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Déchets : les effets délétères du confinement sur les dépôts sauvages

Le confinement n'empêche pas les dépôts sauvages. Il semble même les accélérer. Les délinquants prennent comme prétexte la fermeture des déchèteries et l'arrêt du ramassage des encombrants.

Déchets  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Déchets : les effets délétères du confinement sur les dépôts sauvages

Le 10 avril, le Parc national des Calanques a lancé un cri d'alarme. En cette période de confinement, le gestionnaire de cette zone naturelle à la protection renforcée déplore une recrudescence des dépôts sauvages sur son territoire, en particulier de déchets de bâtiment.

« Les sites où ont été déposés ces déchets sont en zone de cœur du parc et inclus dans le site classé "Massif des calanques" qui sont deux entités à forte valeur patrimoniale, que ce soit d'un point de vue biologique ou paysager », indique l'établissement public. Outre l'impact paysager, ces déchets peuvent générer des pollutions et avoir des impacts sur les écosystèmes. « Les plastiques peuvent être emportés par le vent ou les eaux de ruissellement (…) et se retrouver loin de leur lieu de dépôt dans le milieu naturel et polluer les eaux, et la mer », rappelle le Parc, qui indique avoir ouvert plusieurs procédures judiciaires à l'encontre des contrevenants. Ceux-ci encourent des peines d'amende pouvant atteindre 75 000 euros pour un particulier et 375 000 euros pour une entreprise.

Neuf tonnes de gravats, dont du fibrociment

Ce témoignage est malheureusement loin d'être isolé. Des faits identiques sont rapportés un peu partout en France. Ainsi, l'Office français pour la biodiversité (OFB) indique que ses inspecteurs ont interpellé, le 30 mars, en flagrant délit, l'auteur d'un dépôt sauvage dans une petite commune proche de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Il s'agissait d'un agriculteur qui poussait des déchets de démolition dans une ravine à l'aide de son tracteur. Son complice, un responsable d'une entreprise de BTP, a été interpellé quelques heures plus tard. Sa motivation ? Économiser le coût, d'environ 150 euros la tonne, du transport des déchets vers un centre de collecte.

 
Les contrevenants (...) encourent des peines d'amende pouvant atteindre 75 000 euros pour un particulier et 375 000 euros pour une entreprise.  
 
Les agents de l'OFB ont constaté la présence de près de 9 tonnes de gravats, parmi lesquels des plaques de fibrociment contenant de l'amiante. Le tout dans une zone surplombant des sources alimentant un ruisseau abritant une espèce protégée, l'écrevisse à pattes blanches, classée sur la liste rouge mondiale de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En plus de la forte amende encourue, les agents de l'OFB « veilleront tout particulièrement à ce que la remise en état et la dépollution du site soient effectuées ».

Rouvrir certaines déchèteries

Les mesures de confinement semblent être utilisées par certains professionnels comme prétexte pour procéder à des dépôts sauvages. Les déplacements professionnels sont en effet limités à ceux qui ne peuvent être différés et aux achats de fourniture nécessaires à l'activité professionnelle. Un grand nombre de déchèteries sont par ailleurs fermées et les exutoires autorisés pour les déchets de bâtiment se font plus rares.

« Pour éviter la multiplication des dépôts sauvages, on a recommandé aux collectivités de maintenir un service minimum dans leurs déchèteries, surtout pour accueillir les déchets des professionnels », s'est défendue la ministre de la Transition écologique devant les sénateurs, le 3 avril. Élisabeth Borne a indiqué, à cette occasion, qu'elle travaillait avec les collectivités en vue de rouvrir certaines installations afin de disposer d'une couverture minimale du territoire.

« Stockez vos encombrants chez vous »

Les dépôts sauvages peuvent aussi être le fait de particuliers. Ceux-ci sont en effet davantage enclins à faire des travaux de bricolage et de rangement durant cette période de confinement, alors que beaucoup d'entre eux se retrouvent au chômage partiel.

Comme certains professionnels, ils sont confrontés à la fermeture des déchèteries, mais aussi à l'arrêt du ramassage des encombrants. Selon un état des lieux au 30 mars, effectué par l'association de collectivités Amorce, 73 % des déchèteries étaient totalement fermées et 23 % l'étaient partiellement, tandis que 75 % des collectes d'encombrants étaient suspendues. « Dans la mesure du possible, stockez vos encombrants chez vous », intime l'éco-organisme Citéo dans un mémo consacré à la gestion des déchets durant cette période inédite.

