En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Dioxyde de titane dans l'alimentation : le débat s'ouvre au niveau européen

Le Parlement européen appelle la Commission à retirer le dioxyde de titane de la liste des additifs alimentaires autorisés. La réponse de celle-ci pourrait intervenir après la publication d'une étude de l'Autorité européenne de sécurité des aliments.

Risques  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Dioxyde de titane dans l'alimentation : le débat s'ouvre au niveau européen

Le dioxyde de titane (E 171) consommé avec les aliments pendant la grossesse passe sous forme de nanoparticules dans le placenta et pourrait contaminer le fœtus, selon une étude de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, publié le 7 octobre dans la revue Particle and Fibre Toxicology. Cet additif alimentaire est couramment utilisé comme opacifiant ou agent blanchissant.

En France, son utilisation dans l'alimentation a été suspendue le 1er janvier 2020 pour un an par un arrêté. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait en avril 2019 souligné les limites rencontrées dans l'acquisition des connaissances et avait recommandé de limiter l'exposition des consommateurs. Celle-ci réaffirmait sa position en juin dernier dans une expertise globale sur les nanoparticules.

Au niveau européen en revanche l'additif alimentaire est - pour l'instant - toujours sur le marché.

Utilisé dans des produits alimentaires populaires auprès des enfants

Hasard du calendrier, la nouvelle étude de l'Inrae se télescope avec l'adoption par le Parlement européen d'une résolution qui appelle la Commission européenne à retirer le dioxyde de titane de la liste européenne des additifs alimentaires autorisés. Elle a été approuvée par 443 voix, 118 députés ont voté contre et 135 se sont abstenus.  « Le dioxyde de titane (E 171) est principalement utilisé dans des produits alimentaires particulièrement populaires auprès des enfants, tels que les gommes à mâcher, les bonbons, les chocolats et les crèmes glacées, souligne la résolution. Ce qui suscite des inquiétudes quant au haut degré d'exposition potentiel de ce pan vulnérable de la population ». Celle-ci pointe que cet additif n'a aucune valeur nutritionnelle et n'est utilisé qu'à des fins esthétiques. Elle s'appuie également sur l'exemple français pour montrer que le marché européen pourrait s'adapter : « De nombreux fabricants et détaillants de denrées alimentaires opérant sur le marché français sont parvenus à le supprimer, justifie-t-elle. Certaines entreprises multinationales se sont engagées à supprimer le dioxyde de titane (E 171) de leur gamme d'ingrédients ». La résolution rappelle enfin les difficultés que représente l'étiquetage des nanoparticules - dont le dioxyde de titane – sur les produits alimentaires. « La plupart des États membres ont jusqu'à présent éprouvé des difficultés à faire respecter l'obligation de mentionner la présence de nanoparticules sur les étiquettes des denrées alimentaires, souligne-t-elle. Les tests effectués par des groupes de consommateurs en Espagne, en Belgique, en Italie et en Allemagne ont mis en évidence la présence de dioxyde de titane constitué à plus de 50 % de nanoparticules, sans que l'additif soit présenté comme ‘'nano'' ».

Le projet de règlement qui permet un maintien sur le marché du TiO2

Si le Parlement européen a adopté cette résolution, c'est que la Commission européenne a présenté un projet de règlement qui permet le maintien sur le marché du dioxyde de titane. En effet, les additifs alimentaires, comme le TiO2, autorisées dans l'Union européenne avant le 20 janvier 2009 doivent faire l'objet d'une nouvelle évaluation des risques. Dans ce cadre, de 2016 à 2019, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et les exploitants ont fourni des données réactualisées à la Commission. Celle-ci les intègre dans son projet de règlement et propose des modifications de la définition et des spécifications de l'additif alimentaire. Ainsi à la lumière de ce projet de règlement, « si un TiO2 contient plus de 50 % en nombre de nanoparticules, il ne peut plus être considéré comme du E 171 ce qui était le cas jusqu'à maintenant », explique Georges Favre directeur de l'Institut LNE Nanotech.

« Cela ouvrait la porte à une interdiction uniquement des aliments qui contiendrait du dioxyde de titane dont la distribution en taille de particules dépasse un seuil, dénonce Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France. Il y a eu suffisamment d'études qui montrent des risques potentiels de cet additif. Nous nous battons pour qu'il y ait aucune substance dangereuse dans l'alimentation. C'est une question de gestion des risques et d'application du principe de précaution ».

Dans son projet de règlement, la Commission prévoit également pendant une période de six mois le maintien de l'additif et des denrées alimentaires qui en contiennent, avec les conditions du précédent règlement. « Même si le dioxyde de titane conforme aux spécifications actuelles mais non conforme au présent règlement ne devrait plus être autorisé en tant qu'additif alimentaire, rien n'indique qu'il poserait un problème de santé exigeant, ( …) qu'il ne soit pas du tout mis sur le marché ou ne reste pas sur le marché, estime-t-elle. Par conséquent, afin d'assurer une transition harmonieuse vers les spécifications modifiées, il convient de permettre que, pendant une période transitoire, le dioxyde de titane conforme tant aux anciennes qu'aux nouvelles spécifications puisse légalement être mis sur le marché et y rester ».

Une nouvelle étude de l'Efsa attendue pour mars 2021

Désormais avec le vote du Parlement, la Commission va devoir revoir sa copie. Mais elle pourrait attendre pour cela une nouvelle étude de l'Efsa dont la publication est prévue pour mars 2021.

En France, la prolongation de la suspension de l'utilisation du dioxyde de titane au 1er janvier 2021 n'a pas encore été annoncée. L'adaptation du marché français à cette interdiction laisse toutefois envisager le maintien de l'interdiction « Pour l'instant, nous n'avons pas d'élément qui nous fasse craindre que cela ne se fera pas, et nous allons suivre de très près », indique Karine Jacquemart, directrice générale, foodwatch France.

Réactions4 réactions à cet article

 

C'est comme les sulfites, ça ne sert à rien, sauf à faciliter le travail du fabriquant et la dangerosité est possible.
Est-ce que ça donne un sale goût caché par d'autres additifs ?on n'en sait rien pour le dioxyde titane, pour les sulfites pas besoin, le vin est meilleur comme déherbant

pemmore | 12 octobre 2020 à 12h12
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Le dioxyde de titane se sert strictement à rien , c'est un additif inutile dont les fabricants utilisent la couleur blanc pur. Il y en a encore dans ne nombreux dentifrices, ce qui là encore ne sert à rien sauf à avoir un beau dentifrice bien blanc, on va finir par crever des apparences!

gaïa94 | 13 octobre 2020 à 13h06
 
Signaler un contenu inapproprié
 

un petit mot, un produit chimique avec un nom pareil dans la nourriture, ça fout pas la trouille!

| 14 octobre 2020 à 00h03
 
Signaler un contenu inapproprié
 

C'est, me semble-t-il, plus la question de la taille nano des produits qui pose question que la nature chimique de molécule en elle-même. C'est donc plutôt le code CI 77891 qu'il faut rechercher dans la composition d'un produit afin de l'éviter si celui-ci en contient.

Pégase | 14 octobre 2020 à 22h40
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager