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“ La révolution numérique bouleverse nos usages des transports ”

Lors du congrès ITS de Bordeaux, l'association ATEC ITS France a présenté les résultats du livre vert sur la mobilité intelligente. Un programme national d'actions devrait être initié. Précisions avec Denis Aubron, président d'ATEC ITS France.

Interview  |  Transport  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ La révolution numérique bouleverse nos usages des transports ”
Denis Aubron
Président d’ATEC ITS France
   

Actu-environnement : La feuille de route 2015 pour la transition écologique prévoyait la création d'une filière de la mobilité intelligente. Quand sera-t-elle mise en place ?

Denis Aubron : La filière de la mobilité intelligente est en train de se transformer en un programme d'actions national. Les résultats de nos travaux du projet de livre vert montrent que cette filière s'imbrique de manière complétement transversale sur les filières industrielles type automobile, ferroviaire, numérique qui sont elles très verticales. La mobilité intelligente transcende toutes ces technologies. A la lumière de ce constat, nous sommes en train, à travers des travaux avec le gouvernement, de transformer cela en programme d'actions national intitulé : Mobilité 3.0. Le livre vert a été remis au Secrétaire d'Etat aux transports lundi dernier lors du congrès mondial ITS de Bordeaux

AE : Pourquoi avoir initié des travaux sur la création d'une filière ou un programme d'actions de la mobilité intelligente ? Quels étaient les besoins ?

DA : L'objectif est de donner une cohérence à l'ensemble des démarches au niveau national pour créer du développement économique et aussi de la notoriété sur cette excellence française. Nous sommes également partis du constat que la régionalisation, la métropolisation, vont créer de la mobilité. D'autre part, sur un certain nombre de sujets, la primauté est déjà partie à l'étranger notamment parce que nous avons raté le coche. Ainsi, pour la normalisation des prises des véhicules électriques : c'est une norme allemande qui est passée... Nous avons sans doute laisser passer cette opportunité. Cela vient du fait qu'il y a un réel manque de coordination sur ces sujets qui sont assez nouveaux et traversent des silos différents que sont la filière automobile ou les transports en commun.

AE : Quels seront les objectifs et champs d'action du programme national Mobilité 3.0 ?

DA : Le programme Mobilité 3.0 se déclinera en quatre piliers fondamentaux. Le premier s'attachera à définir des stratégies coordonnées par les feuilles de route des différentes thématiques de la mobilité intelligente. En effet, pour des sujets comme le voyage sans couture, l'information multimodale, les véhicules autonomes, la problématique de la régulation des trafics ou encore les technologies de paiement dans les transports, nous constatons que nous avons des questions d'ordre technologique mais également de coordinations avec des enjeux politiques. Pour chacune, le numérique permet d'avancer et modifie totalement les usages et les comportements. Nous travaillerons sur la feuille de route de chaque thématique pendant six à huit mois, voire un an selon la consistance du sujet.

Le second pilier est de favoriser l'émergence et le déploiement de projets et innovations à l'échelle nationale et européenne.

AE : Quels sont les manques constatés dans le déploiement de projet ?

DA : En France, nous avons une grande capacité d'innovation - et sur ce sujet cela ne se dément pas - par contre, nous avons beaucoup de difficulté pour passer de l'innovation au déploiement. Ainsi, nous avons expérimenté depuis dix ans la technologie NFC à Nice, pour le paiement sans contact, mais nous n'avons pas réussi à véritablement la déployer ailleurs. Une des raisons, pour ATEC ITS France, est que nous n'encourageons pas ce déploiement, nous ne le stimulons pas avec une vision coordonnée de l'ensemble des initiatives du territoire. Le fait d'initier une expérimentation sur un territoire pourrait permettre ensuite de prolonger le test dans une phase deux sur tel autre territoire : pour cela il faut avoir une vision un peu supra-territoriale ou inter-territoire, quelque chose de l'ordre du dialogue, de la concertation…

AE : Quels sont les deux derniers volets ?

