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Incinérateur d'Ivry-sur-Seine : une concertation sans fin

La réflexion sur l'avenir du centre de traitement des déchets d'Ivry-Paris XIII, s'éternise. Au cœur des débats, le remplacement de l'actuel incinérateur et sa capacité de traitement.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Incinérateur d'Ivry-sur-Seine : une concertation sans fin
© Syctom
   

Débutée en 2004, à la demande des élus d'Ivry-sur-Seine, les différentes phases de débat n'ont toujours pas permis de convergence entre les défenseurs du maintient d'un incinérateur sur le site et les opposants. D'un côté le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne (Syctom) propose un projet visant à construire une unité de méthanisation et à diviser par deux la taille du futur incinérateur. D'une capacité d'incinération d'un peu plus de 700.000 tonnes par an, l'équipement envisagé par le Syndicat passerait à 350.000 tonnes annuelles. De l'autre côté les opposants, notamment les associations Passerelles, Attac Ivry Charenton et les Amis de la Terre, regroupés au sein du Collectif réduire réutiliser recycler (Collectif 3R) maintiennent une opposition forte à la reconstruction d'un incinérateur sur le site d'Ivry-sur-Seine.

Querelle d'experts sur le gisement de déchets

La réflexion sur l'avenir du site débute en 2004 par une concertation engagée par la ville d'Ivry-sur-Seine afin de prendre le pouls des riverains du site. Après cette première étape, le Syctom organise trois réunions publiques en 2006, crée un groupe de travail sur l'avenir du site et commande, l'année suivante, trois études de faisabilité basée sur une étude préalable réalisée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et définissant les éléments de cadrage. Basées sur les huit scénarios établis par le BRGM, évaluant notamment l'opportunité du déplacement du centre ou la possibilité de mettre en œuvre des traitements alternatifs, les études concluent qu'il est possible de réaliser un incinérateur de plus faible capacité en y ajoutant une unité de méthanisation pour traiter une partie des déchets fermentescibles.

À l'automne 2009, la Commission nationale du débat public (CNDP) est saisie par le Syctom afin d'organiser un débat public sur son projet. Au fil des réunions, la question du gisement de déchets, qui détermine la taille de la future installation, devient centrale. Pour son projet, le Syctom se base sur ses évaluations de l'évolution des flux de déchets, réalisées à partir des projections démographiques de l'INSEE et à partir des prévisions du Plan régional d'élimination des déchets ménagers et assimilés (Predma). À cela s'ajoute une étude commandée au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc).

De leur côté, les opposants contestent les chiffres avancés par le Syctom et demandent à la Commission particulière du débat public de faire réaliser une étude complémentaire et indépendante auprès des consultants du Bureau Horizons. L'étude, achevée en décembre 2009 remet en cause les prévisions du Syctom. Néanmoins le Syctom et certains acteurs du débat public critiquent l'indépendance du document. En effet, pour ces acteurs, le Bureau Horizons aurait réalisé une expertise militante étant donné que deux des cogérants, sont d'anciens salariés du Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid) qui s'oppose au futur incinérateur.

Un débat public prolongé par une concertation

Finalement à la fin du débat public les conclusions soulignent l'absence d'opposition de principe à l'implantation du futur site à Ivry. Par contre, les associations réunies dans le Collectif 3R contestent la taille du futur centre de traitement. Il est donc convenu de poursuivre au-delà du débat public une concertation relative au dimensionnement de l'installation.

La concertation est initiée en avril 2010 et Pierre-Yves Guihéneuf, un chercheur spécialisé sur les questions de gouvernance locale, est nommé garant de la concertation en mai. Organisée autour d'ateliers restreints réunissant les parties prenantes, la concertation devait faire l'objet d'un forum public de rendu des travaux le 8 décembre 2010. Du fait des fortes chutes de neige, la restitution a été annulée et le garant devrait faire des restitutions directement auprès des partenaires de la concertation.

Des positions figées

La clôture de la concertation, au-delà de l'annulation du forum final, a été marquée par une bataille de communiqués de presse. Pour France nature environnement (FNE), le projet est mitigé. Si le réseau considère que "la réduction de la capacité d'incinération est une avancée", il estime néanmoins que "le projet de méthanisation sur ordures brutes ne semble pas pertinent." En effet, citant un avis de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) de mai 2010, l'ONG juge que "la méthanisation est une technique intéressante si elle est pratiquée sur des déchets organiques triés à la source", ce qui n'est pas le cas avec le projet en débat. Autre reproche, le projet "manque d'ambition sur la réduction à la source et sur le recyclage" et "les estimations pour le projet d'Ivry sont en deçà [des] engagements du [Grenelle]." Enfin, FNE regrette que "chaque porteur de projet se justifie en découpant le territoire à sa guise, faisant apparaître des zones en sous capacités", alors que "les capacités d'incinération en Ile de France sont largement suffisantes pour traiter les déchets des ménages."

