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Le débat public sur la refonte de la STEP d'Achères a soulevé des questions cruciales

Réalisé à l'initiative du Syndicat interdépartemental d'assainissement de l'agglomération parisienne, le débat public sur la refonte de la station d'épuration d'Achères a remis en cause l'objectif même du projet. Le SIAAP a 3 mois pour le modifier.

Eau  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
La Commission nationale du débat public (CNDP) a été saisie le 16 janvier 2007 par le Syndicat interdépartemental d'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) dans le cadre de son projet de refonte de la station d'épuration Seine aval située à Achères (78). Cette STEP reçoit 80 % des effluents produits par les habitants de l'agglomération parisienne soit 2,1 millions de m3 par jour, ce qui en fait la plus importante usine d'Europe. Face à des besoins d'assainissement de plus en plus importants et de plus en plus performants, un nouveau schéma d'assainissement a été élaboré par la région Ile-de-France et le SIAAP. Ce schéma est basé sur l'idée d'un traitement de proximité et comprend de ce fait la création de nouvelles stations d'épuration pour alléger celle d'Achères. Il prévoit également la modernisation des installations actuelles de la station au regard des nouvelles normes européennes que sont la Directive Cadre sur l'Eau (DCE) et la Directive Eaux Résiduaires Urbaines (DERU).
Avant le début des travaux prévus pour 2009, un débat public a été organisé du 10 septembre au 20 décembre 2007. À l'occasion des réunions publiques, près de 1.500 personnes ont pu avoir une information sur le projet, obtenir des réponses à leurs questions et exprimer leur position. Le débat a ainsi suscité beaucoup d'intérêt notamment de la part des riverains, des acteurs de l'eau de la région Ile-de-France, des élus et des associations de protection de la nature.

La place de la station dans le schéma d'assainissement a été au cœur des discussions

Dès le début des discussions, le projet en lui-même a été remis en cause. Si un consensus sur la nécessité de refondre l'usine a été exprimé, une controverse s'est développée tout au long du débat : voulait-on, devait-on et pouvait-on débattre du volume des eaux pouvant être traité à Seine aval ? Cette question a nourri un « débat sur le débat », explique la Commission nationale du débat public (CNDP) dans son compte-rendu. Le projet présenté par le maître d'ouvrage a en effet été élaboré sur l'idée que le volume d'eau traité par la station serait d'1,5 millions de m3 par jour. Mais plusieurs élus et associations estiment que ce volume était encore trop important au regard des nuisances qu'il risque de générer et demande une politique de déconcentration plus volontariste. Tout en soutenant que « niveau de nuisance » et « capacité de l'usine » ne sont pas liés, le SIAAP a affirmé qu'il était possible de revoir à la baisse la capacité de Seine aval. Pour cela, il appelle les Maires franciliens à prendre leurs responsabilités pour accueillir d'autres stations d'épuration, pour favoriser une meilleure gestion des eaux de pluie sur leurs territoires et pour maîtriser l'urbanisation et l'imperméabilisation des sols. En revanche, pour l'Agence de l'eau, il n'est pas question de revenir sur le postulat de départ fixé en 1997 par plusieurs institutions et après concertation avec les associations et élus des territoires concernés. Selon l'Agence, les scénarios ont été comparés et évalués selon des critères transparents. Ainsi, plusieurs éléments structurants du Schéma d'assainissement francilien restent ouverts et incertains, conclu la CNDP.

Des questions restent en suspens

Au-delà des interrogations sur la capacité de Seine aval, les questions des nuisances, de l'insertion du projet dans la plaine, de la valorisation des boues et des risques ont été débattues. Sur la question des nuisances, les acteurs n'ont semble-t-il pas été convaincus par la promesse du SIAAP de réaliser une usine zéro nuisance et ont estimé que seule une diminution de la capacité de Seine aval permettrait notamment de limiter les odeurs.
Concernant l'insertion du projet sur le site, les acteurs ont vivement exprimé le souhait de camoufler les installations. L'idée de végétaliser les toitures pourrait être prise en compte.
Le devenir des boues d'épuration a également provoqué de vifs débats pendant les réunions. Selon la Commission nationale du débat public les craintes quant à l'impact des métaux sur les sols et de certains polluants contenus dans les boues n'ont pas été levées. Une controverse sur les causes de la teneur en métaux des boues de Seine aval jugée plus élevée que pour d'autres stations est même apparue au fil des réunions : gigantisme de l'installation ou process obsolète ?

Au final, les nombreux participants au débat ont fait part de leur souhait de voir évoluer la gouvernance de ce type de projet vers une gouvernance plus ouverte et moins formelle. Plusieurs acteurs ont même proposé l'organisation d'un Grenelle de l'Eau en Ile-de-France pour légitimer les décisions et réussir à les appliquer.
Les acteurs ont surtout mis en évidence les limites d'un tel débat. Les projets présentés sont en règle générale le fruit de plusieurs années de réflexion et arrivent déjà bien ficelés aux réunions. Les acteurs des débats publics ont bien souvent l'impression de devoir s'exprimer « dans le vide » tandis que le maître d'ouvrage tente de profiter de ces débats pour expliquer son projet et ses choix et espère souvent l'approbation de la population. Mais, au final, les sentiments sont partagés. Alors que certains acteurs considèrent qu'à l'issue de ce débat plus rien ne sera comme avant, l'Agence de l'eau l'a qualifié de confus et le SIAAP a estimé qu'on était passé en partie à côté du sujet. Reste à savoir désormais comment le maître d'ouvrage prévoit d'intégrer les réflexions du débat dans son projet. Rendez-vous est pris dans trois mois.

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