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Le charbon, épée de Damoclès au-dessus de la lutte contre le changement climatique

Confrontés à des besoins croissants en énergie, les pays en fort développement se tournent vers le charbon. Les centrales se multiplient alors que la technologie du captage et du stockage du CO2 n'est qu'en phase de test.

Energie  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
   
Le charbon, épée de Damoclès au-dessus de la lutte contre le changement climatique
   
Alors que l'Union européenne se lance dans un plan climat-énergie et tente d'entraîner avec elle les pays les plus contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre, le charbon fait un retour en force sur la scène énergétique. À l'occasion d'un colloque dédié à ce sujet organisé par l'Institut Français du Pétrole (IFP), l'ancien Directeur de l'Agence International de l'Energie (AIE), Claude Mandil, a été catégorique : le charbon est là, bien là et là pour durer ! Et pour cause, les réserves prouvées de charbon sont 1,5 fois supérieures aux réserves prouvées de gaz et de pétrole réunies et le risque politique est faible en raison de la distribution géographique de la ressource à travers le monde. À ces avantages structurels, s'ajoute celui du coût : le prix du charbon n'est pas corrélé au prix du pétrole et du gaz et selon Gérard Mestrallet, PDG de Suez, dans le contexte actuel, les technologies de production d'électricité au charbon sont parmi les moins coûteuses. Selon lui, un MWh produit avec du charbon coûte 55€ contre 63€ pour les centrales gaz, 72€ pour l'éolien et 42€ pour le futur EPR.
Ces avantages expliquent sans doute les dernières statistiques de l'AIE présentées en novembre dernier dans son rapport World Energy Outlook 2007. Selon l'agence, la consommation de charbon pourrait augmenter de 73% entre 2005 et 2030 si rien n'est fait pour maîtriser la consommation mondiale d'énergie. Les énergéticiens européens, américains et asiatiques ont tous dans leurs tiroirs plusieurs projets même si l'opinion publique est très souvent défavorable à ce type d'installation notamment en France et aux Etats-Unis. Globalement, la hausse de la production de charbon sera principalement due aux pays émergents dont la Chine et l'Inde qui en quelques années sont passés du statut d'exportateur de charbon à celui d'importateur. La Chine utilise déjà à lui seul plus de 38% de la totalité du charbon produit au niveau mondial et envisage la construction de nouvelles centrales à charbon. Elle prévoit d'augmenter sa capacité de production de 620 GW actuellement à 1.700 GW en 2030 et 70% des nouvelles installations fonctionneront au charbon. Pour Claude Mandil, il est clair que ses nouvelles installations correspondent aux émissions de gaz à effet de serre des 50 prochaines années.

Car c'est bien là que le bât blesse. De par sa forte teneur en carbone, le charbon est la source fossile la plus polluante en matière de gaz à effet de serre notamment. Alors qu'en 2006 la part du charbon dans l'offre d'énergie primaire mondiale était de 24,4 %, contre 34,4 % pour le pétrole, sa part dans les émissions de CO2 était presque identique : 38,4 % pour le charbon contre 40,8% pour le pétrole. Son retour dans le mix énergétique mondial fait donc craindre un échec des politiques de lutte contre le changement climatique. L'AIE estime même que les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l'énergie augmenteront de 57% d'ici à 2030 en passant de 27 milliards de tonnes en 2005 à 42 milliards de tonnes en 2030. Or, Claude Mandil rappelle que le GIEC recommande de maintenir les concentrations de CO2 dans l'atmosphère à 450 ppm ce qui, selon lui, équivaut à réduire chaque année les émissions de CO2 d'un milliard de tonnes pendant 30 ans. Sachant que ce milliard de tonne de CO2 est rejeté par seulement 300 centrales à charbon de 500 MW, le défi est extrêmement ambitieux, estime Claude Mandil. À ces yeux, il faut donc agir tout de suite.

Mais il n'y a pas de « solution miracle ». Toutes les solutions seront nécessaires, explique Claude Mandil qui préconise fortement d'augmenter l'efficacité énergétique et de développer la technologie de Capture et de Stockage du CO2 (CCS). Mais l'ancien directeur de l'AIE craint la réaction des populations et recommande de développer l'information et de faire preuve de transparence sur cette nouvelle technologie. Pour Gérard Mestrallet, les préoccupations sont plus techniques : l'amélioration des technologies actuelles pourrait augmenter le rendement de 45% à 55% mais la mise en œuvre d'une technologie CCS sur une centrale abaisserait ce rendement de 25% et augmenterait les coûts de 25%. Philippe Paelinck, directeur CO2 produit chez d'Alstom soulève un autre problème : plus de la moitié des dernières centrales construites récemment ne sont pas conçues pour recevoir une installation de CCS, explique-t-il.

