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Covid-19 : comment les services eau et assainissement font face à l'épidémie

Les services d'eau et d'assainissement ont dû réajuster leurs organisations pour faire face à l'épidémie de Covid-19. Parmi les questions : l'approvisionnement en masques et des possibles difficultés pour les livraisons de réactifs pour les traitements.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Covid-19 : comment les services eau et assainissement font face à l'épidémie

« Nous y verrons plus clair dans quelques jours », a indiqué Tristan Mathieu, délégué général de la Fédération des entreprises de l'eau (FP2E) à propos du réapprovisionnement du stock de masques pour les professionnels notamment de l'assainissement. Nous sommes aujourd'hui référencés comme étant des services prioritaires ». L'épidémie de Covid-19 a en effet bousculé et mis en tension l'accès à ces protections.

Si la question de la priorité du secteur médical sur la fourniture de masques FFP2 ne se pose pas, certaines missions nécessaires pour assurer la continuité du service assainissement, même hors épidémie, en nécessitent néanmoins pour assurer la protection des salariés. D'une manière générale, les virus peuvent en effet être excrétés par l'organisme et se retrouver dans les eaux usées. « Le besoin est sur les postes d'exploitation où les agents peuvent être exposés aux aérosols, par exemple le nettoyage haute pression des tamis à l'entrée des bio filtres, illustre Bruno Maneval, directeur de la régie de l'eau de la Métropole de Grenoble. Par rapport aux risques habituels dans les eaux usées, il n'y a pas de sur-risque Covid-19 ».

Selon une enquête réalisée par la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) auprès de ses adhérents, 100 000 masques FFP2 par semaine devraient ainsi être réservés aux services publics de l'eau et de l'assainissement. À titre indicatif, les quelques services publics contactés par Actu-Environnement ont indiqué avoir du stock pour ce type d'opérations pour une période de trois semaines à un mois. « Nos besoins hebdomadaires sont de 14 000 masques, indique, quant à lui, Laurent Maillard, directeur adjoint communication du groupe Saur. Nous utilisons notamment aujourd'hui les stocks réalisés lors de l'épisode de grippe H1N1 avec autorisation de la Direction générale de la santé malgré la date de péremption, sous réserve d'un contrôle visuel de leur bon état ».

L'organisation d'un roulement des salariés

Parmi les principales mesures pour faire face à cette crise sanitaire, les services eau et assainissement se sont concentrés sur les opérations essentielles au maintien des services et ont réduit le nombre des opérateurs présents sur le terrain. « Notre organisation cherche à limiter au maximum les contacts inter-personnels : nous avons décalé des horaires, supprimé les repas sur place et réduit les effectifs pour ne fonctionner qu'avec un gros tiers », indique Bruno Maneval. « Nous priorisons la totalité de nos interventions sur de l'exploitation courante : les travaux ou la maintenance sont mis de côté. Nous réparerons uniquement le fondamental, assure quant à lui Olivier Browne, directeur du Système d'assainissement et des réseaux du SIAAP. Nous fonctionnons avec 20 % des effectifs présents physiquement et 25 % en télétravail, et le reste ce sont des agents qui sont mobilisables, mis à leur domicile en protection ».

 
Nous priorisons la totalité de nos interventions sur de l'exploitation courante : les travaux ou la maintenance sont mis de côté.  
Olivier Browne, directeur du Système d'assainissement et des réseaux du SIAAP
 
Pour organiser cette gestion de crise, le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales recommande la mise à jour et la mise en place d'un outil : le plan de continuité d'activité (PCA), en priorité pour les services essentiels et notamment de l'eau potable, de l'assainissement et de gestion des eaux pluviales. « Le PCA détermine les agents devant être impérativement, soit présents physiquement, soit en télétravail actif avec un matériel adapté, que celui-ci soit attribué par le service ou personnel. Il revient ainsi à chaque administration locale d'identifier un noyau dur de personnes qui continuera à assurer les fonctions vitales de la collectivité », dresse le document.

