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Actu-Environnement

Coût du démantèlement nucléaire : EDF doit-elle tenir compte de l'exemple allemand ?

Le ministère de l'Environnement a réalisé un audit sur le coût du démantèlement des réacteurs d'EDF. Publié en catimini, le document écarte la prise en compte des exemples étrangers. EDF et Greenpeace s'affrontent sur ce point.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Les provisions d'EDF pour le démantèlement de ses réacteurs nucléaires sont-elles suffisantes ? La question oppose Greenpeace et l'électricien. L'ONG, qui s'appuie sur un rapport commandé au cabinet AlphaValue, estime qu'il manque "environ 50 milliards d'euros". En conséquence, Greenpeace a déposé plainte considérant que les bilans d'EDF donnent une fausse image auprès des investisseurs et des actionnaires. Mais l'électricien "conteste vigoureusement les prétendues analyses comptables et financières du cabinet AlphaValue". L'entreprise explique que les coûts de démantèlement "ont (…) fait l'objet d'un audit du ministère de l'Environnement". Dans la foulée, l'entreprise "dépose une plainte pénale pour tirer les conséquences de ces allégations mensongères et de ces informations trompeuses".

Un rapport très discret

Sur quel rapport s'appuie EDF ? En 2014, le ministère de l'Environnement commande au cabinet d'évaluation financière Ricol Lasteyrie et au cabinet de conseil NucAdvisor un "Audit sur les modalités d'évaluation des charges brutes permettant le calcul des provisions de déconstruction des réacteurs d'EDF en cours d'exploitation". L'objectif est d'évaluer la pertinence des évaluations réalisées par EDF. Le document, finalisé en août 2015, est diffusé en janvier 2016. Officiellement, il est public, mais la mise en ligne sur le site du ministère a été particulièrement discrète. Le 6 octobre dernier, il a fait l'objet d'une présentation au Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN). Mais depuis, le document a été retiré du site du ministère. A priori, personne ne connaissait son existence en dehors du ministère et d'EDF. Les membres du Haut comité interrogés par Actu-Environnement indiquent avoir appris son existence le 6 octobre. Un point confirmé par les responsables du HCTISN.

Premier constat, le document du ministère n'est qu'une synthèse "publiable" et pas le rapport complet. De plus, il ne prend pas en compte l'impact de la loi sur la transition énergétique. Enfin, il s'appuie "principalement sur les données communiquées par EDF", données qui datent de 2013. Il s'agit des chiffres utilisés par la Cour des comptes pour son rapport de mai 2014.

Selon EDF, le coût de démantèlement s'élève à un milliard d'euros pour une centrale de quatre réacteurs de 900 mégawatts (la centrale de Dampierre est prise pour modèle). Cela représente un coût de 309 millions d'euros par gigawatt (GW) installé, hors dépollution des sols. "Ce devis est prudent, tant du point de vue des postes de coûts que du planning qui le sous-tendent", conclut l'audit commandé par le ministère. Toutefois, il rappelle que le chiffrage repose sur une hypothèse centrale : le maintien en exploitation d'une ou plusieurs tranches voisines, permettant de mutualiser certains frais avec l'exploitation. Une hypothèse qui ne devrait pas correspondre à l'arrêt des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) promis par le Gouvernement. Quel impact cela aura-t-il sur le coût du démantèlement ? L'audit "n'a pas pu approfondir" la question.

Moitié moins cher en France

L'une des principales critiques formulées à l'encontre du rapport concerne l'absence de prise en compte du retour d'expérience international. L'audit de Ricol Lasteyrie et NucAdvisor "confirme les conclusions d'EDF", selon laquelle "chaque cas est quasiment unique". Surtout, les auteurs "[relèvent] le caractère particulièrement inadéquat de la comparaison directe en euro par kilowatt installé provenant des chiffres bruts publiés dans la littérature internationale". L'approche reste donc franco-française. C'est sur ce point que Greenpeace et EDF s'affrontent.

"Evidemment, il n'y a aucune comparaison internationale dans l'audit commandé par le ministère", regrette Bernard Laponche, spécialiste de la question, qui ironise : "C'est bien connu : les électriciens allemands et américains sont des ânes". Bien sûr, il y a peu d'exemple de démantèlements et les différentes approches nationales font débat. Mais, le dernier rapport de la Cour des comptes souligne que l'exemple des opérateurs allemands "sera certainement une référence intéressante pour la France". En effet, les Allemands s'orientent vers un démantèlement immédiat des réacteurs arrêtés, comme le prévoit également la règlementation française.

AlphaValue a réalisé à la demande de Greenpeace cette comparaison internationale. L'exercice est délicat car les entreprises inscrivent dans leurs comptes des provisions, c'est-à-dire la valeur actualisée des dépenses futures. Or, de nombreux facteurs interviennent : le taux d'inflation retenu, le nombre d'années entre aujourd'hui et la date des dépenses et, bien sûr, le taux d'actualisation.

AlphaValue calcule le montant dont dispose EDF en partant du principe que l'entreprise devra fermer 17 réacteurs d'ici 2025 pour respecter la loi de transition énergétique. Avec ce scénario, les provisions d'EDF permettent de couvrir des charges de démantèlement de 452 millions d'euros par GW. Certes, EDF peut bénéficier de l'effet de série associé à son parc de 58 réacteurs, mais cela ne devrait guère permettre de réduire de plus de 10% la facture totale, estime AlphaValue.

