommateurs à lire les étiquettes, je ne suis pas sûre, a estimé Pascale Neveu du service technique de l'eau et de l'assainissement de la ville de Paris. Cela fait plus sens de cibler les agents pour qu'ils soient exemplaires".

Dans le cadre du projet Lumieau-Stra, l'Eurométropole de Strasbourg a quant à elle lancé notamment une campagne de communication sur comment faire du nettoyage au naturel. "Pour l'instant, nous ne voyons pas le résultat mais nous espérons que d'ici cinq ans nous le pourrons", a indiqué Béatrice Bulou, vice présidence de l'Eurométropole de Strasbourg en charge de l'eau et de l'assainissement.

"Nous pourrions imaginer de créer un observatoire qui couplerait la qualité de l'eau et le changement de pratique, les collectivités pourraient jouer un rôle d'alerte", a proposé en guise de conclusion Régis Moilleron.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager