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Déchets spatiaux : une pollution industrielle d'un nouveau genre

L'association Robin des Bois alerte dans un rapport sur les risques environnementaux et technologiques associés aux objets placés en orbite. L'ONG pointe notamment "le boomerang nucléaire" associé au retour sur Terre d'éléments radioactifs.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
   
Déchets spatiaux : une pollution industrielle d'un nouveau genre
   

Dans son rapport "les déchets dans l'espace", Robin des Bois estime que "la conquête spatiale a réussi un exploit considérable" : disséminer dans l'espace des milliards de déchets. Il s'agit là "d'une pollution industrielle d'un genre nouveau, foudroyant, proliférant et durable" à l'image de la pollution de l'océan par le plastique, le polystyrène et les hydrocarbures.

"En 50 ans, les activités humaines dans l'espace ont créé sur les orbites basses et hautes de la Terre plus de déchets que le système solaire n'y a injecté de météorites en plusieurs milliards d'années", résume le rapport.

Des milliards de micro-déchets et des milliers de gros déchets

Selon leur nature, les déchets sont situés sur trois orbites : les orbites basses (entre 160 et 2.000 km d'altitude), les orbites moyennes (entre 2.000 et 35.000 km) et l'orbite géostationnaire à 35.786 km.

S'agissant des déchets de très petite taille, l'ONG évoque les milliards de particules, allant de la taille de poussières jusqu'à des scories de plusieurs centimètres de diamètre, résultant des combustibles. Il s'agit là de la source la plus importante. Toujours dans la catégorie des déchets extrêmes petits, l'ONG évoque l'érosion des satellites qui génèrent de nombreux déchets et notamment des éclats de peinture.

Les petits déchets sont, pour leur part, liés aux quelque 200 explosions causées par les résidus d'ergol dans les réservoirs, aux collisions entre les objets en orbite et aux 56 destructions volontaires par explosion de satellites. De même, les déchets d'exploitation sont, pour leur part, constitués des éléments de fixation et de protection des satellites et des dispositifs de séparation, tels que des câbles, des capuchons d'objectifs, des ressorts, ou des explosifs.

À cela s'ajoutent les déchets volumineux, en commençant par "des centaines de sacs de déchets [relâchés par le] sas arrière" de la station Mir entre 1986 et 2001. Enfin, Robin des Bois explique que chaque lancement implique l'ajout d'un étage supérieur, une structure de grande taille comprenant un moteur et des réservoirs. Il y aurait actuellement environ 1.900 étages supérieurs à une altitude proche des orbites des satellites. Par ailleurs, avec une durée de vie allant de quelques jours à 15 ans, il y aurait environ 2.500 satellites hors d'usage qui quitteront à terme leur orbite pour rentrer dans l'atmosphère.

Les collisions, bête noire des activités spatiales

Le premier risque lié à ces débris est la collision entre deux objets en orbite. En effet, un fragment d'un gramme naviguant à la vitesse de 12 km/s contient l'énergie cinétique d'une machine à laver lâchée d'une hauteur de 100 mètres. Ainsi, le suivi des impacts sur les navettes spatiales américaines, lors des 54 missions allant de 1992 à 2005, a entraîné le changement de 92 hublots du fait d'éclats dont certains furent causés par des particules de peinture, d'aluminium, d'acier et de plastique.

De même, les collisions concernent aussi des objets bien plus gros, à l'image de la collision intervenue le 10 février 2009, entre un satellite en activité américain de 560 kg et un satellite russe hors d'usage de 900 kg. Ce choc, qui s'est produit à la vitesse de 42.120 km/h à 790 km d'altitude, a généré près de 1.800 déchets de plus de 10 cm.

Enfin, la Station spatiale internationale (ISS) est l'objet d'une attention particulière : en août 2008 et en mars 2009, l'ISS a dû effectuer des manœuvres d'évitement de deux débris d'une dizaine de centimètres.

Robin des Bois juge ainsi que la sécurité des activités spatiales "est compromise par la prolifération et la connaissance fragmentaire du nombre et de la trajectoire des déchets existants."

Boomerang radioactif

Quant à la chute des déchets sur terre, l'ONG s'inquiète tout particulièrement du retour des satellites contenant des matières radioactives qu'elle qualifie de "boomerang radioactif." Ainsi, depuis les années 1960, 11 satellites utilisant des matières radioactives sont retombés sur Terre. L'ONG passe en revue ces retours et les mesures des poussières de plutonium 238 ou d'uranium 235 effectuées par différentes autorités.

