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PPE : l'Ademe place la baisse de la consommation d'énergie au cœur de la transition énergétique

La baisse de la consommation d'énergie est la condition sine qua non de la réussite de la transition énergétique, estime l'Ademe. La seconde priorité est le développement des renouvelables. Pour autant, le débat sur la PPE semble bien mal engagé.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Le débat national sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) a deux entrées, estime l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). La première, et la plus importante, est la consommation d'énergie. "Sans baisse de la consommation énergétique, on aura des difficultés", explique Arnaud Leroy, son président. L'Agence plaide donc pour une baisse de la consommation de 30% entre 2015 et 2035. Cette cible est la "boussole" sans laquelle les objectifs fixés pour le long terme ne pourront pas être atteints, prévient-il. La seconde entrée est la production d'énergie renouvelable qui doit progresser de 70% entre 2016 et 2028. Tels sont les points clés défendus par l'Ademe dans son cahier d'acteur publié en appui du débat public et présenté ce mardi 22 mai.

Fausse piste

"Le débat est parti sur une fausse piste", déplore Arnaud Leroy qui regrette que les échanges tournent une nouvelle fois autour des arguments "pour" ou "contre" le nucléaire. Plusieurs facteurs sont à l'origine de cette dérive. Tout d'abord, on ne connaît toujours pas le projet de PPE porté par les services du ministère de la Transition écologique. Ensuite, la remise en cause de la date de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique focalise le débat sur cette source d'énergie. Enfin, on ne connaît pas non plus le coût du grand carénage, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n'ayant pas encore indiqué quels travaux de renforcement de la sûreté devront être réalisés. "Il manque une donnée majeure", déplore le président de l'Ademe, qui rappelle que les estimations du grand carénage varient de 45 à 100 milliards d'euros. Autant d'éléments qui "interpellent" Arnaud Leroy.

Pour autant, l'Agence entend recadrer le débatsur son objectif initial : fixer une feuille de route pour atteindre les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique. Et, pour cela, la réduction de la consommation énergétique est un préalable incontournable. La France consomme 1.700 térawattheures (TWh) d'énergie finale chaque année, un volume en baisse de 7% entre 2002 et 2015. La moitié de cette énergie est consommée sous forme de chaleur. L'Ademe plaide pour une poursuite des économies d'énergie, pour réduire de 30% la consommation d'ici 2028. Comment ? En jouant sur l'amélioration des technologies et l'efficacité énergétique, en rénovant les bâtiments et en faisant évoluer le comportement en matière de mobilité des personnes et de transport de marchandises.

Assumer le développement des renouvelables

Du côté des renouvelables, l'Ademe défend une hausse de 70% de la production entre 2016 et 2028, pour la porter à 489 TWh : 201 TWh pour les renouvelables électriques, 237 TWh de chaleur et 51 TWh pour le gaz et les carburants. Ces objectifs permettent d'atteindre les 32% de renouvelables en 2030, conformément à l'objectif européen repris dans la loi de transition énergétique. Pour y parvenir, "il faudra assumer politiquement le développement des renouvelables et le financer", prévient Arnaud Leroy. L'Ademe détaille les objectifs des cinq principales filières qui doivent assurer conjointement 90% de l'objectif final.

Du côté de l'éolien, elle préconise de porter la production à 72 TWh en 2028. Cela nécessite d'atteindre entre 25,5 et 28 GW de capacité d'éolien terrestre et 6 GW d'éolien offshore posé (auxquels l'Ademe ajoute le développement de 3 GW d'éolien flottant). La première PPE fixait pour objectif une puissance installée comprise entre 21,8 et 26 GW d'éolien terrestre en 2023. Mais le rythme d'installation n'a été que de 1,3 à 1,4 GW par an entre 2014 et 2017, alors qu'il aurait dû être de 1,7 à 1,8 GW par an pour atteindre l'objectif pour 2023, explique l'Agence. Quant à l'éolien en mer, l'objectif retenu par l'Agence traduit le retard pris par la filière : initialement, les 6 GW projetés pour 2028 devaient être installés à l'horizon 2020.

Le photovoltaïque pourrait accroître de 33 TWh sa production d'ici 2028. Pour cela, la capacité installée doit atteindre entre 27 et 30 GW : 16 à 17 GW au sol et 11 à 13 GW en toiture. La première PPE fixait un objectif compris entre 18,2 et 20,2 GW. Pour atteindre ce premier objectif, il convient d'assurer un rythme d'installation de l'ordre de 1,5 GW par an d'ici 2023, alors que seulement 0,8 GW ont été raccordés en 2017… Pour développer le photovoltaïque, l'Ademe mise sur les installations sur grandes toitures qui ne font pas l'objet de conflits d'usages, qui permettent des économies d'échelle et qui favorisent l'autoconsommation.

Bois énergie : reporter de cinq ans l'objectif

L'objectif pour la chaleur bois est "assez faible", admet l'Ademe qui propose une hausse de 28 TWh de la production, pour atteindre 157 TWh en 2028. Cet objectif correspond à celui fixé pour 2023 dans la première PPE (entre 151 à 163 TWh). Ce retard de cinq ans est essentiellement dû à la compétitivité du gaz, notamment dans le domaine du chauffage collectif et de la chaleur industrielle. Pour l'avenir, l'évolution de la fiscalité carbone, le développement de la filière sylvicole et la modernisation des foyers des particuliers seront déterminants. S'agissant du Fonds chaleur, Arnaud Leroy espère une hausse de "plusieurs dizaines de pourcents" d'ici la fin de l'année. Il pourrait être fixé en juillet.

En matière de biogaz, l'Ademe envisage une production de 40 TWh en 2028 : 20 à 22 TWh de biométhane injecté dans le réseau, 5 à 6 TWh de production d'électricité et 3,1 TWh de chaleur associée. Pour y parvenir, il faudra multiplier par trois le nombre d'installations par rapport à 2017, pour porter le parc français de méthaniseurs à 1.700 unités. Reste enfin le développement des pompes à chaleur qui pourrait apporter 21 TWh supplémentaires d'ici 2028, par rapport à 2016. Pour atteindre ce qui représente un quasi doublement, l'Ademe recommande de cibler les bâtiments neufs et la rénovation en substitution des énergies fossiles les plus émettrices de CO2.

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