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Développement des énergies renouvelables : une équation à multiples inconnues

Le développement des énergies renouvelables soulève de nombreuses interrogations. Rentabilité, efficacité, faisabilité font partie des questions soulevées par les observateurs. L'Académie des technologies s'est penchée sur le sujet. Réflexions…

Energie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
   
Développement des énergies renouvelables : une équation à multiples inconnues
© Thorsten Ulbricht
   
Il y a les « pro », les « anti », les frileux, les fonceurs… Il y a ceux qui prêchent pour un développement immédiat et massif des énergies renouvelables et ceux qui préconisent la prudence… Autant de points de vue, autant d'arguments divergents en faveur ou opposés aux énergies renouvelables.
Si le sujet éveille tant les passions, c'est que les choix de diversification du bouquet énergétique français impliquent notre pays à long terme. Les décisions d'aujourd'hui créeront le contexte énergétique de demain. Un choix qui s'avère complexe au moment où changement climatique, indépendance énergétique et épuisement des ressources pèsent de plus en plus lourd dans la balance. L'actuel contexte économique international fait également partie des préoccupations. Le développement des énergies renouvelables implique l'avenir énergétique du pays mais induit aussi des choix industriels qui feront de la France la locomotive ou le wagon de demain.

C'est pourquoi l'Académie des technologies a souhaité mener une réflexion « objective » autour des énergies renouvelables. Nous connaissons les avantages et les inconvénients intrinsèques aux EnR, analyse François Guinot, l'actuel président de cet établissement public national. Si la science est universelle, les technologies ont quant à elles un lien étroit avec les conditions socio économiques où elles sont déployées. D'où une nécessaire prudence…
Si l'institution, à travers son expertise, ne prétend pas détenir les réponses définitives, celle-ci souhaite néanmoins apporter un éclairage sur les choix à venir tant au plan national qu'européen. Les débats sur les EnR s'apparentent parfois à la résolution d'une équation à plusieurs inconnues…

Coût des EnR : le nucléaire comme référence ?

Aborder la question du déploiement des énergies renouvelables et de la diversification du bouquet énergétique implique de se pencher sur le contexte énergétique actuel. Or dans ce domaine, la France est dans une situation plutôt atypique par rapport aux autres pays. Le nucléaire est en effet prédominant dans la production d'électricité nationale, avec près de 80 % de la production totale. La part importante de l'atome dans le mix énergétique français influence donc les choix à venir.
La situation énergétique française a longtemps freiné et pourrait encore réfréner le déploiement des énergies renouvelables. Energie faiblement carbonée, le nucléaire permet en effet à la France de se placer en tête de liste des pays européens les moins émetteurs de CO2, avec 6,2 tonnes de CO2 par habitant contre 8,4 en moyenne pour l'Union européenne des 25, 9,9 pour l'Allemagne et 9,2 pour le Royaume-Uni. Un argument qui ne fait pas le poids selon les détracteurs du nucléaire qui dénoncent le risque d'accident nucléaire et la question des déchets radioactifs.
De plus, un kilowattheure nucléaire coûte actuellement moins cher qu'un kilowattheure issu de centrales thermiques ou d'origine renouvelable. Le coût de développement des nouvelles technologies fait que l'énergie qui vient de ces technologies est plus chère que celle des énergies traditionnelles, analyse Yves Maigne, directeur de la fondation Energies pour le monde et membre de l'Académie des technologies. Il faut mettre en place des incitations financières, comme par exemple un tarif d'achat avantageux. De nombreuses études se basent sur ce comparatif de coût avec le nucléaire et avancent qu'un investissement massif dans les EnR ne serait pas rentable. Mais qu'en est-il vraiment des subventions directes ou indirectes à l'industrie nucléaire ? Faut-il baser les calculs sur la question de la concurrence du nucléaire ? C'est la question que pose de nombreux observateurs.

Des technologies nouvelles encore en développement

Relativement jeunes, les énergies renouvelables n'ont connu un fort développement que récemment. De nombreuses technologies sont donc encore au stade de développement afin d'accroître les rendements. La recherche sur le solaire photovoltaïque, marché qui a connu de grandes évolutions ces deux dernières années, s'est intensifiée afin d'accroître l'efficience des différentes technologies associées, qui affichent actuellement un rendement de 10 à 15 %. Beaucoup d'espoir reposent également sur les agrocarburants de deuxième génération, actuellement à l'étude, et qui ne pourront être disponible qu'à partir de 2015. Les incertitudes sur l'efficience future de ces technologies augmentent les difficultés de projection et donc la décision. Les investissements sont très importants, en particulier pour les agrocarburants, et nombreux sont ceux qui soulèvent la question du risque financier.

