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Les combustibles solides de récupération ravivent le débat sur l'incinération et la réduction des déchets

Les combustibles solides de récupération n'en sont qu'à leurs débuts en France. Mais compte tenu des enjeux énergétiques, le secteur suscite un intérêt croissant qui questionne les priorités nationales en matière de gestion des déchets.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°328 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°328
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La filière des combustibles solides de récupération (CSR) est encore marginale en France. Mal définies, ces préparations de déchets solides destinées à la production énergétique restent méconnues au-delà des spécialistes. Aussi l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a-t-elle organisé le 25 juin une table ronde pour partir "à la découverte" de ce secteur dans le cadre de son colloque national "Prévention et gestion des déchets dans les territoires".

Aujourd'hui, le recours aux CSR se limite en France à un peu plus de 100.000 tonnes par an brûlées quasi exclusivement en cimenterie, contre plus de 2 millions de tonnes en Allemagne. Les promoteurs du secteur évaluent le potentiel français à plusieurs millions de tonnes par an destinées principalement aux cimenteries ou à des unités de production d'énergie consommant pour tout ou partie des CSR.

Dans ce contexte, ces combustibles aiguisent les appétits, aussi bien du côté des spécialistes des déchets que du côté des industries consommant de grandes quantités de combustibles solides. Cependant, alors que le secteur se met en ordre de bataille, Marc Cheverry, chef du service de l'Ademe dédié à la prévention et à la gestion des déchets, appelle à se poser les bonnes questions pour éviter de créer des surcapacités. Sa crainte ? Qu'un développement incontrôlé crée des "aspirateurs à déchets" comme ce fut le cas avec l'incinération. Parmi les bonnes questions figure donc en premier lieu la disponibilité à long terme des gisements compte tenu de la volonté de réduire le volume de déchets.

Les REP mises à contribution ?

Si l'idée d'incinérer les déchets n'est pas nouvelle, les CSR restent pourtant peu connus et mal définis. "Juridiquement, les CSR n'existent pas", explique Christine Cros, chef du bureau de la planification et de la gestion des déchets au ministère de l'Ecologie, rappelant que la réglementation classe les produits selon qu'il s'agit de déchets ou non. En l'occurrence, les CSR sont des déchets et ils ne peuvent donc être brûlés que dans des installations d'incinération ou de co-incinération, insiste la représentante du ministère de l'Ecologie.

Concrètement, les CSR sont des déchets solides broyés de telle sorte à pouvoir être consumés dans des installations de co-incinération, et tout particulièrement en cimenteries en ce qui concerne la France. Il s'agit principalement de bois, de plastiques (mis à part le PVC qui contient du chlore), de papiers, de cartons ou de tissus qui sont issus des déchets industriels banals (DIB), des refus de tri en collecte sélective, des déchets non fermentescibles extraits des unités de tri mécano-biologique (TMB) ou encore des déchets collectés par certaines filières de responsabilité élargie du producteur (REP).

François de Tarragon, directeur commercial et marketing de l'entreprise de gestion de déchets Coved, estime d'ailleurs que les REP permettent d'assurer un flux stable dans le temps compte tenu de leur agrément. Ainsi, l'agrément de la nouvelle REP ameublement, dont les déchets collectés intéressent vivement les producteurs de CSR, "laisse la place" à la valorisation énergétique d'un tonnage égal à 35% des mises sur le marché.

Compte tenu de l'absence de définition, Pierre Mauguin, qui représente le groupement européen des producteurs de CSR (Erfo), plaide pour une standardisation afin d'améliorer la qualité des CSR. Cette standardisation passe notamment par la norme EN 15 359 qui définit les caractéristiques des CSR en se basant sur le pouvoir calorifique, le taux de chlore et le taux de mercure. A ces critères reconnus par la norme peuvent être ajoutés dans les contrats de fourniture des critères liés à l'humidité des CSR ou à la taille des broyats. Côté utilisateur, la priorité est donc accordée aux caractéristiques d'usage qui assurent une bonne combustion et peu de matières dangereuses pour l'environnement ou l'installation.

Un choix politique

Par ailleurs, le développement des CSR reste étroitement lié à la politique nationale de gestion des déchets. Ainsi, les intervenants ont souligné que l'essor du secteur en Allemagne est directement lié à l'arrêt de la mise en décharge en 2005. L'abandon de certains types d'exutoires constitue donc un moteur essentiel pour le secteur. Ainsi, la hausse de la TGAP pour l'enfouissement en France pourrait jouer un rôle dans le développement des CSR. Mais, à l'inverse, les politiques françaises de réduction des déchets, de réemploi et de recyclage doivent être prises en compte.

Surtout que le développement des CSR n'est pas sans ambiguïté au regard de ces priorités nationales en matière de déchets. Gaëtan Rémond, directeur du département énergies et climat d'Inddigo, estime qu'"il faut appeler un chat, un chat", jugeant que dans certains cas le but est "d'appeler autrement qu'incinérateur les unités de combustion de CSR". Sont particulièrement visées les chaudières CSR dédiées à la production d'énergie qu'il appelle "des incinérateurs branchés sur des réseaux de chaleur". D'ailleurs, sans être aussi explicite, François de Tarragon estime que les termes "chaudière plus" ou "incinérateur moins" s'appliquent à ce type d'unité.