Le collectif 3R et les Amis de la Terre regrettent pour leur part que la concertation ait eu lieu "sans que le syndicat ne remette en cause à aucun moment les capacités d'incinération." De plus, ils considèrent que "la reconstruction de l'UIOM d'Ivry peut être évitée, le Syctom et la Région disposant de capacités d'incinération largement suffisantes sur son territoire." Un projet que les associations jugent donc contraire à la loi Grenelle 2 qui stipule qu'il est interdit d'incinérer ou d'enfouir plus de 60% des déchets produits sur un territoire. Pour les deux associations "la Région Ile de France est aujourd'hui loin du compte [et], le Préfet ne pourra pas autoriser la reconstruction de l'incinérateur d'Ivry." Elle menace donc de porter le projet du Syctom devant le tribunal administratif.

De son côté, le Syctom explique, au sujet de l'incinérateur qui cristallise les oppositions, que le projet "fait le pari de la réussite des politiques publiques en matière de diminution des déchets ménagers et d'augmentation du recyclage" en "[prenant] délibérément le risque de diminuer de 20% la capacité de traitement de son centre d'Ivry-Paris 13 et de 50% sa capacité d'incinération." De plus, il replace la réduction du volume de déchets incinérés sur l'ensemble de ses sites dans la cadre du Predma. Avec "500 000 tonnes de capacité d'incinération en moins, [le Syctom] réalisera ainsi plus de la moitié de l'effort nécessaire pour l'atteinte des objectifs du Grenelle de l'environnement", précisant que "les capacités d'incinération disponibles aujourd'hui sur le reste du territoire régional devront de la même façon et dans les mêmes délais, être réduites d'au moins 400 000 tonnes." À charge pour les autres syndicats intercommunaux traitant les déchets d'Île-de-France de réduire leurs capacités d'incinération…

Quelle sera la suite donnée au projet du Syctom ? En l'état, une chose semble certaine, l'actuel incinérateur ne pourra pas poursuivre son activité au delà de 2019. Si l'échéance peut sembler lointaine, en réalité, compte tenu des délais légaux, le temps presse pour mettre en œuvre le projet du Syctom. Il s'agit tout d'abord de valider le projet retenu via une délibération du Comité syndical pour lancer la procédure d'appel d'offre ou de dialogue compétitif. Ensuite une enquête d'utilité publique doit être organisée, le permis de construire doit être obtenu et les travaux doivent s'achever avant 2019 afin de préserver la continuité du service public.

Réactions2 réactions à cet article

 

De simples précisions, en 2004, le maire d'ivry a organisé une première réunion sur cette question du renouvellement du site;
les trois réunions de 2006, ont été organisées par la Ville d'ivry dans le cadre de son exposition "Ras la Poubelle" (mars 2006)

febaos | 22 décembre 2010 à 16h09
 
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Après le tri,les apports en déchèteries,les collectes (sélectives ?)et traitements divers des déchets,un choix s'impose pour le traitement des déchets dits ultimes,entre l'incinération, l'enfouissement ou toute autre technique.

Sans prétendre avoir la science infuse nous sommes très nombreux à refuser l'incinération et l'enfouissement et à préférer des techniques plus modernes,plus adaptés et plus valorisantes.

En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées.Société et technique sur laquelle les investisseurs américains voulaient faire main basse et délocaliser l'ensemble aux USA....C'est loupé et c'est tant mieux!

Communiqué de presse | Démarrage de la construction de CHO Morcenx | Bordeaux, le 2 décembre 2010.

Démarrage de la construction de CHO Power à Morcenx dans les Landes plus d'autres projets en préparations.

Un investissement de plus de 40 millions d’euros pour cette usine de production d’électricité à partir de déchets et de biomasse.

La première usine de ce type, qui produira jusqu’à 12 MWe d’électricité.Démarrage de la construction le 1er décembre 2010.

Fondé en 1992, Europlasma est un groupe français spécialisé dans les technologies propres et la production d'énergie renouvelable. Le Groupe Europlasma rassemble 4 unités principales et 260 collaborateurs fermement engagés en faveur du développement durable et experts dans le traitement et la valorisation des déchets, dont CHO Power.

Infos que je communique à titre technique!
Bon Noël à tous!

Vanmeulebroucke Guy | 23 décembre 2010 à 10h08
 
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