La question de l'adaptabilité des EnR

Energies intermittentes, délocalisées… les EnR ne sont pas forcément adaptées au schéma énergétique actuel français. Les problèmes de stabilité, d'accès au réseau, de transport constituent aujourd'hui une barrière à leur développement. Il y a deux aspects à prendre en compte, note Dominique Chauvin, conseiller développement durable chez Total : le développement du produit et les infrastructures qui vont le soutenir. Or, avec l'augmentation du volume des EnR, arrive la nécessité d'investir dans les infrastructures. Une vision prospective économique veut qu'on investisse dans les filières qui bénéficient d'ores et déjà du capital. Bruno Jarry, conseiller du président de l'Institut Curie et consultant, confirme : aux Etats-Unis, bien que la production d'alcool se soit développée de façon importante, la filière a du mal à se déployer. Se posent les questions d'acheminement de l'alcool vers la pompe et de l'adaptabilité des voitures à ce carburant.

Faire de la France un leader des EnR

 
Nous sommes face à des filières qui ne sont plus dans des schémas traditionnels.  
François Moisan
 
Autant d'inconnues qui compliquent la prise de décision. Nous sommes face à des filières qui ne sont plus dans des schémas traditionnels, où la rentabilité devançait la mise sur le marché. Grâce aux tarifs d'achat, la R&D de ces technologies se fait chemin faisant, analyse François Moisan, de l'ADEME. C'est pourquoi, selon Yves Maigne, il faut donner une vision à long terme aux industriels pour favoriser l'investissement. Car si l'avenir énergétique de la France en dépend il s'agit aussi de son avenir industriel. Pour obtenir des marchés dans le reste du monde, c'est compliqué. Il faut déjà avoir un marché chez soi. D'où l'avance des Allemands sur nous dans ce domaine, explique Yves Maigne. L'ouverture de grands marchés domestiques pourrait ainsi doper l'export de technologies et par là, les industriels français.
Quand on réfléchit sur l'avenir, on ne réfléchit pas en terme de retour financier immédiat. Sinon on n'aurait jamais fait le TGV ! lance en guise de conclusion Daniel Lincot, directeur de recherche au CNRS, qui lui parie sur l'avenir des énergies renouvelables dans le mix énergétique Français.

Réactions4 réactions à cet article

 
On avance ?

"On avance, on avance, c'est une évidence, on a pas assez d'essence (et d'uranium) pas chère pour faire la route dans l'autre sens."

Que de questions maintes fois débattues, mais on avance.
Le Grenelle fait son effet, les experts officiels n'ossent plus dire n'importe quoi.
Dans l'analyse économique, n'oubliez pas les 2 alertes (2005-2008)du prix du pétrole qui entraine la flambée les autres énergies dont l'électricité nucléaire, très très peu flexible.

Quel sera le prix de l'énergie dans 1,2,5, 10 ou 20 ans ?
Quel sera le prix du pétrole demain ?
Pourrons-nous demain sur-chauffer etclimatiser nos maisons mal isolées, remplir le réservoir de nos grosses voitures et asperger d'engrais nos tomates en hiver ?

L'expert officiel lui pourra.

Onyva | 17 octobre 2008 à 22h14
 
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devant un cancer il faut agir rapidement

En écoutant les specialistes du climat, vis a vis du taux de co2 nous sommes comme devant un cancer plus tot on reagit plus on a de chances de guerir
Aujourd'hui hors hydraulique, technologie qui ne se developpera plus en France, les énergies renouvelables repréentent au total environ 2% de notre consommation les autres fossiles et nucléaire 98% Ou est il plus efficace d'agir aujourd'hui ? Evidement sur les 98 % ou il y a un gisement d'économies considerable. Subventionner les energies renouvelables est une attitude perverse : on ne gagne pas une guerre avec des subventions.
La première priorité ce sont les economies d'énergie la seconde serait de consacrer au developpement des nlles energies renouvelables (Geothermique profonde - oceans- solaire thermique et celles que nous ne connaissons pas encore les sommes consacrées aux subventions, car le besoin critique des energies reenouvelable ce sera dans cinquante ans et celles qui existent aujourd'huisont tout a fait insufisantes

Jean-Marie | 23 octobre 2008 à 12h14
 
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Re:On avance ?

Je me permets de reprendre votre titre "On avance ?" et de faire un post non constructif, qui est plutôt "un coup de gueule".

En lisant l'article c'est la seule question que je me pose : mais est ce qu'on a avancé en réunissant toutes ces personnes très savantes ?
Et malheureusement, je n'ai pas l'impression, puisqu'aucune conclusion opérationnelle, ni même une direction générale, ne ressort de ces échanges. Si on ajoute à cela que l'on retrouve dans ce groupe de réflexion sur les ENR un expert de chez TOTAL ...

S'il vous plait Mesdames et Messieurs d'Actu-Environnement, ne vous faites plus les rapporteurs de ce type de manifestations, s'elles sont aussi caricaturales. Votre webzine vaut mieux que cela.


PLDUBOIS

PLDUBOIS | 27 octobre 2008 à 10h44
 
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Re:Re:On avance ?

Je suis d'accord avec la remarque de PLDUBOIS, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs.

Fistoulik | 29 octobre 2008 à 18h09
 
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