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Déchets : Valorie veut dépoussiérer la filière REP des emballages ménagers

En proposant une alternative à Eco-Emballages, la société Valorie veut moderniser tous azimuts la filière de responsabilité élargie du producteur pour les emballages ménagers. Pour l'instant, les parties prenantes sont prudentes, tant les enjeux sont complexes.

Décryptage  |  Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°351 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°351
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"Nous souhaitons proposer un système efficace, moins cher et plus simple", résume Pascal Gislais, président de Valorie, filiale de l'éco-organisme allemand Reclay, également actionnaire d'éco-organismes dans plusieurs pays en Europe. La société lance la Mission NEO 2017 (comme Nouvel éco-organisme) afin d'obtenir en décembre 2016 l'agrément d'un nouvel acteur pour la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les emballages ménagers, une filière gérée aujourd'hui intégralement par Eco-Emballages.

 
Qui est Valorie ? Créée le 1er juin 2014, Valorie est une société par actions simplifiées au capital d'un million d'euros. Elle a pour actionnaire Reclay (75% du capital), une entreprise d'origine allemande spécialisée dans la valorisation des déchets d'emballages, et ses cadres dirigeants (25%). Son siège social est basé à Paris.
Valorie est "spécialisée dans le domaine de l'économie circulaire de l'emballage" et dispose d'une équipe de cinq personnes, dirigée par Pascal Gislais. En juin 2015, elle a lancé la Mission NEO 2017 afin de participer à la procédure d'agrément des éco-organismes pour 2017 engagé cet été par le ministère de l'Ecologie.
 
Les autres pays européens collectent et traitent mieux que la France les déchets des filières REP, explique Valorie en mettant l'accent sur un objectif prioritaire : la réduction des coûts. "Ce sont des clients de l'éco-organisme allemand de Reclay qui ont estimé que notre expérience pouvait être utile en France", explique Pascal Gislais. L'entreprise "ne compte pas entrer en concurrence frontale avec Eco-Emballages, mais cherche plutôt à améliorer le système". Pour cela, elle échange avec les parties prenantes pour proposer un nouveau service qui réponde à leurs attentes.

Challenger le modèle français

L'arrivée d'un second éco-organisme bouleverserait la REP emballages ménagers créée il y a plus de 20 ans. Mais, au-delà, c'est surtout le modèle "à la française" des éco-organismes détenus par les metteurs sur le marché qui pourrait être amendé. Au cœur de cet enjeu, figure notamment la volonté des recycleurs de créer des éco-organismes en France, comme c'est le cas dans la plupart des pays européens.

Landbell, un recycleur allemand, a déjà essuyé les plâtres. En juin 2014, il rachetait ERP, un éco-organisme dédié aux déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) ménagers. Mais, fin 2014, ERP a perdu son agrément dans des circonstances polémiques. Dans la foulée, Ségolène Royal a tenté de consolider le modèle français en inscrivant dans la loi de transition énergétique une obligation pour un éco-organisme d'être détenu par des metteurs sur le marché. Une disposition censurée par le Conseil constitutionnel. Détail particulièrement important, si Landbell voulait prendre pied dans les REP françaises via les DEEE, la spécialité du recycleur est les emballages. D'ailleurs, il possède lui aussi un éco-organisme dédié aux emballages ménagers Outre-Rhin…

En l'occurrence, Valorie ne veut pas s'opposer frontalement au modèle français et entrer en conflit ouvert avec l'Etat. "Notre éco-organisme disposera d'un actionnariat conforme à la législation", assure Pascal Gislais. D'ailleurs, le ministère de l'Ecologie voit d'un bon œil l'arrivée de la Mission NEO, explique le président de Valorie. "Oui, l'arrivée de Valorie peut-être une bonne chose, à condition que ce ne soit pas le prélude à la multiplication des éco-organismes comme en Allemagne", pondère un responsable ministériel, ajoutant que la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) poursuit un objectif précis : "notre priorité est l'éco-conception des emballages, nous voulons responsabiliser les metteurs sur le marché, ce qui n'est pas le cas actuellement".

"On attend de voir"

Qu'en pensent les acteurs de la filière ? Silence du côté d'Eco-Emballages, le premier concerné, qui indique ne pas avoir de remarque à faire sur la concurrence. Quant aux collectivités et metteurs sur le marché, il leur est difficile d'afficher un franc enthousiasme. "J'ai hâte de voir qui se positionnera ouvertement pour Valorie, glisse un fin connaisseur du dossier, ce sera perçu comme une position anti Eco-Emballages". Personne ne tient à se mettre à dos le principal éco-organisme français qui récolte à lui seul la moitié des contributions de l'ensemble des filières REP.

Amorce et le Cercle national du recyclage (CNR), pour les collectivités, et Zero Waste France, pour les associations écologistes, tiennent le même discours : "A priori, l'arrivée de la concurrence est une bonne chose, mais on attend de voir avant de porter un jugement définitif". Du côté de PlasticsEurope, qui représente les industriels du plastique, on se contente de "prendre note de l'arrivée de la concurrence". Quant à Pascal Gislais, il assure que la Mission NEO a le soutien de "250 entreprises, représentant 70 millions d'euros de contributions, soit plus de 10% du marché". De plus, Valorie a fait réaliser par l'Ifop un sondage selon lequel 95% des entreprises contributrices interrogées sont prêtes à envisager de changer d'éco-organisme.

