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Les dégradations environnementales menacent le développement humain

Dans la perspective de Rio+20, le rapport mondial sur le développement humain 2011 se penche sur les liens entre équité et durabilité. Il préconise une nouvelle approche des politiques de développement et propose de nouvelles sources de financement.

Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
   
Les dégradations environnementales menacent le développement humain
   

''D'après les prévisions, l'échec persistant des tentatives de réduction des risques environnementaux graves et l'aggravation des inégalités sociales pourraient ralentir plusieurs décennies de progrès continus au sein de la majorité pauvre de la population mondiale, voire inverser la tendance vers une convergence mondiale du développement humain'', note le Rapport mondial sur le développement humain 2011 (RDH), publié le 2 novembre par le programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

A quelques mois du sommet de Rio+20, le rapport tire la sonnette d'alarme : il est urgent de lier équité et durabilité, afin de poursuivre les progrès en termes de développement humain. ''De nos jours, de nombreux débats sur la durabilité négligent l'équité, considérée comme une notion distincte et indépendante. Cette approche parcellaire est contreproductive''. Et inversement, une approche uniquement sociale pourrait nuire à l'environnement, et donc au développement humain. Le rapport préconise une ''approche gagnant-gagnant-gagnant'' et de nouvelles sources de financement pour soutenir les politiques à mettre en œuvre.

Inégalités sociales et environnementales

Les liens entre environnement et progrès humain sont inextricables, note le rapport. Jusqu'ici, ''l'élévation de l'Indice de développement humain (IDH) a été associée à la dégradation de l'environnement''. Et la détérioration des ressources naturelles, dont dépendent directement des millions de personnes, devrait encore s'aggraver : ''Au niveau mondial, près de 40 % des terres sont dégradées à cause de l'érosion des sols, de la diminution de leur fertilité et du surpâturage. La productivité des terres décline, avec une perte de rentabilité estimée atteignant 50 % dans les scénarios les plus défavorables''. Un tiers de la population mondiale est menacée par la désertification des zones arides.

L'accès à la ressource en eau est et sera également problématique : ''L'agriculture absorbe de 70 à 85 % de l'eau consommée et l'on estime que 20 % de la production céréalière mondiale utilise l'eau de manière non durable, mettant ainsi en péril le développement agricole futur''. Le prix  des denrées alimentaires devrait croître de 30 à 50 % en termes réels et augmenter l'instabilité des prix, avec de lourdes  répercussions sur les ménages pauvres.

Les risques environnementaux ayant des effets à l'échelle mondiale, comme les gaz à effets de serre, tendent à augmenter avec l'IDH. En revanche, les risques environnementaux affectant les populations, comme la  pollution de l'air urbain, semblent augmenter,  puis retomber avec la progression de l'IDH. Enfin, la dégradation de l'environnement domestique  (pollution de l'air intérieur, accès insuffisant à de  l'eau salubre et à un meilleur assainissement) est plus grave quand les niveaux d'IDH sont faibles, puis décline à mesure que l'IDH s'élève.

Ainsi, ''les populations les plus défavorisées subissent une double charge. Plus vulnérables aux effets les plus larges de la dégradation de l'environnement, elles sont aussi confrontées aux menaces sur leur environnement immédiat dues à la pollution de l'air intérieur, aux eaux polluées et aux déficiences de l'assainissement''.

Dans le cas d'un réchauffement climatique affectant la production agricole, l'accès à l'eau potable et à l'assainissement, l'indice de développement humain (IDH) pourrait chuter de 8 % par rapport à l'hypothèse de base. Dans le cadre d'un scénario ''catastrophe environnementale'', prévoyant de vastes déforestations et dégradations des sols, le déclin de la biodiversité et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, l'IDH régresserait de 15 %.

