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Trait de côte : les Pays-Bas responsabilisent les acteurs locaux

Alors que la France élabore sa stratégie côtière, l'exemple hollandais a été présenté lors du colloque de la SHF. Protection des zones construites et responsabilisation des acteurs locaux sont les maîtres mots du plan.

Aménagement  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Pour son centenaire, la société hydrotechnique de France (SHF) organisait les 1er et 2 février 2012 un colloque sur les événements extrêmes fluviaux et maritimes. A cette occasion, Marcel Stive, chercheur à l'université de technologie de Delft (Pays-Bas), a présenté le Plan delta hollandais qui combine depuis 60 ans la prise en compte des risques de submersion maritime et de crue fluviale.

La situation géographique des Pays-Bas fait peser un double risque, associé aux submersions par marée de tempête et aux crues fluviales du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut. La gestion du trait de côte est de fait au cœur des enjeux de sécurité nationale. Un sujet d'autant plus important, explique le professeur Stive, que le pays s'est enfoncé de plus de trois mètres sur le dernier millénaire alors que le niveau de la mer a augmenté d'environ un mètre sur la même période.

La catastrophe de 1953

Si les Hollandais ont toujours tenu compte de l'eau pour aménager leur territoire, ce n'est cependant qu'en 1953 qu'a été initiée une stratégie globale. Le 1er février 1953, le pays a été frappé par une tempête à l'origine d'une marée de tempête qui a submergé de vastes zones causant 1.836 décès. "Il s'agissait d'un événement similaire à Xynthia", rappelle le professeur, ajoutant que "dans la foulée le gouvernement a initié l'élaboration d'une stratégie nationale face aux événements extrêmes".

La démarche est en effet similaire à celle initiée par le gouvernement français en juillet 2010 après que Xynthia ait frappé les côtes françaises en février 2010 faisant 53 victimes et que des pluies torrentielles aient fait 23 victimes dans le Var en juin 2010.

Le Plan delta, élaboré après la catastrophe de 1953 se distingue des précédents en proposant une stratégie globale pour une vaste partie du territoire. Le mot d'ordre est alors à la défense du territoire contre les vagues de submersion. Ainsi, les principales mesures sont un relèvement des digues, la fermeture de nombreux bras de mer formant le delta au sud-ouest du pays et une réduction de 700 km de la longueur du littoral afin de mieux le protéger. Les travaux s'étaleront jusqu'à la fin des années 1990.

Vers une stratégie globale

Le Plan delta, bien que considéré comme le plus important aménagement de ce type au monde, est néanmoins incomplet. Son principal défaut est d'avoir été élaboré alors que les impacts potentiels des changements climatiques étaient inconnus. Aussi, en 2008, le gouvernement a souhaité élaborer un plan global de protection qui anticipe les risques liés aux crues fluviales, aux marées de submersion et aux changements climatiques.

A partir de scénarios climatiques, la Commission delta 2008 a tout d'abord mis en avant cinq conclusions relatives aux travaux passés. En premier lieu, il est apparu que la protection de la côte par alimentation en sable ne poserait pas de problème avant 2100 ou 2200. Ensuite, le plan Espace pour le fleuve, élaboré dix ans auparavant, devrait permettre de faire face à l'augmentation des crues de référence du Rhin et de la Meuse d'ici 2050. Quant à la pénétration de la salinité associée à la hausse du niveau de la mer, elle pourrait poser des problèmes et impacter l'approvisionnement en eau douce à partir de 2040.

Par ailleurs, deux conclusions concernent le barrage du Maeslantkering, l'un des ouvrages stratégiques du Plan Delta. Ce barrage amovible, protégeant Rotterdam en cas de marée de tempête extrême, n'est pas adapté à une hausse de 50 cm du niveau de la mer, ce qui pourrait poser problème à partir de 2060. Enfin, alors que le Maeslantkering ne devrait être fermé qu'une fois tous les dix ans dans les conditions actuelles, la Commission a établi qu'il pourrait être utile plus d'une fois par an à partir de 2080 si le niveau de la mer augmentait de 75 cm.

Responsabiliser les acteurs locaux

Finalement, la Commission a émis trois recommandations génériques qui serviront de base à la gestion de la côte et des zones inondables. De manière générale, si le renforcement des défenses existantes est une priorité, la Commission plaide aussi pour une meilleure responsabilisation des acteurs locaux pour éviter que de nouveaux aménagements inappropriés ne pèsent à terme sur l'ensemble de la collectivité. Le rapport soumet aussi neuf recommandations régionales dont le coût total est compris entre 2,5 et 3,1 milliards d'euros par an de 2011 à 2050.

La toute première mesure globale vise à augmenter sensiblement le niveau de protection d'ici 2050. Il a été décidé en particulier que "la protection contre les inondations des zones endiguées soit améliorée d'un facteur 10" en se basant sur de nouveaux standards qui devront être établis en 2013. Lors du dernier audit des installations de protection, le bilan avait révélé que 24% des ouvrages n'atteignaient pas les standards en vigueur et que 32% n'avaient pas pu être évalués.

La deuxième décision générique vise les nouveaux développements urbains et propose de responsabiliser les acteurs locaux dans les zones à risque. Les nouvelles implantations devront tout d'abord être évaluées en s'appuyant sur une analyse coût-bénéfice préalable. Par ailleurs, il a été préconisé de faire supporter les coûts des aménagements et des éventuels dégâts par les acteurs locaux. Cette mesure s'oppose explicitement au transfert à l'ensemble de la société des surcoûts liés à des décisions locales.

Enfin, les nouveaux aménagements dans les zones d'inondation ne doivent pas ralentir la capacité de débit des rivières. Là aussi, les résidents ou les utilisateurs des bâtiments sont responsables du respect de cette règle.

Quant aux mesures locales, elles déclinent cette stratégie. Ainsi, le trait de côte doit être maintenu via des rechargements périodiques en sable pour préserver les zones construites. Une seconde batterie de mesures vise spécifiquement le renforcement des aménagements du delta.

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