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Le développement de la Guyane à travers sa biodiversité devra être mesuré

Le développement de la Guyane pourra s'appuyer sur sa biodiversité à travers les biotechnologies, la forêt, l'écotourisme, la pêche et l'agriculture, selon le CGEDD. Cette exploitation devra toutefois trouver un équilibre pour rester durable.

Gouvernance  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Le développement de la Guyane à travers sa biodiversité devra être mesuré

Que la biodiversité puisse constituer un des catalyseurs pour assurer le décollage économique de la Guyane, est une évidence (…), considère dans un rapport le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), mais à condition de mieux connaître, de savoir préserver ce potentiel de biodiversité pour les générations futures et de trouver les capitaux, les projets et les compétences nécessaires". Ce dernier était missionné par le ministère de l'Environnement pour proposer un plan d'action afin d'utiliser la biodiversité guyanaise comme levier de développement économique et social, tout en la préservant.

L'enjeu pour le ministère est de répondre à l'accroissement démographique du territoire (environ 4% par an) dans un contexte social tendu. "La Guyane est la région la plus jeune de France et l'une des plus touchées par le chômage qui s'élève à 22 % en 2015, souligne le rapport. En 2011, une habitation principale sur cinq n'a ni toilettes, ni salle d'eau, 58 % des habitations sont sans eau chaude, 8.600 logements sur 63.000 sont sans électricité. (…) Selon l'Insee, en 2011, 44% des Guyanais vivaient sous le seuil de pauvreté local ".

D'après la mission du CGEDD, la réussite d'un développement qui repose sur la biodiversité nécessite différentes conditions : la mise en place d'une dynamique territoriale, soutenue par les habitants, et une approche qui privilégie les micro filières intégrées, respectueuses des modes de vie et des diversités culturelles.

Elle propose des pistes d'actions dans cinq secteurs : la recherche ainsi que les biotechnologies, l'exploitation de la forêt, l'écotourisme, la pêche et enfin l'agriculture.

Un essor de la bio-prospection

Concernant le secteur de la recherche, la mission estime que la ratification par la France du protocole de Nagoya va permettre le développement de la bio-prospection en Guyane. Avec cet acte, la France est désormais responsable et propriétaire des ressources de biodiversité présentes sur son territoire. Ceci implique également un encadrement de la manière dont la recherche publique ou privée peut accéder à ces ressources, en tirer profit et les partager. En Guyane, les procédures de demande pour l'utilisation des ressources génétiques (déclaration pour la recherche ou autorisation dans le cadre d'une valorisation commerciale) seront confiées à la collectivité à travers un établissement public. " Il existe une polémique naissante sur la composition de cet établissement public local", note toutefois le CGEDD.Le dispositif de l'accès aux ressources génétiques est également contesté par une partie des Amérindiens. La mission recommande de poursuivre le dialogue sur ce sujet mais également d'approfondir la connaissance des écosystèmes comme des savoirs locaux, ainsi que des pathologies tropicales amazoniennes. Elle conseille le rapprochement des laboratoires de recherche avec des start-up pour le développement technologique. "Il convient de se prémunir du biopiratage avant qu'il ne soit trop tard dans le respect des communautés autochtones et de leurs usages", souligne-t-elle également.

La forêt : une filière déjà structurée à encourager

La forêt guyanaise appartient en exclusivité à l'Etat. Les prélèvements ne s'effectuent aujourd'hui que sur les aires aménagées du domaine forestier permanent (2,4 millions d'hectares). L'Office national des forêts (ONF) autorise l'exploitation de 47 essences commerciales sur les 90 existantes. La filière bois représente la quatrième activité économique. Le secteur permet de répondre aux besoins en construction de logements et pour la fourniture d'énergie électrique de la population. Le CGEDD estime toutefois que pourraient être encore développés l'usage du bois local et ses sous produits dans la construction ainsi que l'utilisation de la biomasse ligneuse forestière (bois énergie). La mission recommande donc d'encourager les métiers et les formations pour une gestion forestière durable, à destination des scieries, de la transformation et de l'ébénisterie.