La chute d'un satellite de l'US Navy en 1964 et la dispersion d'un kilo de plutonium a été mesurée dans l'atmosphère de l'hémisphère sud jusqu'à fin 1970, date à laquelle 95% des poussières avait atteint le sol. En 1968, l'échec d'un lancement a obligé les autorités à des opérations de recherche du combustible nucléaire immergé par 100 m de profondeur au large de Santa Barbara (Etats-Unis).

En janvier 1978, ce sont quelque 124.000 km2 du territoire canadien qui furent contaminés par les 31,1 kg d'uranium d'un satellite militaire russe. L'ONG relate les recherches intensives effectuées jusqu'en octobre 1978 par différentes autorités militaires et civiles pour récupérer un maximum d'élément de ce satellite. Au final, le Canada a porté plainte devant l'ONU car les déchets collectés étaient radioactifs, parfois à des niveaux mortels. La plainte fut retirée deux ans plus tard suite à la signature d'un accord entre l'URSS et le Canada. Finalement, une équipe japonaise concluait en décembre 1981 qu'il y a "toute raison de croire que le taux d'activité anormalement élevé et l'augmentation abrupte du rapport uranium 234 / uranium 238 dans l'air de surface au printemps, au Japon et au-dessus de l'océan, ont été occasionnés par la désintégration du satellite russe Kosmos-954." En 1983, 1988 et 1995 l'histoire se répéta avec le retour sur Terre de trois satellites de la série Kosmos.

Améliorer la collaboration internationale

Cette situation semble être prise en compte par un nombre croissant d'acteur du secteur, même si l'ONG regrette l'absence de mutualisation des informations permettant de cartographier et d'inventorier les déchets spatiaux.

Robin des Bois préconise donc en premier lieu de réduire les déchets à la source en responsabilisant tous les acteurs du secteur. Pour cela, l'ONG souhaite que la société civile et les Etats fassent pression sur les opérateurs.

Ensuite, l'ONG appelle à la mise en œuvre d'un droit de l'espace "collaboratif, évolutif et contraignant" afin d'appliquer "les règles élémentaires de prudence." Une telle démarche passerait d'abord par la ratification de l'Accord sur la Lune et les autres corps célestes daté de 1974 et ratifié par seulement 13 Etats. Robin des Bois juge "urgent que les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Japon et les autres principaux Etats de lancement ratifient l'Accord." Dans un second temps, "une convention internationale sur la prévention et la gestion des déchets dans les orbites terrestres et le système interplanétaire" pourrait être établie.

Troisième axe, financer les recherches sur la capture ou la neutralisation in situ des plus gros déchets susceptibles de se fragmenter, notamment via "un fonds alimenté par tous les usagers de l'espace, en premier lieu les exploitants de satellites commerciaux."

Enfin "les retours de satellites doivent faire l'objet d'une planification et d'une localisation précises et respectueuses de l'environnement marin et des populations exposées."

Réactions4 réactions à cet article

 

Au moins, on ne pourra pas accuser le particulier lambda d'en être responsable, comme c'est le cas pour les autres déchets et les émissions de carbonne

Tony | 30 juin 2011 à 12h04
 
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"Les cochons dans l'Espace" au sens propre.
Ne pas accuser le particulier, voire: toutes les applications satellitaires dont nous usons sont sans doute responsables de nombre de ces déchets, sans parler de notre appétence vorace pour tous les programmes télévisés...
Vive le rugby en Nouvelle-Zélande, le foute au Qatar, etc.

Remi | 30 juin 2011 à 12h26
 
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Ou peut-on trouver vos sources et une quelconque bibliographie?

Mirage | 01 septembre 2012 à 10h10
 
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Nous sommes tous responsables, comme consommateurs de TV (appelée" the idiot box" par Osho), téléphones, GPS et j'en passe.
Le pouvoir de changer repose donc en nous: apprenons à nous passer du superflu, par amour ou par respect de notre planète, notre seul lieu de vie. Arriver à se désencombrer, c'est un peu comme le sevrage de la cigarette: au début il y a le manque et ensuite la libération.

Utsava 1.2.13

Utsava | 01 février 2013 à 21h09
 
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