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Climat : discordances entre Etats-Unis, Union européenne et Chine

Les préparatifs de Copenhague se poursuivent dans les enceintes de l'UE et du Forum des économies majeures sur le climat, tandis que la Chambre des représentants a adopté le projet de loi Obama sur le climat : un épisode de luttes d'influence.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
Climat : discordances entre Etats-Unis, Union européenne et Chine
© Colin Nixon / Moonrun
   
Le sommet de Bonn des Nations unies sur climat s'est-il à peine terminé, le 12 juin dernier, que le 18 juin, les chefs d'Etats européens réunis à Bruxelles ont annoncé le report des financements de l'aide aux pays du Sud pour leurs plans d'adaptation au réchauffement climatique. L'Union européenne ne chiffrera pas son soutien financier pour aider les pays pauvres avant de connaître leurs besoins et les intentions des autres pays riches. Si l'idée d'instaurer un « Fonds vert » a de nouveau été accueillie favorablement par les dix-huit plus gros émetteurs de carbone de la planète réunis au sein du Forum des économies majeures lors de leur rencontre des 22 et 23 juin à Jiutepec (Mexique), elle demeure suspendue à l'indétermination générale. Abondé par tous les pays, sauf les plus pauvres, en fonction de leur PIB et de leurs émissions de CO2 présentes et passées, ce fonds vert servirait à financer les plans de lutte contre le changement climatique et les stratégies d'adaptation aux impacts du réchauffement. Le financement de ce fonds est une des clés du succès du sommet de Copenhague de décembre. L'engagement des pays les plus riches et les plus pollueurs à résorber leur dette climatique apparaît comme un préalable et un impératif aux yeux des pays du Sud et de la Chine en particulier, qui ne se rallieront à un consensus qu'à la condition de voir l'Occident industrialisé engager un geste aussi symbolique que financier pour assumer sa responsabilité historique du changement climatique.

Inquiète de voir s'atténuer la motivation de l'Europe à demeurer un moteur des négociations, la France a présenté à Luxembourg, au Conseil des ministres européens de l'environnement, ce jeudi 25 juin, un mémorandum de treize pages sur le climat figurant l'accord idéal post Kyoto tel que Paris l'imagine. Les modalités du soutien aux pays du Sud pour leur transition énergétique n'y sont pourtant pas plus précises qu'au Forum des économies majeures. En revanche la France, qui se veut proactive dans les négociations climatiques internationales, préconise un objectif de réduction de 30% de leurs émissions aux pays dits émergents d'ici à 2020 par rapport à leurs émissions tendancielles. De quoi contrarier la Chine, qui ne veut pas entendre parler de contraintes sur ses émissions et qui considère les prétentions européennes de leadership climatique d'autant moins légitimes que l'Europe n'en avance pas les moyens financiers.

Diktats chinois

Comme l'a souligné Valérie Niquet, directrice du Centre Asie de l'IFRI, lors d'un séminaire récent d'Enerpresse, pour la Chine, c'est le développement d'abord et ensuite le changement climatique. Pour autant la prise de conscience du coût du changement climatique s'est affirmée en Chine, où les enjeux de changements environnementaux deviennent aussi des enjeux de stabilité interne, selon Mme Niquet. En témoigne le 11ème Plan quinquennal chinois (2006-2010), qui marque un tournant environnemental en reconnaissant la nécessité d'un développement harmonisé par rapport au maintien des ressources naturelles. Pour la première fois, le plan quinquennal fixe des objectifs quantitatifs d'intensité énergétique (consommation énergétique par point de PIB). Le National Climate Change Program, adopté en 2007, introduit une autre inflexion fondamentale en Chine, qui prévoit d'économiser 950 millions de tonnes de CO2 d'ici à 2010 et de porter la part des énergies renouvelables à 15% d'ici à 2020, tout en améliorant l'efficacité énergétique. Quant aux normes d'émission des véhicules particuliers chinois (170g de CO2/km), elles sont malgré tout plus contraignantes que celles pratiquées aux Etats-Unis, à savoir 270 g de CO2/km. Pour rappel, selon le baromètre Ademe 2008, la moyenne en France est de l'ordre de 140 g de CO2/km (149g en 2007).