Elle propose également de lancer des concours d'entreprises innovantes et respectueuses de la biodiversité autour des produits de la forêt et de promouvoir une certification des produits issus des forêts locales. Pour développer une filière énergétique, elle préconise d'engager une expérience pilote de plantations de biomasse prés d'une grande ville du littoral.

La mission recommande de comparer l'intérêt de développer la biomasse sur les défriches agricoles, ou au moyen de cultures énergétiques, ou sur la forêt primaire hors projet agricole - en respectant les règles de l'ONF et du domaine forestier permanent. "Selon le mode de production retenu, la production d'électricité par la biomasse peut contribuer à réduire nettement les émissions de gaz à effet de serre ou, au contraire, être aussi émetteur que le thermique fossile tout en entraînant une diminution de la forêt primaire de Guyane", reconnaît-elle.

Poursuivre les efforts de lutte contre l'orpaillage illégal

Développer la filière de l'écotourisme demandera de résoudre différents obstacles, selon le CGEDD. La mission souligne ainsi les problèmes de sécurité liés à l'orpaillage illégal ainsi que le braconnage et la chasse.

Elle recommande également de structurer la filière, mettre en place des infrastructures collectives et former les acteurs. Elle envisage deux types d'offres : un écotourisme haut de gamme autour de hot spots de biodiversité comme le marais de Kaw mais également de proposer un service plus large en améliorant le confort et l'accessibilité.

Lutter contre la pêche illégale

A première vue, les ressources halieutiques de la Guyane sont en bon état, laissant envisager pour certaines un accroissement de la pression de pêche, selon le CGEDD. "Toutefois, selon une étude de l'Ifremer de 2010, la pêche illégale représenterait un volume 2,5 à 3 fois supérieur à la pêche légale et conduit à une surexploitation de la ressource, modère-t-il. Au vu de l'importance de cette pêche illégale, les moyens actuels de surveillance sont notoirement insuffisants". L'essor du secteur implique donc de lutter contre les pratiques frauduleuses et d'acquérir une meilleure connaissance des stocks. La mission préconise également de développer un partenariat avec le Brésil et le Surinam pour mettre en place des modalités d'exploitation durable de la ressource. Elle souligne l'importance d'utiliser des équipements qui ne portent pas atteinte aux mammifères marins et aux tortues, comme les filets sélectifs.

Elle plaide toutefois dans le même temps pour une "exception guyanaise" pour le financement de navires adaptés à la pêche hauturière.

D'un point de vue social, la mission souhaiterait que les prix de vente des produits de la mer soient valorisés pour assurer une rémunération correcte des pêcheurs. Autre élément important : développer des formations "pour promouvoir une filière dans des conditions sociales et environnementales dignes de la France et de l'Europe".

Réduire le poids des importations grâce à une agriculture durable

En Guyane, la plupart des produits alimentaires consommés sont importés. "Avec l'accroissement de la demande liée à la croissance démographique continue, il est urgent de promouvoir une agriculture locale respectueuse de l'environnement pour nourrir la population sainement en diminuant la facture liée à l'importation de denrées alimentaires", pointe le CGEDD. Paradoxalement à la richesse de sa biodiversité, l'exploitation locale est confrontée à des sols pauvres et à de nombreux ravageurs. La mission préconise donc le développement de variétés locales ou adaptées au climat et aux sols.

Elle souhaite que soit encouragé l'essor de l'agro-écologie 29281, en associant, par exemple, différentes légumineuses pour apporter de l'azote dans les sols.

Autre proposition : favoriser l'économie circulaire et le recyclage des déchets d'origine organique.

"Une plante, le Moringua, pourrait remplacer les pesticides, projette le CGEDD. Aujourd'hui, on peut l'utiliser pour faire des tisanes, des huiles essentielles pour la consommation directe, mais on ne peut pas l'utiliser sur des végétaux. Pour l'homologuer, il faudrait travailler au niveau européen sur les préparations naturelles dites peu préoccupantes".

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