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Déchets pneumatiques : le recyclage progresse en 2015 grâce à la valorisation mixte en cimenterie

En 2015, le recyclage des déchets pneumatiques a bondi de 10 points. Toutefois, cette hausse ne traduit pas un recul des envois en cimenterie, mais un nouveau mode de calcul pour la valorisation des pneus.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°359 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°359
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Ce mardi 10 mai, Aliapur a présenté le bilan de la collecte et de la valorisation des déchets pneumatiques pour l'année 2015. La valorisation matière a sensiblement progressé, passant de 29,61 à 39,90% du total des pneus usagés collectés. Cependant, l'apparition d'une nouvelle catégorie de recyclage, la "valorisation cimenterie matière non organique", bouleverse la donne et explique cette hausse. En 2015, cette valorisation représente 12,55% des tonnages traités par l'éco-organisme. Si on la retranche de la valorisation matière, comme c'était le cas jusqu'à maintenant, le taux de recyclage s'établit à 27,35%, soit en baisse de plus de 2 points sur un an.

Valorisation mixte en cimenterie

En 2015, la collecte de pneus usagés s'est élevée à 320.378 tonnes, établissant un nouveau record. Ce tonnage permet d'atteindre un taux de 102% par rapport à son objectif. Pour 2016, l'entreprise vise 330.000 tonnes. Ces bons résultats reflètent notamment la reprise des ventes de pneumatiques neufs qui génèrent un plus grand volume de pneus usagers lors des remplacements. En 2015, 43,53% des pneus collectés ont été valorisés énergétiquement, 39,90% l'ont été via la valorisation matière (dont 23,64% en valorisation granulat et poudrette) et 16,57% ont été réutilisés sous forme de pneumatiques réchappées ou d'occasion. Ces chiffres font apparaître une progression sensible de la valorisation matière au détriment de la valorisation énergétique. En 2014, 53,82% des pneus avaient été valorisés sous forme d'énergie et 29,61% avaient été recyclés. Pour rappel, la réglementation plafonne à 50% la valorisation énergétique à l'horizon 2020.

Toutefois, la progression de la valorisation matière ne résulte pas d'une réduction de la part des déchets pneumatiques envoyés en cimenterie. En effet, le rapport annuel d'Aliapur indique que l'entreprise a envoyé "plus de 170.000 tonnes" de déchets de pneu en cimenterie, soit plus de 53% des pneus collectés. Comment expliquer la progression du recyclage affichée en 2015 par Aliapur ? Depuis l'an dernier, l'entreprise peut comptabiliser les pneus envoyés comme combustible en cimenterie sous la forme d'une valorisation mixte, c'est-à-dire pour partie énergétique et pour partie matière. Cette méthode est employée par d'autres pays européens, tels que l'Espagne et le Portugal, justifie l'entreprise.

Concrètement, 23,75% du tonnage utilisé en cimenterie est maintenant considéré comme de la valorisation matière, réduisant d'autant la part de la valorisation énergétique. Ce nouveau mode de calcul est lié au fait qu'en cimenterie les pneus n'agissent pas uniquement comme combustible. En se décomposant, leur armature métallique fournit des apports d'oxydes de fer indispensables à la combustion du calcaire. De même, les cendres résiduelles constituent une composante du produit fini. En conséquence, la partie inorganique des pneus (fer, silice, soufre et zinc) est incorporée dans le clinker et constitue donc une valorisation matière. Cette part était précédemment comptabilisée sous forme de valorisation énergétique. Elle est maintenant considérée comme une valorisation matière et représente 12,55% des tonnages de déchets pneumatiques collectés en 2015 par Aliapur.

Pas d'opposition fondamentale à l'agrément

La présentation des chiffres 2015 d'Aliapur a aussi été l'occasion de revenir sur la nouvelle réglementation qui établit une filière de la responsabilité élargie du producteur (REP) pour les pneumatiques. En août 2015, un décret relatif à la gestion des déchets de pneumatiques a fixé son cadre général. Trois arrêtés, publiés en décembre, précisent les conditions de la collecte des déchets, les objectifs assignés, respectivement aux éco-organismes et aux systèmes individuels, dont le plafonnement en 2020 de la valorisation énergétique à 50%.

Globalement, cette nouvelle réglementation, décriée comme "une mise sous tutelle" par Aliapur lors de son élaboration, satisfait l'entreprise. Aujourd'hui, le discours d'Aliapur a sensiblement changé, en particulier s'agissant de la mise en place d'un agrément ministériel. "Le décret ne révolutionne pas l'activité d'Aliapur, mais la rénove", explique Serge Bonnel, président d'Aliapur, ajoutant que l'agrément d'un éco-organisme à partir de 2020 "ne pose pas de problème philosophique". L'entreprise y voit notamment la possibilité de mieux contrôler les metteurs sur le marché qui ne contribuent pas au financement de la collecte et de la fin de vie des déchets pneumatiques. Quelque 10% des pneus neufs y échapperaient actuellement. Pour y remédier plus efficacement, Aliapur défend l'idée de faire apparaître la contribution dans une ligne séparée sur les factures, comme c'est le cas pour les équipements électriques et électroniques ou le mobilier. Un fraudeur se rendrait alors coupable d'une falsification de facture, plus sévèrement punie que l'absence de contribution à un organisme non agréé (tout au moins d'ici 2020).

Enfin, l'entreprise est revenue sur le statut de déchet des pneus usagés qui constitue un point de désaccord important entre les entreprises exportatrices pour le réemploi ou le rechapage et les services de l'Etat. Ces entreprises plaident pour que ces pneus puissent sortir du statut de déchet. En effet, la procédure d'exportation de déchets hors de l'Union européenne est complexe, ce qui entrave leur activité. Pour l'instant, les Douanes et les services du ministère de l'Environnement s'y opposent pour deux motifs. Tout d'abord, le statut actuel des déchets pneumatiques est cohérent avec la définition d'un déchet dans le code de l'environnement, à savoir un produit abandonné par son détenteur. En outre, l'Administration craint que les pneus exportés ne soient pas réemployés mais éliminés. "Nous travaillons pour faire évoluer ce statut", explique le président d'Aliapur. Il semblerait qu'une possibilité de sortie du statut de déchet puisse être envisagée pour les pneus qui auraient été préparés pour le rechapage et non pas simplement identifiés comme rechapables.

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