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La destruction des barrages de la Sélune pourrait être un exemple de renaturation d'un fleuve

Alors que la commission d'enquête publique a donné son feu vert, Ségolène Royal s'interrogeait, en décembre dernier, sur la pertinence de la destruction des ouvrages de la Sélune. La contre-expertise du CGEDD semble privilégier ce choix.

Eau  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
La destruction des barrages de la Sélune pourrait être un exemple de renaturation d'un fleuve
Environnement & Technique N°348 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°348
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"De nombreux élus et acteurs locaux ne sont pas convaincus de la pertinence de cette décision et considèrent comme possible de maintenir les ouvrages et leur production hydroélectrique tout en assurant la circulation des poissons". Dans une lettre de mission, datée du 15 janvier 2015, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal demandait aux conseils généraux de l'industrie et de l'environnement (CGIET et CGEDD) une contre-expertise sur le projet d'arasement des barrages de la Sélune (Manche). "Les enjeux locaux, le coût de l'opération dans un contexte budgétaire contraint pour les agences de l'eau et la priorité donnée au déploiement des énergies renouvelables dans le cadre du projet de la loi de transition énergétique pour la croissance verte incitent à questionner de manière approfondie l'opportunité de cette opération".

Pourtant, comme le rappelle la ministre dans sa lettre de mission, des enjeux environnementaux, notamment piscicoles, plaident en faveur d'une destruction des ouvrages de Vezins et de La-Roche-qui-Boit. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'Etat a décidé, en 2009, de ne pas renouveler leurs titres d'exploitations, arrivés à échéance en 2007.

Mais le diagnostic des conseils généraux est sans concession : "Il est impossible de répondre aux exigences de qualité des eaux et de libre circulation des espèces migratrices en conservant les barrages". Alors que Ségolène Royal s'interrogeait sur la mise en place de solutions alternatives, le CGIET et le CGEDD estiment que "les dispositifs qui permettraient la redescente des anguilles ou des jeunes saumons sont inopérants. De plus, le tiers de la longueur du fleuve est ennoyé sous une eau calme qui n'est pas favorable à leur développement". La décision est donc politique : choisir la production hydroélectrique (18 GWh par an, soit 0,04% de l'hydroélectricité produite) ou la restauration de la biodiversité.

Des coûts importants dans les deux cas

L'expertise souligne que le démantèlement ou le maintien des barrages nécessitent tous deux des coûts importants. Le choix d'un maintien n'est pas justifié d'un point de vue économique : la rentabilité des ouvrages n'est pas assurée aujourd'hui et le sera encore moins lorsque des travaux de renforcement de la sécurité (défauts d'étanchéité…) et des mesures compensatoires auront été financés. Le futur mécanisme de capacité ne suffira pas à fournir aux barrages un résultat positif. Le projet de station de transfert d'énergie par pompage (Step) n'est pas rentable et sa faisabilité non avérée.

En revanche, il est possible d'abaisser la facture d'un démantèlement, de 22 M€ à 10 M€, même si les rapporteurs n'y semblent pas favorables. En effet, une économie peut être réalisée sur la gestion des sédiments, mais elle comporte un risque, limité dans le temps, d'impact écologique. "Cette prise de risque serait cependant très difficilement acceptable pour les habitants du territoire concerné et les associations environnementales". Les auteurs rappellent par ailleurs que "la décision de démantèlement a dès l'origine été associée à l'engagement d'une opération exemplaire et que cet engagement est assumé à l'échelle du bassin Seine-Normandie à travers des accords sur des financements élevés".

Un espace rare de 30 km de bords de rivières non urbanisés

Le CGEDD et le CGIET semblent plutôt privilégier un scénario de démantèlement et de renaturation du fleuve. "Du fait de sa position au sein du complexe de la baie du Mont-Saint-Michel, la Sélune fait partie des cibles à privilégier pour développer les stratégies de restauration des frayères et de rétablissement des populations". La réouverture des zones situées en amont des barrages permettrait de multiplier par quatre la population de saumons adultes et par deux le stock de saumon dans la baie (de 1.850 aujourd'hui à 3.000). "Les enjeux se situent dans des proportions similaires pour les autres migrateurs amphihalins, notamment l'anguille, du fait de l'importance de l'ouverture du potentiel d'habitats favorables".

Les affluents (Le Lair, l'Iscland et l'Yvrande) seraient eux aussi concernés par cette renaturation. "Ces nouveaux espaces naturels permettraient l'extension d'une faune et d'une flore sauvages déjà présentes dans les pentes de la vallée".

Afin d'emporter l'adhésion des populations et acteurs locaux, les auteurs préconisent une meilleure communication sur ce projet. En effet, le démantèlement des ouvrages entraînera la disparition des plans d'eau calmes et, de fait, celle des activités lacustres (pêche, base de loisirs…). Cependant, "le territoire est capable d'offrir à terme un espace rare d'une trentaine de kilomètres de bords de rivière non urbanisés, des possibilités d'itinérances douces variées et des espaces de tranquillité, à partir d'un site touristique mondialement connu", souligne le rapport. De plus, "l'effacement des ouvrages entraînera la mise à jour d'anciens moulins et d'anciens ponts notamment un ancien pont gallo-romain à l'amont de l'actuel pont des Briards".

En mai 2013, l'Etat et les élus locaux ont d'ailleurs signé une convention tripartite pour la renaturation et le développement de la vallée de la Sélune. Plusieurs scénarios ont été proposés depuis : "Le scénario « vallée nature » donne la priorité à la préservation et la renaturation, et consolide la dimension d'une vallée secrète et préservée ; le scénario « vallée loisirs » tire parti de l'effacement des barrages pour créer un bouquet d'activités au fil de la Sélune et parie sur la montée en puissance d'une offre diversifiée". Cette importante mutation écologique et sociale du site devra être explicitée, afin de permettre une appropriation progressive du projet par les riverains, note le rapport.

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