DA : Le troisième volet est de porter l'offre française à l'international : nous avons du mal à exporter car nos entreprises vont à la chasse séparément. Enfin, le dernier axe regroupe l'ensemble de la coordination et l'animation des acteurs du secteur pour développer l'offre française. Nous allons créer une instance de conseil de comité stratégique ou conseil de surveillance qui supervisera ce programme d'actions national. Pour qu'il soit pertinent, il faut un dialogue entre les autorités publiques, le monde de la recherche, les collectivités territoriales mais aussi l'Etat et le monde des entreprises.

Aujourd'hui, des start-ups et des grands groupes existent, nous souhaitons faire émerger des entreprises de tailles intermédiaires dans ces métiers qui n'existent pas encore. Dans ce volet quatre, nous allons aussi travailler sur la coordination des acteurs français pour avoir un langage commun dans les instances de normalisation. Il y a aussi une réflexion à mener sur la formation, par exemple une voiture équipée d'outils de mobilité intelligente devra pouvoir être réparée dans un garage… La révolution numérique bouleverse nos usages des transports et si nous voulons créer une réelle opportunité de créer de la valeur, il faut embrasser la problématique dans tous ces domaines.

AE : Est-ce que ce programme comporte une volonté de réduire les impacts environnementaux de la mobilité ?

DA : C'est inhérent à la mobilité intelligente : elle est la croisée des chemins entre le besoin de fluidité, l'émergence du numérique et la prise en compte - le plus possible - des contraintes environnementales. Depuis les années 80-90, la répartition des investissements publics va à 75% aux transports publics et 25% sur les infrastructures routières. Pour autant, les déplacements restent encore, et resteront sans doute longtemps, à 85% en véhicule individuel et 15% en transport en commun.

Il faut saisir les opportunités du numérique et pas uniquement grâce aux business plan des start-up ou des grands acteurs internationaux du numérique - les GAFA – nous devons aussi mettre un peu de politique, c'est à dire d'utilité publique.

D'ailleurs, nous allons lancer, en ce sens, une initiative ITS for Climate à la COP 21 et l'avons présentée lors du congrès ITS World de Bordeaux cette semaine.

En modifiant les usages, nous pouvons arriver aux deux objectifs qui sont de fluidifier et de respecter l'environnement. La mobilité intelligente s'intéresse en cela aux véhicules électriques - individuel ou en transport en commun ou même en vélo… Nous sommes en train de travailler sur ce sujet avec le club des villes et territoires cyclables.

AE : Quels sont vos travaux avec le club des villes et territoires cyclables?

DA : Nous réfléchissons à comment intégrer les vélos dans un voyage sans couture. Par exemple, pour programmer un voyage jusqu'au Mont Saint Michel, vous pouvez utiliser différents modes de transport mais aujourd'hui vous n'avez aucun moyen de l'organiser de manière unifiée sans passer par six ou sept sites internet… Vous restez également tributaire des accidents, une grève etc. Avec le club des villes et territoires cyclables, nous examinons comment dans un calculateur d'itinéraire multimodal, nous pouvons intégrer le vélo dans les propositions globales de mobilité.

AE : Avez-vous déjà des pistes pour développer le covoiturage ou l'autopartage ?

DA : Des travaux ont déjà été initiés mais les feuilles de route devraient approcher ces sujets de manière plus transversale… Par exemple, un véhicule autonome ou connecté, pourra améliorer la performance du covoiturage : il recevra des informations provenant des covoitureurs potentiels. Le covoiturage réduit la frontière entre le transport individuel et le collectif… Est-ce que le véhicule autonome disposera de 2, 4, 6, 12 ou 16 places ? Quelle sera la meilleure modularité pour transporter sur un trajet commun différents passagers ? Il faut réfléchir en mobilité plutôt que silo par silo et imaginer le véhicule autonome comme une voiture classique de 4 places classiques à laquelle nous enlevons le volant.

AE : Quand sera mis en place le programme d'actions national de mobilité intelligente ?

DA : Nous souhaitons le démarrer durant l'année 2016, il y aurait une partie de chemin parcouru et mesurable en 2017. L'idée est de lancer ce programme d'action sur cinq ans pour qu'ensuite, une fois la feuille de route établie, nous puissions enclencher les actions préconisées thématique par thématique.

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