Ainsi, du point de vue de l'acceptabilité sociétale, Gaëtan Rémond considère que "si on veut vraiment produire de l'énergie à partir de déchets, les politiques devront prendre leur responsabilité". Pour l'instant, la réponse du ministère est claire : "ce n'est pas le but aujourd'hui, il n'y a pas d'objectif politique pour la valorisation énergétique des déchets", explique Christine Cros, rappelant que les priorités vont à la réduction des déchets et à l'augmentation du recyclage.

Un message auquel Stéphane Rutkowski, représentant de l'Association technique de l'industrie des liants hydrauliques (ATILH) qui regroupe les cimentiers, répond sans détour : "l'enjeu du CSR, je le dis clairement, c'est le maintien de la compétitivité de l'industrie cimentière". Il explique notamment l'intérêt qu'il y a pour les producteurs à substituer des déchets à un combustible classique pour une industrie dont la facture énergétique représente environ la moitié des coûts.

Réactions11 réactions à cet article

 

Et aller re pression politique, en mettant la compétitivité de l'industrie cimentière dans la balance, l'économie à court terme, sachant que les normes des fours sont moins sévères que celles des incinérateurs, dont on mesure a postériori les dégâts, c'est du chantage, il ferait mieux de recycler le béton cela permettrait d'économiser le sable qui fait cruellement défaut et qui engendre des dégâts écologiques importants (plage du Maroc, extrême orient)

lio | 28 juin 2013 à 12h17
 
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Après les mâchefers issus de l'incinération (pleins de métaux lourds ...)voir par exemple les dépôts des mâchefers en Moselle - L'industrie du déchet invente les CSR. Une énième invention pour cacher ces déchets . . . Seule solution : RÉDUIRE la production de déchets, ouvrir des supermarchés SANS EMBALLAGES comme à Brétigny sur Orge
Les CSR ne sont qu'un pis-aller, une mauvaise solution, un cache misère. C'est une usine d'incinération qui ne dit pas son nom ...avec son lot de produits d'incinération polluants : dioxines, métaux lourds . . . qui seront relargués. La santé des français n'est pas mesurée, ni prise en compte, à quand un registre national des cancers ...? les pollueurs peuvent polluer en toute impunité, c'est inadmissible.

Rémifasol57 | 28 juin 2013 à 14h51
 
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Si les cimentiers ont besoins de combustible, qu'ils les payent. Mais actuellement ce n'est pas le cas, bien au contraire ils se font payer pour utiliser des déchets dans leurs cimenteries ( pneumatique et autres). Comme cela ils sont gagnant sur 2 tableaux: moins de combustible et redevance pour éliminer des déchets.

Duport Claude | 29 juin 2013 à 22h46
 
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Il ne faut pas oublier une chose importante avant d'être des combustibles CE SONT DES DECHETS et ils doivent être traités dans des unités spécialisées munies des équipements de filtrations, neutralisation nécessaires. Il faut savoir qu'il existe en terme d'incinération 1°des déchets ne libérant pas de gaz acides qui sont trés prisés par ces industriels et 2° d'autres qui libèreront des gaz acides qu'il faudra neutraliser. Les centres de traitements de déchets dangereux fonctionnent avec les 2 sortes de déchets et si jamais on ne leur laissait plus cette possibilité ils ne pourraient PLUS continuer a travailler. Les teneurs en gaz acides devenant alors TROP fortes, le pouvoir calorifique trop faible pour atteindre la bonne température. LA seule solution restante serait d'acheter du combustible (pétrole) pour pouvoir continuer a traiter les déchets. Je comprend trés bien que des industriels convoitent ce qu'ils considèrent comme une ressource pas chère, mais si le traitement des autres déchets augmente drastiquement de prix OU sera le bénéfice pour la COLLECTIVITE? D'autant plus que la consommation de carburant n'aura finalement été transférée que d'un secteur à l'autre: aucune économie REELLE n'aura été faite.

ami9327 | 30 juin 2013 à 00h56
 
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Et en avant le chantage à l'emploi !
Comme d'hab., il est mis dans le plateau de la balance d'un coté les emplois et de l'autre les prix de revient des matériaux de ses mêmes industries.
Qui va en faire les frais ?
NOUS !!