« Le confinement ne doit pas se transformer en "opportunité" pour certains de polluer à l'abri des regards », prévient France Nature Environnement (FNE), qui a mis en place une carte participative des dégradations subies par l'environnement, dénommée « Sentinelles de la nature ».

Réactions15 réactions à cet article

 

Le confinement semble montrer ce que l'humanité a de meilleur... et de pire. Cette dualité est exacerbée dans les moments de crise, remettons le civisme au cœur de l'éducation de nos enfants et rapidement car c'est par là que nous arriverons à surmonter les futures crises et surtout faire face à celles qui nous préoccupent depuis quelques années et qui nécessitent l'urgence de nos actions.

Cyril74 | 16 avril 2020 à 09h25
 
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Comme de nombreux citoyens, naturalistes ou pas, urbains ou habitants des campagne, je suis outré par ces décharges ainsi que par les abords de routes, et les ruisseaux contigus, jonchés de détritus, jusqu'au plus profond et au plus perdu de nos espaces "sauvages". En rando ou à vélo, il est édifiant de constater à quel point nous avons régressé en comportement individuel et collectif. Le citoyen doit agir au premier niveau et en responsabilité environnementale malgré le risque car nos élus et forces de l'ordre ne peuvent pas parer à tout comportement déviant...

Philippos31 | 16 avril 2020 à 09h42
 
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Bonjour, pour information une cartographie temporaire des déchèteries ouvertes pendant l'épidémie, accueillant les déchets du bâtiment, est disponible à l'adresse suivante : www.dechets-chantier.ffbatiment.fr (lien via le flash info).
Cette cartographie est mise à jour régulièrement par FEDEREC en lien avec la FFB, le SEDDRe, la FNADE et le SNEFID.

FFBDAT | 16 avril 2020 à 10h01
 
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Chez-nous c'est assez stupéfiant, pour s'économiser des frais conséquents de poubelles du village d'à côté (société privée trop connue, pesage) des gens viennent mettre leurs sacs sur nos parkings, et la DDE ramasse (nous on marche avec des sacs dédiés de nos communes qu'on paye par lots de 50), hé bien ces idiots stoppent sur les parkings malgré le confinement et continuent de jeter leurs ordures au plus grand bonheur des rats et autres bestioles.
Ils oublient l'énergie survitaminée des gendarmes aidés de plus par un hélico et descendre seulement de voiture sans justification, déposer des déchets dans un endroit interdit le risque de repartir à pied est grand.
Personnellement j'irais voir notre maire pour faire payer l"amende maximum à ces malappris, car notre village est joli et ne mérite pas le mépris de ces radins, et les touristes vont nous prendre pour de gros cradingues alors que l'entretien du village le fleurissement nous coûte une fortune en personnel.

pemmore | 16 avril 2020 à 11h50
 
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Vite! les pister grâce à leur portable: la police peut le faire très facilement. C'était pourtant évident qu'il ne fallait en aucun cas fermer les déchetteries et pourquoi a t-on pris cette décision ? Puisqu'il y a des éboueurs qui continuent à ramasser les ordures , on ne voit pas pourquoi la filière ne continue pas jusqu'au bout. Au moins jusqu'au tri sélectif. On continue à se faire des illusions sur certaines catégories inciviques de population, qui , sans sanctions , ne rentrent jamais dans le rang.

gaïa94 | 16 avril 2020 à 12h34
 
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Un ami ouvrier du bâtiment (charpente-couverture) en milieu rural m'informe parfois de la façon dont son patron "gère" les déchets de leurs chantiers. Ce dernier semble ne pas vraiment fréquenter la déchetterie la plus proche - ni la plus éloignée ! - de chaque chantier. Il suffit d'une plateforme un peu discrète (de toute façon, personne ne regarde à ce moment là car on ne va pas aller se fâcher pour si peu entre voisins..) pour entasser tout ce qui peut brûler et de temps à autres, deux ou trois vieux pneus, un peu d'essence ou d'huile de vidange et hop !, le ménage est fait !
Idem aussi pour un garagiste carrossier proche de chez moi, qui entretient un "brûladou" d'emballages plastique et cartonnés de pièces, voir même de pièces HS elles-même. N'en déplaise à certains, je ne l'ai jamais "balancé" mais je cultive un certain remords de laisser faire. D'autant plus que ses voisins artisans en ont marre des fumées mais n'osent rien dire de crainte de relations conflictuelles.
La verbalisation de ces délinquants à la petite semaine est pourtant la seule manière de rétablir l'équité entre tous, tout en préservant l'environnement.