En comparaison, les charges de démantèlement des autres producteurs européens sont deux fois plus élevées. Selon le cabinet, les Allemands E.ON et RWE évaluent à 835 millions d'euros et un milliard d'euros le coût par GW. Quant à Engie, il évalue le coût à 954 millions d'euros par GW pour ses sept réacteurs en Belgique. Ces chiffres sont relativement proches de ceux avancés par la Commission européenne qui estime qu'il faudra un peu plus d'un milliard d'euros par GW.

Réactions7 réactions à cet article

 

Pourquoi serait-il indispensable de raser les anciennes centrales?
Quand une centrale arrive en fin de vie il devrait suffire d'en extraire les combustibles dans un premier temps puis dans un deuxième temps le coeur et la laisser ainsi pendant une centaine d'années le temps d'avoir une forte décroissance de la radioactivité.
La base de sous-marin de Lorient, les bases de lancement de V1 et V2 , le Struthof vestiges d'un envahisseur inhumain de même que la ligne Maginot, ou les plages de débarquement sont considérées comme des monuments historiques à entretenir et à préserver.
Les centrales nucléaires vestiges d' devraient être gommées du paysage alors que les cheminées d'usine du début du 20èm siècle qui ont craché des fumées les plus noires possible pour affirmer leur puissance sont à maintenir impérativement d'après les "monuments de France".
Qu'il faille maintenir le site fermé avec un minimum de surveillance OK. Le mieux serait de construire la centrale de remplacement sur le même site pour assurer cette surveillance.

VD69 | 29 novembre 2016 à 12h26
 
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bonjour,
merci de votre article, que je trouve vraiment intéressant. Ceci est un sujet souvent (au moins parmi les intéressés ...) évoqué, et je trouve bien intéressant de voir la panoplie d'approches. Donc in fine, soit les autres ont "rien compris", ou bien EDF sous-provisionne très largement pour le démantèlement de ses centrales. Effectivement, la santé financière d'EDF se présenterait différemment une fois le coût, disons, "plus réaliste", pris en compte - et le fameux coût d'électricité en France également ...

joachimsaillans | 29 novembre 2016 à 14h22
 
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Deux logiques s'affrontent, une technicienne et économique, l'autre dogmatique. Pour Greenpeace, l'objectif est de démontrer que le démantèlement est raisonnablement impossible et donc qu'il faut urgemment sortir du nucléaire : posture évidemment absolument incohérente. Mais tout sera mis en œuvre pour faire exploser les coûts et les délais, on le voit bien avec Brennilis. Il faut quand même faire remarquer qu'aux US, pays qui a inventé la réglementite, une centrale de type REP a été totalement démantelée, sol engazonné ouvert au public, en moins de 7 ans.

dmg | 29 novembre 2016 à 21h39
 
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Une centrale de type REP a été totalement démantelée, sol engazonné ouvert au public, en moins de 7 ans, explique dmg. Effectivement, il s'agit de Maine Yankee.

Le débat ne concerne pas la faisabilité et le délai. Le sujet concerne le coût de l'opération.

Combien à coûté le démantèlement de Maine Yankee ? Autour de 500 millions d'euros pour un réacteur de 900 MWe.

EDF envisage pour sa part un coût de 309 millions par GWe et ses homologues européens autour du milliard par GWe.

Mais on peut aussi revenir à l'exemple américain. A combien est évalué le coût du démantèlement des deux réacteurs de San Onofre ? A 4,4 milliards de dollars, selon les chiffres fournis pas l'exploitant il y a deux ans. Bien sûr, le périmètre de la facture diffère quelque peu avec le stockage sur site du combustible usé. Mais ce stockage ne coûte "que" 1,2 milliards de dollars. Il reste quand même 3,2 milliards pour le démantèlement de deux réacteurs. Une paille.

wareika

wareika | 30 novembre 2016 à 12h53
 
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EDF est très conscient que l'ardoise présente quoi qu'il soit le montant, encore une fois laissons les chiffres pour les pro (non corrompus si possible) et allons cherches les vrais responsables du mensonge des ces lobbies considérés à tort comme indispensables aujourd'hui. Demain (je parle de générations bien
sur) ils seront jugés non pas pour les politiques dans lesquels il ne faudra plus faire confiance mais bien par le peuple qu'aura arrivé enfin à prendre conscience non seulement des profits éhontés de l’élite mais des conséquences de ces actions ou actionnaires si vous voulez, Etat compris bien entendu!

Maes | 01 décembre 2016 à 09h04
 
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Je m'interroge sur le fait que quand on évoque les lobbies, les profits (éhontés) , les manipulations etc. etc. la cible prioritaire est l'industrie nucléaire.
Je reçois tous les jours des pubs m'invitant à investir dans des panneaux solaires, ces gens là ne font pas cela pour la défense éthérée de l'environnement . Ils communiquent, font de la pub, manipulent l'information, mentent , pour leur propre intérêt , pour leurs profits et ceux de leurs actionnaires.
Au vu de la reprise de leurs discours par les média, j'ai tendance à penser que le lobby écolo et para écolo est plus puissant que le lobby nucléaire.

VD69 | 01 décembre 2016 à 12h02
 
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Alors il vous reste de vous travestir en Don Quixotte et partir combattre ses odieux moulins !!!

Maes | 01 décembre 2016 à 16h39
 
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