Quoi qu'il en soit, la Chine estime ne pas avoir de leçons à recevoir de la part de l'Occident. Arguant à la fois de son droit au développement et de ses efforts pour « décarboner » son économie, elle entend maintenir son statut dérogatoire par rapport aux objectifs du Protocole de Kyoto. Cette posture risque cependant de la mettre en porte-à-faux par rapport au rôle de grande puissance responsable qu'elle entend jouer dans les négociations climatiques. Cette prétention la met du reste déjà en décalage par rapport aux autres pays membres du groupe des pays en développement, dit groupe des 77, dont elle se réclame lors des négociations. Devenue premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en valeur absolue devant les Etats-Unis, elle ne peut plus invoquer la position américaine pour justifier son statut d'exemptée, puisque l'administration Obama a présenté un objectif de -17% de ses émissions en 2020 par rapport à 2005. La Chine est donc provisoirement condamnée à la surenchère, qu'elle pratique depuis la conférence de Poznan en réclamant toujours plus d'efforts de la part des pays industrialisés jusqu'aux -40% qu'elle en exige actuellement, quitte à pousser les Etats-Unis dans leurs retranchements, et à placer indirectement l'Europe en position d'arbitre, voire de donneuse de leçons d'intégrité environnementale.

De son côté, l'émissaire climatique du président Obama, Todd Stern, martèle que son pays ne pourra pas consentir plus de réductions que celles annoncées dans le projet de loi Waxman-Markey, qui vient d'être adoptée par la Chambre des représentants à une courte majorité. Invoquant la comparabilité des efforts, l'administration américaine suggère que les Etats-Unis ont accumulé du retard par rapport à l'Europe. Les émissions américaines ont augmenté de 20% entre 1990 et 2005, les émissions européennes ont baissé de 3,5%. Selon Claude Henry, professeur à la chaire de développement durable de Sciences po, les Etats-Unis ne sont pas prêts de lutter contre le changement climatique, malgré l'équipe galactique du professeur Steve Chu et autres conseillers du président Obama. Sous la pression du « Big Coal », le lobby du charbon, l'administration Obama n'a pas les mains libres et le Sénat américain pourrait bien réduire les ambitions de l'American Clean Energy and Security Act, l'équivalent américain du paquet énergie-climat.

Pour éviter un clash à Copenhague et ne pas apparaître isolée sur la scène internationale, la Chine sera peut-être obligée de revoir ses oukases et d'accepter de rejoindre les pays de l'annexe 1 (soumis à des engagements de réduction de CO2), sur la base de ses engagements à réduire son intensité carbone, ne serait-ce que pour assumer son rôle de grande puissance et protéger son image.

Réactions3 réactions à cet article

 
??????

bonjour ; Vous voulez lutter contre le réchauffement climatique ! UNE UTOPIE à ce jour! Je rappel que ce réchauffement à commencé imperceptiblement fin des années 1960 !docnc presque 50 ans ! à l'époque quand nous en parlions , vous (les politiques et industriels) questions gros sous ; nous preniez pour des fous .Sauf qu'aujourd'hui NOUS SOMMES DANS LA VRAI !et ce qui était faisable il y a 50 ans désormais NE L' EST PLUS ! merci la finance qui une fois de plus est restée gagnante ....mais pour la 1ere fois perdante et hélas trop tard , désolé de vous informer : nous ne pouvons plus reculer

christianglapska | 01 juillet 2009 à 11h51
 
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Climat : discordances entre Etats-Unis, Union euro

en fait, les USA auront augmenté en 2020 leurs émissions de 3% par rapport à 1990 alors que les européens les auraient réduit de 15 à 21%. Je pense que cela est injuste d'autant plus que les USA ont une part importante de responsabilité dans le réchauffement actuelle. Avant d'exiger de la chine de prendre des engagements de réduction (ce qui est d'ailleurs nécessaire si on veut sauver la planète) il faudra que les USA donnent un exemple de leur bonne volonté en faisant le premier pas. Je pense que lorsque tous les pays développés auront montré concrêtement leur volonté de réduction des émissions, alors il sera difficile à la chine et aux autres pays emergents de rester à la traine.

Moh | 20 août 2009 à 12h09
 
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Antiamericanisme

Lorsque que l'on dit au américains qu'ils produisent 25% des GES, ils ne manquent pas de répondre à juste titre: " Cela signifie que vous en produisez 75%.."
Il ne faut pas oublier qu'ils produisent également 70% des innovations technologiques mondiales. Que le monde entier est bien content de les utiliser.

vincent | 03 septembre 2009 à 07h04
 
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