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La concertation volontaire, nouvelle chance de sauver l'éolien français ?

Le développement de l'éolien en France doit reposer sur la co-construction des projets avec les citoyens. C'est ce que soutient David Heinry, du groupe Alter&Go, qui insiste sur l'importance de l'implication des riverains lors des différentes étapes du projet, de son élaboration à sa mise en œuvre.

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Environnement & Technique N°366 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°366
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"Un vent de contestation souffle sur un projet éolien", "Vent debout contre les éoliennes", "Double recours contre le projet de parc éolien..." : partout, la presse régionale, reflet souvent fidèle des humeurs de notre société, montre combien les temps ont changé. Et vite. Il y a peu, les énergies renouvelables étaient encore perçues comme la voie à suivre. Les acteurs de la filière étaient fiers de développer des projets qui contribuaient à construire une croissance verte et durable, les énergies renouvelables bénéficiaient d'un crédit d'intention fort parce que vues comme des énergies propres et modernes, personne n'aurait osé s'élever contre leur développement.

Pourtant, petit à petit, des collectifs sur le terrain ont commencé à faire entendre un discours à la tonalité légèrement différente. Volonté de défendre des intérêts particuliers avant l'intérêt général, ou conséquence d'une mauvaise appréhension des acteurs du secteur qui ont oublié qu'un projet sans l'approbation des citoyens a peu de chance d'aboutir ? Une chose est certaine, si la France souhaite respecter ses engagements, et passer de 15% d'énergies renouvelables aujourd'hui à 23% à l'horizon 2023 et 32% en 2030, il est urgent de changer d'approche et de méthode.

Ne plus se contenter de "vendre" l'éolien aux élus

La filière est en risque. Pour de multiples raisons : là où un projet passe en Allemagne ou aux Pays-Bas en deux ans en moyenne, en France il faut compter sept ans minimum. Outre saper les volontés, ces délais qui se rallongent chaque année ont également un coût. Au point qu'il apparaîtra bientôt trop onéreux de développer ces projets ? La question mérite d'être posée. Sauver l'éolien français est donc à l'ordre du jour, car plusieurs territoires ont déjà commencé à devenir des sanctuaires anti-éoliens, comme en témoignent la politique affichée par Xavier Bertrand pour les Hauts de France : "Chaque fois qu'il y aura un projet, la région sera défavorable" (juin 2016).

Quelles solutions pour sortir de ces situations conflictuelles ? Dans notre pays, historiquement ancré dans l'énergie nucléaire avec cinquante-huit réacteurs en activité dans dix-neuf centrales, attaché à la protection des sites naturels et touristiques et caractérisé par un éparpillement atypique de l'habitat rural, un projet de parc éolien est trop souvent devenu synonyme d'un rejet immédiat par une partie des acteurs des territoires concernés. Le développement de l'éolien se heurte à des dizaines de "mini" Notre-Dame-des-Landes, autant de foyers de mécontentements, de recours administratifs et de combats juridiques, souvent nourris par les fantasmes et une mauvaise information. La peur du changement est ici à l'ouvrage.

On ne peut nier que les développeurs de projet soient en partie responsables de la situation délicate dans laquelle ils se trouvent. Ils ont trop longtemps négligé l'écoute du territoire, faisant l'impasse sur des démarches de co-construction pourtant indispensables à une perception positive des projets et à une mobilisation positive des citoyens directement concernés. Cette approche est pourtant la seule capable de créer une base de discussion commune à l'ensemble des acteurs, pour générer des débats apaisés, confiance et espérance dans l'avenir et donc le changement. Il est désormais impossible de se contenter de "vendre" l'éolien aux élus locaux, en démarchant en catimini les propriétaires fonciers et en se contentant d'informer les riverains. Ce mode de faire, à un moment où la démocratie participative est plus que jamais d'actualité, est totalement dépassé et archaïque. Aujourd'hui, comme pour tout grand projet d'implantation d'une infrastructure, les trois étapes d'un projet éolien que sont la définition du projet, l'exécution des travaux et le lancement de l'exploitation doivent se faire avec un souci de concertation permanent. La communication ne suffit plus, il convient d'ériger la co-construction comme la pierre angulaire du développement éolien en France.

