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Déchets : les papetiers s'inquiètent pour leur approvisionnement en papiers et cartons à recycler

La réduction des importations chinoises de papiers et cartons à recycler a chamboulé le marché. Après l'effet d'aubaine de court terme, les papetiers craignent maintenant pour la qualité de leur approvisionnement.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°379 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°379
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L'industrie papetière française a réalisé une bonne année 2017, se félicite l'Union française des industries des cartons, papiers et cellulose (Copacel). L'année en cours devrait voir cette tendance se confirmer. Pour autant, les professionnels font état de craintes et d'incertitudes. Parmi celles-ci figure l'approvisionnement en papier et cartons à recycler de qualité qui est menacé par la baisse des importations chinoises qui représentaient un débouché pour les lots de mauvaise qualité.

En 2017, la consommation française de papiers et cartons a légèrement augmenté de 0,5%, à 8,9 millions de tonnes. La production française a elle aussi progressé de 0,5% pour atteindre un peu plus de 8 millions de tonnes. Quant au chiffre d'affaires, il s'établit à 5,9 milliards d'euros, en hausse de 3%. Il profite de l'augmentation du prix de vente de plusieurs familles de papiers et cartons.

Les cours font le yo-yo

En 2017, le taux de récupération des papiers et cartons a atteint 82,2%, contre 72,5% en Europe, expliquent les papetiers. Quelque 7,3 millions de tonnes ont été collectées. La consommation de Papiers et Cartons à Recycler (PCR) s'établit à 5,38 millions de tonnes, en hausse de 0,5% sur un an. Les prix de la plupart des PCR ont été en moyenne annuelle supérieurs à ceux de 2016. Les papetiers ont acheté pour 710 millions d'euros de PCR, une facture en hausse de 9%. Pour illustrer la hausse du cours des PCR, la Copacel cite notamment le prix moyen du carton ondulé qui a augmenté de 12% sur l'année écoulée. Mais il ne s'agit que d'une moyenne et 2017 constitue une année "atypique", expliquent les professionnels.

A regarder de plus près, on observe une hausse au premier semestre 2017. Le début de l'année a été "assez tendu", remarque Yves Herbaut, administrateur de la Copacel. En revanche, le second a été marqué par une chute des cours. Ainsi, le prix des cartons ondulés récupérés a progressé de quelque 30%, avant de revenir à un cours très légèrement inférieur à celui du début de l'année. La tendance a été plus marquée pour certaines catégories de PCR, à l'image des papiers graphiques triés dont le cours a progressé d'environ 10% avant de s'effondrer. Cette catégorie a fini l'année en repli de 30%... A l'opposé, les papiers de bureau et les archives couleurs finissent l'année en hausse. Globalement, explique Yves Herbaut, le prix des lots de PCR de haute qualité se sont bien tenus, alors que ceux de piètre qualité ont souffert.

Course au PCR de qualité

Bien sûr, la raison de ces évolutions contrastées est à chercher du côté de la Chine et de l'annonce de l'interdiction d'importation d'une vingtaine de type de déchets annoncée cet été. La fermeture des frontières chinoises constitue à court terme "un effet d'aubaine" qui tire les prix vers le bas, explique Yves Herbaut. En outre, les papetiers chinois ont du acheter plus de pâte à papier sur le marché international, ce qui a soutenu les cours. Plus que jamais, la Chine a impacté le marché mondial et les papetiers européens en ont profité.

Mais à moyen et long termes, la situation pourrait se retourner en défaveur des papetiers européens, craint la Copacel. Le premier risque est que les collecteurs de déchets se détournent du recyclage et dirigent les papiers collectés vers l'incinération. Ce risque existe d'autant plus que la valeur de certaines catégories tend vers zéro, prévient Yves Herbaut qui "le voit venir en 2018". La seconde crainte concerne la qualité des lots qui pourrait baisser. Si la rémunération des collecteurs de PCR devait rester basse, la qualité du tri finira par s'en ressentir. Or, pour les papetiers, il n'est pas question de "mettre des poubelles dans les pulpeurs", avertit Yves Herbaut. Pour le secteur, les lots français contenant de l'ordre de 3% d'impureté peuvent difficilement être assimilés à des matières à recycler. La question de la qualité du tri devient cruciale, alors que la sortie du statut de déchet se profile.

Pour répondre à ces enjeux, la Copacel ne veut pas vivre sur l'effet d'aubaine de court terme. Elle préconise trois solutions pour assurer des PCR de qualité à long terme. La première consiste à renforcer la chaine de contrôle des approvisionnements en PCR. Les papetiers doivent mieux suivre la qualité des papiers et cartons à recycler qu'ils utilisent. Parallèlement, les collecteurs doivent être plus attentifs à la qualité du tri. Le second point consiste à développer le recyclage de proximité. Tous les acteurs ont à gagner à entretenir des relations de proximité, estime la Copacel. Enfin, il faut garder à l'esprit que les PCR sont aussi un marché mondial : les Chinois reviendront acheter en Europe, mais en étant plus stricts sur la qualité, anticipe Yves Herbaut. Le marché pourrait de nouveau être chamboulé. Pour se protéger des fluctuations, il faut donc mettre en place des outils de couverture financière, estime la Copacel.

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