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Recyclage des métaux radioactifs : « nous considérons que le risque n'a rien de négligeable »

Le Gouvernement s'apprête à autoriser le recyclage de métaux radioactifs dans des produits courants. La Criirad estime que le projet de réglementation ne garantit pas l'absence de risque.

Interview  |  Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Recyclage des métaux radioactifs : « nous considérons que le risque n'a rien de négligeable »
Corinne Castanier
Responsable réglementation et radioprotection à la Criirad
   

Actu-Environnement : La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) lance une pétition contre le projet de « libération » des métaux radioactifs issus du démantèlement des installations nucléaires. Pourquoi cette opposition au recyclage de ces déchets nucléaires de très faible activité (TFA) ?

Corinne Castanier : Le Gouvernement s'apprête à autoriser le recyclage de ces métaux dans le domaine public alors qu'aujourd'hui ils sont stockés au Centre industriel de regroupement, d'entreposage et de stockage (Cires) qui gère les déchets TFA ou recyclés, pour une faible part, dans le nucléaire. Nous considérons que le projet d'utilisation de ces métaux contaminés dans des équipements courants ne garantit pas un impact sanitaire négligeable. Surtout que des alternatives bien moins risquées existent.

La procédure proposée par la Gouvernement s'appuie sur les seuils de libération réglementaires européens qui, s'ils sont respectés, sont censés garantir un niveau de contamination acceptable. En deçà de ces seuils, compris pour l'essentiel des radionucléides entre 100 becquerels par kg (Bq/kg) et 10 millions de Bq/kg, les métaux recyclés ne seront plus considérés comme des « substances radioactives ».

AE : Vous jugez ces seuils trop élevés ?

CC : Il y a d'abord, en toile de fond, les enjeux liés aux expositions à de faibles doses de radioactivité. Plus les connaissances progressent, plus le risque est revu à la hausse. Or, le processus de « libération » est irréversible.

En outre, contrairement à ce qu'affirment les pouvoirs publics, les limites de contamination retenues, en Bq/kg, ne garantissent pas forcément une exposition inférieure à 10 microsieverts par an (μSv/an). Pour établir une correspondance entre la contamination d'un matériau et l'exposition d'une personne, les experts imaginent en effet des scénarios. Le risque n'est pas le même, par exemple, si de l'acier contaminé est employé dans un produit d'usage peu fréquent ou s'il est employé pour construire un bâtiment.

AE : Les scénarios utilisés ne sont pas satisfaisants selon vous ?

CC : Officiellement, tous les scénarios ont été imaginés et les seuils de libération ont été fixés sur la base des plus pénalisants mais la lecture des rapports techniques montre que ce n'est pas le cas.

Et surtout, quand la probabilité de survenue d'un scénario est jugée faible, les doses sont artificiellement diminuées : pour une probabilité de 1 %, elles sont divisées par 100. Dans les faits, on a donc 99 % de la population concernée qui ne sera pas exposée, mais 1 % qui recevra une dose 100 fois supérieure aux 10 µSv/an annoncés ! Et comme d'autres sources d'exposition s'ajoutent, la dose peut dépasser 1 millisievert par an, c'est-à-dire la limite du risque tolérable pour le public.

Enfin, une omission importante nous inquiète. Le projet de réglementation fixe des seuils de libération pour 257 radionucléides. Mais les isotopes de l'uranium n'y figurent pas. Le plus gros gisement d'acier à recycler provient pourtant du démantèlement d'Eurodif, l'ancienne usine d'enrichissement de l'uranium. Pourquoi garder secrets les niveaux de contamination qui seront autorisés pour l'uranium 238 et l'uranium 235 ? C'est d'autant plus critique que ces radionucléides ont des demi-vies respectives de 4,5 milliards d'années et de 700 millions d'années.

En préalable à tout changement réglementaire, il faut donc recalculer les seuils de libération en tenant compte des biais que je viens d'évoquer. Pour ces raisons, et beaucoup d'autres, nous considérons que le risque associé au recyclage des métaux radioactifs n'a rien de négligeable.

AE : Vos reproches visent aussi la mise en œuvre concrète du recyclage des métaux radioactifs.