Privilégier l'appropriation à l'acceptabilité

L'implication de tous, dès la première phase d'élaboration du projet, est en effet indispensable. Les porteurs de projet doivent intégrer à leur façon de penser une nouvelle dimension de leur métier : écouter, comprendre et nouer un lien beaucoup plus fort avec le territoire. Assumer devant les citoyens une "esquisse de projet à co-construire", avant même l'étude de faisabilité, n'est pas un aveu de faiblesse. Bien au contraire, il s'agit d'une approche pertinente de pédagogie et d'implication de tous, très en amont des procédures réglementaires de concertation, qui sera susceptible de modifier d'entrée la perception du projet. L'ordonnance de l'été 2016 relative à la démocratisation du dialogue environnemental et la "charte de la participation du public" publiée en octobre par le ministère de l'Environnement vont en ce sens.

L'étape 2, une fois l'opportunité du projet confirmée, doit favoriser l'implication de l'ensemble des acteurs du territoire sur sa faisabilité. A ce stade, on doit absolument bannir le terme trop souvent employé "d'acceptabilité" du projet, aux connotations négatives, qui tendrait à faire croire que l'enjeu est de rendre acceptable le projet. Définir dans la concertation les éléments de réalisation d'un parc éolien et animer des ateliers réunissant élus et citoyens de tous horizons, associatif, touristique, environnemental et économique, crée une dynamique collective irremplaçable. L'appropriation et la mobilisation sont les maîtres mots.

La mise en œuvre, étape 3, nécessite la même exigence de concertation. Celle-ci doit rythmer la vie du chantier, puis l'exploitation du site. Annoncer qu'un parc éolien va permettre la création d'emplois locaux et générer des retombées financières ne suffit plus. Le lien de proximité se doit d'être plus fort, plus impliquant pour chacune des parties prenantes. Il est ici question d'une règle oubliée : celle du bon voisinage et d'inscrire le projet éolien dans la vie locale, d'en faire un projet bénéfique au territoire. Cette étape est souvent évacuée aujourd'hui. Traiter les éventuelles nuisances, effectuer des actes de pédagogie dans les écoles, créer des parcours pédagogiques et touristiques, mettre en place des financements participatifs sont autant quelques exemples d'initiatives positives. A condition qu'elles soient co-construites !

A ce moment critique pour le développement de l'éolien français, il devient urgent pour les développeurs d'investir pleinement le champ de la concertation et aux multiples appels des territoires à une plus grande co-construction des projets. Au risque sinon, pour reprendre une déclaration de Nicolas Hulot, que "chaque jour que nous cédons au scepticisme ou l'immobilisme nous rapproche un peu plus de l'impasse".

Réactions4 réactions à cet article

 

Bonjour,
A ma connaissance, les SRE et SRCAE ont tous été annulé. Donc il ne devrait plus y avoir d'installation de champs d'éoliennes. (voir article https://www.actu-environnement.com/ae/news/schemas-regional-pays-loire-auvergne-eolien-annulation-26798.php4)
B.E.

Aqualux13 | 10 janvier 2017 à 08h18
 
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A part s'il est aveugle et/ou sourd, - et encore ! - un riverain plus ou moins éloigné du projet qui s'informe contradictoirement ne peut pas être pro-éolien.

A moins que fabriquer et installer un parc éolien soient le fait de sociétés philanthropiques et si on fait irrationnellement l'impasse sur toutes les autres questions financières, peut-on démontrer que ces très grands moulins ne défigurent pas les paysages et que les ultra-sons, sons et infra-sons sont(encore !) inoffensifs ?

Même s' il n'y a pas photo, pour un écolo cohérent, entre un vaste grand champ d'éoliennes et une vieille centrale nucléaire mal entretenue par des intérimaires qui, tant que l'accident n'est pas arrivé, produit effectivement beaucoup plus d'électricité en bonne partie gaspillée.

Sagecol | 10 janvier 2017 à 09h16
 
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A lire cet article on voit clairement énoncée la stratégie des promoteurs :manipuler l'opinion sous couvert d'information.
Il est vrai que pour l'auteur les refus ne s'expliquent que par" les fantasmes, la mauvaise information et la crainte du changement."
Peut il concevoir qu'il se trouvent des esprits éclairés et capables d'analyses géographiques et sociétales pour refuser l'emprise d'une industrie sur les paysages ?

sirius | 10 janvier 2017 à 12h05
 
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Information

Le meilleur travail sur le sujet éolien est l'œuvre d'une géographe ,professeur à l'université de Perpignan

Karine GRIJOL
La faiblesse du vent - ed François Bourin

paru en 2012,il faut donc actualiser certains chiffres mais l'ouvrage examine en universitaire objective ,mais soucieuse de clarté ,tous les aspects du sujet .

sirius | 10 janvier 2017 à 18h16
 
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