De toute façon, il est nécessaire de rappeler que la technologie du CCS ne pourra être déployée industriellement qu'à partir de 2020. En attendant, les centrales à charbon se multiplient, sans parler des autres usages. Outre la production d'électricité, le charbon peut également être utilisé pour fabriquer de l'hydrogène, du méthane, des oléfines et des carburants liquides. Et dans tous les cas les émissions de CO2 sont inévitables.

Réactions11 réactions à cet article

 
Apocalypse now

Cet article m'a glacé le sang, il ouvre des perspectives proprement cauchemardesques.
A l'heure où il faudrait donner un magistral coup de frein sur les émissions mondiales de CO2, "[La Chine] prévoit d’augmenter sa capacité de production de 620 GW actuellement à 1.700 GW en 2030 et 70% des nouvelles installations fonctionneront au charbon."
Plutôt que de réduire drastiquement les émissions de CO2 pour éviter une catastrophe imminente, on va plutôt viser de faire passer celles liées à la production d'énergie de 27 à 42 milliards de tonnes par an !

"1 700GW", si mes ordres de grandeur sont bons, l'équivalent de plus de 2000 centrales thermiques (!), ce qui impliquerait la mise en service de 2 centrales au charbon par semaine pendant toute la période d'ici 2030 !

Quand je pense qu'un autre article d'Actu-environnement, un peu plus haut, claironne sur les 45MW du marché photovoltaïque français en 2007 (soit environ un millième de ce que la Chine va installer en énergies fossiles tous les ans), c'est vraiment une infime brindille qui tente de cacher une forêt bien inquiétante !

alix24fr | 17 février 2008 à 01h24
 
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Grosse perturbation future !!

Il ne faut pas tomber dans le catastrophisme... Certes !! Mais les chiffres publiés ici ont de quoi réellement inquiéter.

Le souci, c'est lorsque nos dirigeants envisagent d'instaurer une "taxe carbone" pour limiter nos GES, la grande majorité des citoyens crie "Au loup !!".
Quand on envisage la construction de nouveaux EPR, de nouveau, ils crient "Au loup !!".

Conséquence : on continue à rouler en 4X4 et on construit des centrales à flammes pour compenser l'éolien défaillant mais qui donne une bonne conscience au citoyen soit-disant "écolo".

Comme vous pouvez le constater, on est pas sorti de l'auberge !!

Fragued | 17 février 2008 à 22h30
 
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Re:Apocalypse now

Petites erreurs de calcul:
En 22 ans, la Chine va installer 1700-620=1080 GW, soit environ 700 GW en charbon. Sur 22 ans, cela donne, en moyenne 35 GW. Si on postule un taux d'utilisation de 80%, on a donc l'équivalent production de 28GW.

Les 45 MWc solaires sont équivalents a en gros 5MW en production, soit 1/6000.

Mais il faut rappeler que Ces 45MW sont en progression de 200% par rapport à l'an dernier, tandis que les 28GW Chinois sont une moyenne.

Avec une croissance de seulement 100%, en dix ans, ces 45 MW passent à 45 GW! Sur la durée, ce qui importe surtout, c'est la croissance des installations. 100% n'est peut etre pas soutenable, cependant.

En tout cas d'accord avec vous pour dire que c'est vraiment effrayant.

ric | 21 février 2008 à 10h00
 
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Re:Grosse perturbation future !!

Pour l'éolien, si on construit 1 MW d'éolien pour 1 MW de charbon, il permet tout de même d'éviter 35% des émissions de ces centrales. C'est mieux que rien, non?

(Avec un facteur de charge de 25% pour l'éolien et 80% pour le charbon)

ric | 21 février 2008 à 10h05
 
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Re:Re:Apocalypse now

Effectivement, j'ai raisonné en puissance installé et non en énergie produite, ce qui agrave encore l'écart (d'où votre 1/6000ème), compte-tenu du faible facteur de charge du solaire.