Pégase | 16 avril 2020 à 14h27
 
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Pégase: ce qui est bizarre quand même , c'est que les policiers ,qui sont toujours bien informés même s'ils prétendent le contraire, laissent faire. Le bruladou du garagiste ne doit quand même pas passer inaperçu , d'autant plus qu'il y a les odeurs , ça ne se dissimule pas facilement!

gaïa94 | 16 avril 2020 à 16h06
 
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@gaïa94 : il est je crois bien rare que les forces de l'ordre interviennent pour de petits délits environnementaux, bien que répétés et largement disséminés sur le territoire national. Les maires n'apprécieraient pas qu'on viennent verbaliser des artisans sur leurs communes, souvent les seuls employeurs à la ronde. Or les maires connaissent bien le conseiller départemental ou de sénateur, lesquels connaissent bien le préfet qui dialogue régulièrement avec le colonel de Gendarmerie, lequel coordonne les priorités d'actions de ses subordonnés...
En revanche, dès que des personnes organisent de simples réunions d'information sur les dangers des pesticides, la brigade Demeter est sur le coup et se presse d'intervenir.

Pégase | 16 avril 2020 à 18h31
 
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la déchetterie que je fréquente en tant que particulier a un panneau à l'entrée qui dit "interdit aux professionnels", bizarre, non. Elle ferme à 17h30, le professionnels terminent le chantier souvent vers 18h00 ou 19h00.

naphtes | 16 avril 2020 à 20h56
 
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@ naphtes : sans doute est-ce parce que c'est plus compliqué d'accueillir les artisans en les faisant payer car il faut peser chaque catégorie de déchets déposée, éventuellement créer des filières spécifiques, établir un bordereau de facturation, etc.
Mais en effet, c'est une erreur de ne pas les accepter partout parce que sinon, ils se retrouvent dans la nature. C'est scandaleux à plusieurs titres :
- c'est une source de pollution et de nuisances pour l'environnement,
- c'est une charge pour la collectivité qui devra procéder au nettoyage,
- c'est une arnaque du client qui a payé pour une gestion légale de ses déchets de chantier par l'entreprise (mais il n'y a pas de petit profit quand on n'a guère de moralité, largement encouragé par les pairs sur l'air du "t'es bien c.. si t'empoches pas les ronds !"),
- enfin, c'est un acte de petite délinquance qui, reproduit un peu partout à l'échelle nationale, génère une véritable pollution diffuse si ce n'est une destruction de certains milieux naturels fragiles (mares, pelouses calcicoles, tourbières, etc.).

Pégase | 17 avril 2020 à 10h10
 
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Pégase: oui, nous sommes bien d'accord! les policiers le savent et laissent faire pour toutes les "bonnes" raisons que vous évoquez. Et c'est vrai qu'ils sont très zélés dès qu'il s'agit d'intervenir pour empêcher d'organiser une petite réunion qui s'oppose aux projets du maire par exemple,avec toutes sortes de prétextes, soufflés par le même maire ,quelquefois en limite de légalité.Ou comment manipuler la force publique à son profit ...ou ne pas la manipuler au profit de ses amis.

gaïa94 | 17 avril 2020 à 18h05
 
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Dés lors comment agir pour faire respect le droit de vivre dans un environnement sain, propre et de protéger notre futur ? Existe-t-il un site en ligne pour déposer ses constatations et au moins alimenter les statistiques et géolocaliser tous les dépôts sauvages ? On le fait bien avec les oiseaux et papillons de nos jardins, faisons-le pour les déchets "sauvages"

Philippos31 | 17 avril 2020 à 19h39
 
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hypothèse : Il faudrait créer des espaces spécifiques où les artisans pourraient déposer leurs déchets qui seraient ramassés par les spécialistes de la gestion des déchets. Les artisans auraient à reverser la contribution au fisc comme on reverse la TVA.

naphtes | 17 avril 2020 à 20h51
 
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@ Philippos31 :
Il y a par exemple :
- https://sentinellesdelanature.fr/
- https://www.clean2gether.com/

Pégase | 18 avril 2020 à 17h28
 
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@Pégase : MERCI, je vais en tenir compte et réfléchir à la bonne attitude personnelle et engagée auprès des responsables des collectivités de mon territoire sans me poser en dénonciateur pur

Philippos31 | 23 avril 2020 à 12h05
 
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