Pour certains des services interrogés par Actu-Environnement, l'épidémie de grippe H1N1 avait déjà permis de se familiariser avec ces plans.

Vers un assouplissement de l'autosurveillance pour l'assainissement

Le ministère de la Transition écologique envisagerait également un assouplissement de l'autosurveillance des stations d'épuration. Cette obligation impose notamment aux maîtres d'ouvrage de vérifier le fonctionnement de leurs systèmes. « Notre position est que, dans une situation de crise, la priorité est d'assurer les services essentiels et la sécurité de nos salariés, pointe Tristan Mathieu. Le sujet de l'autosurveillance qui va être largement adapté à la situation : le ministère de l'Écologie a une écoute attentive de nos propos qui sont les mêmes que nos collègues des autorités administratives des régies ».

 
Les canalisateurs à l'arrêt pour l'instant « Nous sommes en capacité d'assumer la sécurité des salariés sur des interventions d'urgence car ce sont des opérations ponctuelles où nous allons mobiliser au maximum trois salariés, indique Alain Grizaud, président de Canalisateurs de France. Mais pour le reste des chantiers, ce n'est pas possible. Nous avons été choqués des propos de Muriel Pénicaud, ministre du Travail : nous ne pouvons pas demander à la population de se confiner et remettre les deux millions de salariés du monde du BTP dehors ». Interviewée sur LCI, la ministre du Travail avait estimé que les entreprises du BTP « manquaient de civisme » du fait de l'arrêt de leur chantier.
 

Les plans d'épandage des boues devraient se dérouler sensiblement comme lors d'une situation normale. « L'État demande juste quelques aménagements dans les process, dont l'enfouissement sans stockage en bord de champs, précise Laurent Maillard. Le risque de survie du virus est considéré comme nul : il est passé par la chaîne épuratoire durant plus ou moins vingt jours, puis ensuite en compostage où la température des andains monte jusqu'à 70°C, d'où une hygiénisation naturelle ».

Des critères identiques pour l'eau potable

Le fonctionnement du service eau potable est adapté de la même manière pour réduire les contaminations inter-personnels. « Un roulement est organisé : un agent est présent sur les secteurs d'exploitation et les autres restent chez eux en astreinte, illustre Christophe Mayoussier, vice-président délégué à l'Eau de la métropole de Grenoble. Nous les mobilisons pour des urgences, par exemple une fuite sur des branchements ». Concernant les possibilités de présence de virus dans l'eau, les opérateurs écartent tous risques. « Dans l'eau potable, entre les résultats de la littérature et les traitements comme la chloration, l'ozonation ou les UV qui détruisent tous les virus, nous sommes plutôt sereins, assure Laurent Maillard.

La surveillance reste la même. « Nous assurons un service qui est dans la lignée de ce que nous assurions auparavant en ce qui concerne l'alimentation 24 h/24 h des Français en eau potable. Les critères pour l'eau potable ne sont pas réévalués : ils ne bougent pas et nous les respectons », pointe Tristan Mathieu. Concernant l'approvisionnement en réactifs, pour l'instant les stocks semblent dans le vert aussi bien pour l'assainissement que pour l'eau potable. Mais la situation pourrait se compliquer si l'épidémie perdure et si les difficultés pratiques rencontrées par les transporteurs routiers s'accentuent. « J'ai participé à une conférence téléphonique où ces sujets ont été évoqués avec Élisabeth Borne et Emmanuelle Wargon [ministre et secrétaire d'État à la Transition écologique] en fin de semaine dernière, indique Yves Kocher, directeur général des services du syndicat Eaux de Vienne. La ministre a indiqué qu'elle serait vigilante à ce que les entreprises qui fabriquent les réactifs puissent continuer à les produire et à faciliter leurs transports si besoin ». Reste à suivre les évolutions des prochaines semaines.

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