Par ailleurs, il ne me paraît pas raisonnable de tabler sur un taux de croissance du PV de 200% par an, ni même de 100%, sur une période aussi longue que 10 ans.

Les courbes de croissances rencontrées empiriquement pour ces nouvelles formes de production d'énergie (ex. : l'éolien en Allemagne) ont plus souvent une forme en "S", compte-tenu de la saturation des marchés, et des ressources limitées en matières premières (silicium dans le cas du PV).
Ceci étant, je ne serais pas surpris que plusieurs états imposent d'ici quelque temps la pose de panneaux solaires sur tous les bâtiments neufs ou existants (un peu à la manière de ce qu'a commencé l'Espagne), ce qui donnerait le coup d'accélérateur dont cette filière (et la planète) a besoin.
Entre parenthèse, pour des raisons de rendement, je pense qu'il serait peut-être plus judicieux d'axer les efforts sur le solaire thermique que sur le PV dont il est question ici (surtout en France, où 80% de l'élec est nucléaire).

Enfin, quoi qu'il en soit, les ordres de grandeurs que nous avons évoqués sont tels qu'on voit mal comment les ENR pourraient nous éviter un avenir catastrophique.

alix24fr | 21 février 2008 à 10h42
 
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Restons nucléaire !!

C'est justement la confusion dans l'esprit des français. En effet, pour 1 Mw d'éolien installé, on a en parallèle 1 Mw de thermique alors que pour 1 Mw de nucléaire, il n'y a pas de thermique.

Bilan des courses, quand on installe 1 Mw d'éolien, on génère 70 % d'émissions de CO2 en plus que lors de la même installation en nucléaire.

Fragued | 25 février 2008 à 12h04
 
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Re:Restons nucléaire !!

Il n'y a pas vraiment de confusion car le nucléaire est lui aussi indissociable du thermique. Il y a toujours eu des centrales thermiques en France pour assurer les pics de consomation journaliers (la première partie du pic est assuré par l'hydroélectrique, la deuxième par les centrales thermiques).

Quand au tout nucléaire, il faut aussi ajouter que:
- comme pour le pétrole, la France dépend de ses impotations de combustible
- Il y a quelques années, on évaluait les réserves d'U235 de la planète à environ 70 ans. C'est sans compter le développement (notement dans le monde arabe) récent de cette technologie.
- les délais de construction et de développement de la filière sont tels, qu'au vu de la croissance énorme des besoins en énergie électrique, le nucléaire ne pourra jamais répondre à la demande à lui seul.

ric | 25 février 2008 à 16h34
 
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Re:Re:Restons nucléaire !!

Vous confondez la production de complément à l'éolien (qui est une carence de l'offre propre à l'éolien que ne connait pas le nucléaire) et la production de pointe qui est un surplus de demande qui n'a rien à voir avec la source de production.

Si vous ne voulez pas le comprendre, je ne peux rien pour vous !!

Fragued | 26 février 2008 à 09h17
 
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Re:Re:Re:Restons nucléaire !!

Calmez vous s'il vous plait. Je ne vous ai pas manqué de respect.

Il se trouve tout de même que je ne confonds rien. Le problème des producteurs d'électricité et de fournir du courant quand les gens le veulent. Le nucléaire comme l'éolien ne suffisent pas car la demande varie énorment, et ce très rapidement.

L'éolien comme le nucléaire ont besoin de façon inhérente du thermique.

ric | 26 février 2008 à 10h56
 
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Re:Re:Re:Re:Restons nucléaire !!

Tout à fait d'accord pour les pointes de consommation qui ne sont assurées que par du thermique et de l'hydraulique !!

Hors pointes (3/4 du courant consommé en France) l'éolien génère 60 à 70 % de CO2 de plus que le nucléaire. L'éolien n'est donc pas, en France, une énergie qui nous permet de réduire nos émissions de CO2.

CQFD

Fragued | 26 février 2008 à 11h34
 
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Re:Re:Re:Re:Re:Restons nucléaire !!

Je ne sais pas pourquoi vous vous acharnez contre l'éolien. Ce n'est peut etre pas une énergie idéale mais ni le petrole ni le nucléaire ne le sont.

Durant les pics, avec des éloliennes, 25 % de la production est déplacée du thermique vers l'éolien: les éoliennes réduisent donc les émmissions de GES, meme en France! Pourquoi refusez donc vous de voir ce simple fait?

ric | 27 février 2008 à 09h01
 
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