CC : Quand bien même les seuils de libération seraient fiables, le projet gouvernemental n'apporte pas de garanties suffisantes quant à leur respect. Tout d'abord, le projet de décret ne limite pas le recyclage aux déchets les moins radioactifs. Curieusement, en effet, la notion de déchets TFA est totalement absente du projet de décret alors que ces déchets étaient au cœur des débats et des consultations. Le texte confie à l'exploitant de l'installation de fusion la définition des critères d'acceptation ! Si le texte devait être publié en l'état, des déchets plus radioactifs seraient éligibles au traitement pour recyclage.

Par ailleurs, nous doutons de la procédure de contrôle. Celui qui sera effectué à l'entrée de l'installation de recyclage se base essentiellement sur une mesure du rayonnement gamma et sur les « spectres de contamination » établis par les producteurs des déchets. Ce point est d'autant plus critique que l'installation de recyclage devrait recevoir, à terme, des déchets métalliques en vrac très difficiles à caractériser.

Ensuite, le contrôle au cours de la fusion se base sur le prélèvement d'un échantillon correspondant à un très très faible pourcentage du volume traité. Or, on sait que lors de la fusion des métaux, il y a des phénomènes de ségrégation qui compromettent l'homogénéité du lot. Dans ces conditions, comment s'assurer de la représentativité de l'échantillon ? Et surtout nous n'avons pas de garantie sur la prise en compte de la contribution de tous les radionucléides présents. Dans les calculs officiels, quand des polluants sont susceptibles d'être présents mais à un niveau inférieur à la limite de détection, la valeur retenue est le plus souvent « zéro », ce qui peut conduire à sous-évaluer très fortement le risque.

AE : En début d'entretien, vous évoquiez des alternatives à la libération de ces déchets métalliques radioactifs. Quelles sont-elles ?

CC : Au-delà du stockage au Cires, il est possible de les recycler sans les libérer, c'est-à-dire de maintenir l'acier contaminé dans le secteur nucléaire. L'acier des diffuseurs d'Eurodif et celui des générateurs de vapeur d'EDF, les deux grands lots homogènes destinés en priorité au recyclage, représentent respectivement 136 000 et 68 000 tonnes, soit un total de 204 000 tonnes. Or, EDF et Orano estiment que 276 000 tonnes d'acier seront nécessaires pour la fabrication des emballages des déchets plus radioactifs, tels que ceux destinés à être enfouis à Cigeo. Et ils admettent que le calendrier des opérations de démantèlement et celui des besoins d'acier pour les emballages correspondent.

On a donc les bons volumes, dans le bon timing. Mais les deux entreprises ne retiennent pas cette option pour des raisons de coûts : libérer l'acier contaminé revient moins cher que le recycler dans le secteur nucléaire. Pour la Criirad, la protection de la santé de la population est prioritaire. Il faut impérativement explorer toutes les options de réemploi dans le nucléaire avant d'envisager l'emploi de l'acier contaminé pour des usages courants. D'autant que les promoteurs admettent qu'une fois l'installation de recyclage construite, il faudra l'amortir. On connaît la nature des premiers éléments à recycler : les 200 000 tonnes provenant des diffuseurs et des générateurs de vapeur. Mais il est prévu que l'installation traite au moins 500 000, voire un million, de tonnes. Ce sera alors au tour des déchets « multi sources », c'est-à-dire d'éléments métalliques en vrac dont la nature exacte de la contamination est bien plus difficile à établir.

Réactions1 réaction à cet article

 

Et blabla, et blabla... Le risque des faibles doses, un des mantras des écolos... Aucune étude sérieuse n'a pu montrer d'effet sortant du bruit de fond pour des doses de moins de 50 mSv par an. Dire qu'il y a de plus en plus d'études qui le montrent est purement de la désinformation. Juste, en particulier la dernière de l'IRSN, des précautions de langage, comme le GIEC a pu le faire. 100 fois 10µSv, ça fait 1mSv, moins que la radioactivité naturelle en Île de France. Un isotope est d'autant moins radioactif que sa période est longue, l'uranium en traces n'est donc pas un problème radiologique. Etc. L'Allemagne utilise depuis longtemps ces matériaux dans l'industrie classique et les travaux publics. Mais les écolos ne veulent pas de solution, parce qu'une solution détricote leur argumentaire.

dmg | 14 avril 2021 à 09h32
 
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