Mener des politiques équitables et durables

Le rapport préconise donc la mise en oeuvre urgente de ''synergies positives'' et l'intégration des questions d'équité dans les politiques environnementales. ''Les  méthodes classiques d'évaluation des politiques environnementales échouent. Elles permettent par exemple de calculer les impacts des émissions futures, mais escamotent souvent l'aspect distributif. Même quand elles étudient les effets sur différents groupes, elles se limitent généralement aux revenus des populations''. De nouveaux indicateurs sont nécessaires pour évaluer les politiques et les priorités, à l'instar de celui développé par le Pnud pour calculer l'indice de développement humain. Outre le niveau de vie, l'accès à l'éducation et à la santé, le Pnud examine pour la première fois l'ampleur des "privations environnementales" (accès aux combustibles de cuisson, eau salubre…).

 
Une Initiative pour l'accès universel à l'énergie L'accès à l'énergie est indispensable pour accroître le développement humain : une personne sur cinq ne dispose pas d'électricité aujourd'hui. Cependant, ce développement ne doit pas être réalisé au détriment du climat, note le rapport. ''Il existe de nombreuses perspectives prometteuses permettant de développer l'accès à l'énergie sans impact environnemental lourd (…). Il est possible de réaliser des systèmes décentralisés hors réseau pour fournir des services énergétiques aux ménages pauvres, qui peuvent être financés et mis en place avec un impact minimal sur le climat''. L'investissement annuel requis pour assurer l'accès universel aux énergies modernes est estimé à moins d'un huitième des subventions allouées aux énergies fossiles.
Le Pnud appelle donc au lancement d'une Initiative pour l'accès universel à l'énergie, mondiale et à forte visibilité : ''Une telle initiative serait à même de mobiliser puissamment les efforts pour passer d'un changement progressif à un changement transformateur''.
 
Pour appuyer le développement de politiques équitables et durables, les droits environnementaux doivent être inscrits dans les constitutions et les législations nationales, comme l'ont déjà fait 120 pays, estime le Pnud. ''La reconnaissance constitutionnelle de l'égalité d'accès à un environnement sain favorise l'équité, l'exercice de ce droit n'étant plus limité à ceux qui  peuvent se le permettre. L'intégration de ce droit au cadre légal peut influencer les priorités du gouvernement et l'affectation des ressources''. Il est indispensable d'y associer une justice indépendante et un droit à l'information, notamment environnementale.

Les groupes les plus menacés, les femmes, les populations indigènes, doivent être au cœur de politiques participatives. ''Permettre la participation des femmes revêt une importance de plus en plus manifeste, autant pour la valeur proprement dite de cette participation que pour son aboutissement avéré à des résultats plus durables''. De même, une gestion communautaire des territoires, notamment des forêts, pourrait atténuer la dégradation de l'environnement.

De nouvelles sources de financement

La mise en œuvre de politiques favorables à l'environnement et au développement humain nécessite des investissements ''substantiels, mais inférieurs aux dépenses actuelles dans d'autres secteurs, par exemple dans le domaine militaire''. Elle nécessitera l'engagement du secteur public, afin de catalyser l'investissement privé.

De nouvelles sources de financements seront nécessaires. A la veille du sommet du G20 qui étudiera à Cannes de nouvelles sources de financement pour le climat, le Pnud préconise la mise en place de nouvelles taxes, notamment sur les opérations de change. ''Nos analyses mises à jour montrent qu'une taxe sur les opérations de change très faible (0,005 %) pourrait rapporter sans aucun surcoût administratif environ 40 milliards de dollars par an'', indique le rapport, ajoutant : ''Une taxe plus large sur les transactions financières pourrait aussi dégager des recettes considérables'', estimées entre 600 et 700 milliards de dollars pour un taux de prélèvement de 0,05 %.

''Une autre solution qui a retenu l'attention consisterait à monétiser l'excédent de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI. Le gain pourrait atteindre 75 milliards de dollars, avec un coût budgétaire minime ou nul pour les gouvernements''.

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