Plutôt que de donner un avis, les parties prenantes préfèrent livrer les (très) nombreuses questions qu'elles se posent : Quid de la robustesse du nouvel acteur ? Quel sera son budget ? Quelle sera sa stratégie ? Quels sont les producteurs intéressés ? Comment va-t-il les attirer ? Quelle part de marché obtiendra-t-il ? Quels seront ses actionnaires ? etc.

Simplifier les déclarations et les barèmes

Concrètement, l'entreprise évoque de nombreuses pistes pour redynamiser une filière qui fonctionne en monopole depuis plus de 20 ans. Premier axe de travail : une simplification des déclarations des metteurs sur le marché et des collectivités. "Simplifier le reporting serait une bonne chose, estime Delphine Lévi Alvarès, responsable des relations institutionnelles chez Zero Waste France, mais seulement si on mutualise la collecte d'informations, pas si on réduit le détail des informations collectées".

Autre sujet central, les barèmes amont et aval. Là encore, Pascal Gislais veut simplifier le système et "constate un intérêt très grand de toutes les parties prenantes". Rien de précis n'est annoncé, si ce n'est que "les deux barèmes peuvent bouger". Du côté des parties prenantes, chacun a sa propre idée. Amorce anticipe plutôt que Valorie et Eco-Emballages se distinguent en proposant chacun leur barème amont pour attirer des metteurs sur le marché. Le CNR espère que la concurrence entre les deux barèmes aval aboutira à la sélection du barème le plus favorable aux collectivités. Zero Waste attend surtout un barème amont favorable au réemploi des emballages et à leur écoconception, contrairement au barème d'Eco-Emballages basé sur le poids. Et Michel Loubry, directeur Europe de l'Ouest de PlasticsEurope, veut que "tous les éco-organismes de la REP fonctionnent de la même façon" et plaide donc pour des barèmes amont et aval uniques.

Extension du tri des plastiques et accès aux matériaux

L'extension des consignes de tri des plastiques, qui remodèle en profondeur le paysage des centres de tri, est un autre sujet tout aussi crucial. Valorie veut abaisser les coûts, notamment en soutenant l'investissement au-delà de la durée de l'agrément des éco-organismes (six ans). L'entreprise compte aussi s'appuyer sur les propositions de l'Ademe, des collectivités et des recycleurs. "Aujourd'hui, Eco-Emballages, via son appel à candidature, choisit les collectivités selon ses propres critères", déplore Nicolas Roussat, responsable du pôle déchets d'Amorce. Cependant, "l'arrivée de Valorie ne devrait pas modifier sensiblement le processus de modernisation, anticipe pour sa part Bertrand Bohain, délégué général du CNR, peut-être offrira-t-elle un peu plus de marges aux collectivités". En l'occurrence, Pascal Gislais ne propose pas autre chose : "Aujourd'hui, Eco-Emballages et les collectivités n'arrivent plus à discuter sereinement, le dialogue est très difficile. Et pourtant, il y a de bonnes propositions d'amélioration de part et d'autre".

Quant à Michel Loubry, directeur Europe de l'Ouest de PlasticsEurope, il espère surtout que Valorie ne modifiera pas les conditions de prix et de garantie de qualité pour la reprise par les recycleurs des balles de matières plastique triées. La crainte de l'industrie plastique ? Que Valorie veuille recycler elle-même, ou via un partenaire, les flux les plus intéressants, tels que le PET clair. Il en va du développement de Valorplast, la filiale de PlasticsEurope, qui assure, entre autres, la reprise option filière (Rofil) des emballages plastique. "Une telle stratégie n'est pas envisageable, ce serait bancal et trop risqué", rassure Pascal Gislais.

La crainte de PlasticsEurope pose deux questions : Valorie envisage-t-elle de devenir un éco-organisme opérationnel ? Modifiera-t-elle les prescriptions techniques minimales (PTM) ? S'agissant du premier point, Pascal Gislais explique que l'approche de Valorie "n'est pas si binaire". Il envisage "un passage possible vers une approche plus opérationnelle, sur une base de volontariat et sans surcoût, ni pour les metteurs sur le marché, ni pour les collectivités locales". Cela risque d'être délicat de convertir certains acteurs. "Nous souhaitons sauvegarder le modèle d'éco-organisme financier pour les emballages", plaide Michel Loubry. Du coté des collectivités locales, le délégué général du CNR est sans appel : "Nos adhérents n'en veulent pas, ils veulent garder la maîtrise de l'ensemble du service public de gestion des déchets".

Quant aux PTM, elles pourraient varier pour offrir plus de souplesse aux centres de tri. L'idée avancée par Valorie est d'apporter plus de souplesse en fonction des territoires. "Pourquoi imposer un tri séparé des cartons et papiers si, pour un territoire donné, un recycleur accepte les cartons et papiers en mélange ?", interroge Pascal Gislais. "S'il y a un recycleur sur le territoire concerné, adapter le tri à ses besoins est du bon sens, estime Delphine Lévi Alvarès de Zero Waste France, mais, en dehors de cette situation particulière, il est essentiel de maintenir une qualité homogène pour assurer la reprise des matières". Reste à savoir, aussi, si un allègement des PTM ne risque pas de favoriser les combustibles solides de récupération (CSR), au détriment du recyclage.

Réactions1 réaction à cet article

 

Quelque chose de nouveau sera-t-il propose concernant la filiere verre (consigne par exemple) ?

HB | 20 octobre 2015 à 16h19
 
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