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Stocamine : Barabara Pompili juge le déstockage risqué et opte pour le confinement

Les études commandées par l'État confirment la possibilité de poursuite du retrait des déchets dangereux enfouis à Stocamine. Mais la ministre estime cela trop risqué et préfère confiner le site, ce que conteste Alsace Nature.

Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Stocamine : Barabara Pompili juge le déstockage risqué et opte pour le confinement

Lundi 18 janvier, le ministère de la Transition énergétique a confirmé qu'il renonçait à retirer les déchets dangereux ultimes stockés dans l'ancienne mine de la société Stocamine à Wittelsheim (Haut-Rhin). Le site, à l'arrêt depuis l'incendie survenu en 2002, sera confiné pour protéger la nappe d'Alsace, expliquent les pouvoirs publics. La ministre Barbara Pompili « est arrivée à la conclusion que les conditions au déstockage complémentaire, posées par la mission parlementaire de 2018, ne sont pas réunies ».

Sur le plan financier, une enveloppe de 50 millions d'euros sera confiée à l'Agence de la transition écologique (Ademe) « pour permettre un plan de protection de la nappe d'Alsace sur les cinq prochaines années ». Le ministère évoque notamment la dépollution d'anciens sites industriels en surface, notamment le site Produits chimiques Ugine Kuhlmann (PCUK) à Wintzenheim où sont enterrées 750 tonnes de lindane. Une annonce hors sujet, pour l'association Alsace Nature : « il convient de rappeler qu'en l'état la décision de dépollution n'est que la stricte application de ce que l'État aurait dû faire depuis bien longtemps ».

Des analyses des risques divergentes

Le ministère avait commandé à Antéa Group et Tractebel une étude de faisabilité technique et économique d'un déstockage des déchets encore enfouis dans l'ancienne mine de potasse, à l'exception de ceux situés dans le bloc incendié (le bloc B15). « Cette étude prend bien en compte tous les scénarios possibles », estime Daniel Reininge. « Surtout, ajoute le président d'honneur d'Alsace Nature, elle confirme qu'il est tout à fait possible de poursuivre le déstockage des déchets ».

En revanche, le ministère juge que tous les scénarios de déstockage étudiés « exposent les travailleurs à des risques professionnels élevés ». De plus, « le bénéfice environnemental pour la nappe d'Alsace d'un déstockage complémentaire n'est pas démontré ». Ces arguments ne tiennent pas selon l'association environnementale. Les risques professionnels ne sont pas différents des risques maîtrisés liés à l'activité minière. Quant au risque de pollution de la nappe phréatique, il est jugé limité par l'État sur la base de scénarios qui restent à valider. Ce dernier point, estime Daneil Reininge, s'oppose au principe de précaution.

« L'État décide de mettre une chape de béton, pour ne pas dire une chape de plomb, sur ces déchets pour masquer les problèmes et les responsabilités », résume le responsable associatif. Et de pointer les responsabilités de l'Administration et de l'État qui avaient garanti que le site ne présentait pas de risque incendie et que le stockage était réversible.

Six scénarios étudiés

Concrètement, l'étude de faisabilité a passé en revue six scénarios. Le premier (S1) prévoit le confinement des déchets conformément à l'arrêté préfectoral de mars 2017. Ce scénario, que vient de valider le ministère, limite le déstockage aux seuls déchets mercuriels et phytosanitaires contenant du zirame déjà retiré entre 2015 et 2017. L'étude montre que 5 % du mercure, 95,9 % du chrome, 99,1 % du cadmium et 98,5 % de l'arsenic initialement présents resteront enfouis à Stocamine. Les opérations de confinement pourraient être achevées en 2024, pour un coût évalué à 128 millions d'euros (hors désarmement et fermeture du puits et démantèlement des installations des Mines de potasse d'Alsace). Ces coûts comprennent 58 millions d'euros d'entretien du site et 70 millions d'euros de travaux de confinement.

À l'opposé, le scénario le plus ambitieux (S2) prévoit le retrait de l'ensemble des déchets, à l'exception de ceux situés dans le bloc B15 (environ 5 % du total en poids, comme en nombre de colis). Une fois ces travaux réalisés, le site serait dépourvu de mercure et d'arsenic et ne contiendrait plus que 2,1 % du chrome et 36,5 % du cadmium initialement présents. Pour cela, il faudrait remonter à la surface 63 429 colis, soit 40 370 tonnes de déchets dangereux. Le déstockage aurait pu s'échelonner de janvier 2021 à mai 2029, pour une fermeture définitive du site en 2034. Dernier élément important : le coût des opérations est évalué à 456 millions d'euros.

Les quatre autres scénarios consistent à retirer un nombre de colis variable, compris entre 7 736 (pour 5 402 tonnes de déchets) et 16 335 (soit 16 776 tonnes de déchets). Les scénarios S5 et S6 avaient les faveurs des élus et de la population, rapporte Alsace Nature. Il s'agissait de remonter entre 13 % et 25 % des tonnages enfouis, ce qui aurait permis une réduction significative des polluants présents dans l'ancienne mine. Leur coût est estimé à respectivement 205 millions et 239 millions d'euros.

De forts risques associés au déstockage

S'agissant des risques, l'étude d'Antéa Group et Tractebel associe aux opérations de déstockage des « risques forts » pour la santé des opérateurs. Ces risques sont, pour l'essentiel, liés aux produits et aux émissions, aux effondrements et à la présence d'amiante (ce risque est évalué indépendamment des autres produits dangereux stockés). Le confinement et le remblayage ne présentent que des risques considérés comme « tolérés ou moyens ».

Les risques environnementaux sont aussi jugés « forts » pour le retrait de tous les déchets (S2), « moyens à forts », pour un retrait partiel (S3 à S6) et « faibles » pour le scénario retenu par l'État. Les principaux impacts anticipés sont une consommation en ressources du sol, l'incidence des travaux sur le climat et sur les populations, ou encore la production de déchets et la consommation énergétique indirecte.

En outre, l'étude estime que « le bénéfice environnemental local sur la nappe d'Alsace (aspect hydrogéologique) [n'est pas] démontré pour les cinq scénarios [de retrait des déchets] ». À l'opposé, le retrait des déchets est bien perçu par le public, alors que le scénario retenu est perçu négativement.

Réactions1 réaction à cet article

 

Pour suivre cette problématique depuis le début, j'ai du mal à comprendre pourquoi s'arc-bouter dans cette position de vouloir à tout prix tout retirer les déchets, 19 ans après, alors que c'est rapidement (dans les 2-3 premières années) qu'il aurait fallu le faire. Vous avez deux anciens mineurs de Stocamine qui font partie de la commission de sécurité de ce dossier et qui assurent, de leur côté, que c'est bien trop risqué de faire descendre des équipes "là dedans" à présent. L'Etat est responsable? Sans doute. Mais au fait, où étaient les parlementaires locaux, pendant toutes ces années, notamment les premières? Ce n'était pas leur boulot, de faire du lobbying auprès des gouvernements successifs?

nimb | 20 janvier 2021 à 11h32
 
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