Maurice | 02 juillet 2013 à 19h56
 
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dans le nord Isère, nous subissons des pollutions dues à la cimenterie VICAT qui est autorisée à incinérer 240 000 tonnes de déchets industriels dangereux depuis 2006. On ne dit plus co incinérateur, mais unité de valorisation énergétique fonctionnant en brulant des DID devenus combustibles secondaires ! cela fait moins peur, mais cela ne change rien aux rejets cancérigènes que nous respirons ! Depuis, nous signalons une réelle et inquiétante augmentation des leucémies, lymphomes, myélome ! impossible d'avoir accès au registre des cancers dans notre département ! En complément de cette grave pollution atmosphérique industrielle, les élus et collectivités locales veulent imposer à la population un site chimirec, installation classée, tri, transit, stockage et pré-traitement de 30 000 tonnes/an de DID à 220m du village mais surtout à 440m de la cimenterie , ceci explique cela! Chimirec, qui doit passer au tribunal pour de graves malversations, irrégularités etc... en Octobre 2013 ! on peut avoir peur non ? Un petit nuage de pollution supplémentaire par ci, un ajout de nuisance sonore par là, une dose de pathologie cancéreuse supplémentaire en bonus, des terrains agricoles potentiellement contaminés, des biens immobiliers à la dérive ... merci aux élus et collectivités locales qui plaident l'innocuité ! pas les habitants !
Au fait, Chimirec dans son mémoire contre " sans nature pas de futur" précise que cette association n'est pas qualifiée pour défendre l'environnement ...

alexandre | 27 août 2013 à 10h09
 
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Il faut CACHER ces matières premières secondaires: enfouissement, incinération... Les enfouir comme à Pargny sur Sault (51), même si ce sont des déchets radioactifs . . . où à Bure(55) la poubelle nucléaire de toute la France et de l'Europe ...
A Metz, l'"administration" REFUSE de payer des études de sol (10 000 euros) autour d'un incinérateur (150 000 T/an) promises... mais débourse sans rien dire 100 000 euros pour un "virage" trop serré pour le "METTIS" le transport en commun en site "propre" qui roule au gaz oil ... ! ! !
Partout le droit du citoyen à un environnement respecté est BAFOUÉ, quand cela va-t-il s'arrêter ?

Remifasol57 | 27 août 2013 à 15h13
 
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A Pargny sur sault la pollution est due a du Thorium dont la période de demie vie et de 14.8 Milliard d'années et qui est un émetteur alpha uniquement. Cela signifie que la radioactivité sera non seulement beaucoup moins forte qu'avec l'Uranium dont la période de demi vie est environ du tiers et qui émet plusieurs types de rayonnement mais surtout que la radioactivité alpha est arrêtée par juste quelques centimètres. Les autres types de radioactivite sont plus difficiles a arrêter (pour les béta il faut un métal quelconque et pour les gamma il faut ces gros blindages de plombs).
Naturellement tout ça n'a rien a avoir avec le sujet mais comme ça a été abordé .....

ami9327 | 29 août 2013 à 21h48
 
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pour revenir sur l'incinération des déchets industriels dangereux en cimenterie, il faut savoir que ces D.I.D traversent de nombreux départements, et même de l'Allemagne pour la cimenterie vicat du nord isère, ( suivant compte rendu activités ) en raison de certains accords signés avec ce pays ! au fait, l'Allemagne elle même reçoit ces fameux déchets industriels dangereux de l'Amérique du sud et autres ...
Notre département aurait il vocation de devenir une poubelle ?
franchement, en matière d'économie de carburant, il faudrait revoir cette question et obliger chaque pays, chaque région a traiter localement ses propres déchets et non pas les transporter du nord au sud et de l'est à l'ouest ! sans compter les risques pour les populations en cas d'accidents sur les routes ...

alexandre | 30 août 2013 à 10h19
 
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"Cela signifie que la radioactivité sera non seulement beaucoup moins forte qu'avec l'Uranium dont la période de demi vie est environ du tiers et qui émet plusieurs types de rayonnement mais surtout que la radioactivité alpha est arrêtée par juste quelques centimètres."
Quelques centimètres de quoi ? Tout élément radioactif est DANGEREUX, qu'il soit faiblement ou fortement radioactif, surtout s'il est géré comme un déchet commun ...
Même le corps humain incinéré pollue ... et quand il est 6 pieds sous terre, il a du mal à se décomposer (30 ans)tellement il est bourré de produits chimiques.
Seule solution : RÉDUIRE LA PRODUCTION DE DÉCHETS

remifasol57 | 30 août 2013 à 15h11
 
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@remifasol57 Les particules (ou "rayons") alpha sont arrêtés par quelque centimètres d'air selon la documentation à leur sujet. Quelques millimètres de matière compacte (n'importe quoi) suffisent a les neutraliser.
Pour revenir au problème de ces déchets je ne dis pas que la solution retenue à Pargny était la meilleure. Il faut souhaiter que personne n'aille remettre en surface les déchets et SURTOUT que personne n'en respire ensuite les poussières.
Comme jamais personne n'accepte qu'on stocke des déchets radioactifs DEFINITIVEMENT a un endroit on se retrouve avec ce genre de situation.
Nous avons en France des gisements naturels radioactifs non exploités et l'étude écologique de ces sites serait riche d'enseignements, d'autant plus qu'on a aussi des gisements exploités qui permettent de faire des comparaisons. A méditer...

ami9327 | 06 septembre 2013 à 19h11
 
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