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De nouveaux indicateurs pour mesurer l'évolution de la diversité cultivée

La FRB a défini cinq indicateurs de suivi de l'évolution qualitative et quantitative de la diversité cultivée. Appliqués au blé tendre, ils ont révélé une homogénéisation génétique et spatiale du blé, malgré une augmentation des variétés cultivées.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
De nouveaux indicateurs pour mesurer l'évolution de la diversité cultivée
   

De nombreux rapports publiés ces dernières années ont pointé du doigt une tendance à la baisse de la diversité génétique, particulièrement chez les plantes cultivées. Le Global biodiversity outlouk estimait en 2010 ''probable que la diversité génétique des espèces cultivées soit en régression, mais l'étendue de ce déclin et son impact général sont insuffisamment bien appréhendés''. Un rapport de la FAO montrait, quant à lui, l'impact des variétés modernes à forte productivité sur les variétés traditionnelles.

Pourtant, la biodiversité cultivée est indispensable pour l'adaptation de l'agriculture au changement climatique. De nombreuses instances internationales ou nationales ont souligné la nécessité de mettre en place des indicateurs de suivi de cette biodiversité, afin de la protéger et de la maintenir. ''Les seuls indicateurs retenus à ce jour pour suivre l'évolution de la diversité génétique domestique dans le cadre de la stratégie nationale de la biodiversité (SNB) sont le nombre de races animales et de variétés végétales'', indique la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB).

 
Cinq indicateurs de suivi de la diversité génétique Après avoir réalisé une revue de la littérature scientifique, la FRB a retenu cinq indicateurs ''complémentaires, [répondant] chacun à des questions différentes : effort de création variétale, distribution des variétés dans les territoires, proximité génétique entre variétés et variabilité génétique à l'intérieur des variétés, répartition de la diversité génétique dans les territoires et de la diversité génétique spatiale entre variétés''.
La richesse variétale est renseignée par le nombre de variétés. La diversité spatiale se penche sur la distribution des variétés sur la surface cultivée (hétérogénéité, équitabilité, domination d'une ou plusieurs variétés). Enfin, trois autres indicateurs se penchent sur la diversité génétique entre variétés et à l'intérieur des variétés à l'échelle globale mais aussi des surfaces cultivées.
 
La FRB a donc réalisé, en collaboration avec un groupe d'experts, un tour d'horizon des indicateurs disponibles et pertinents pour suivre les changements de diversité génétique des plantes cultivées. Selon elle, pour être exhaustif, ce suivi ''doit prendre en compte non seulement la diversité génétique existante entre les variétés, tant en termes de richesse des variétés que d'équitabilité de leurs répartitions spatiales dans les paysages, mais aussi celle à l'intérieur des variétés. Un tel suivi devra également remonter aussi loin dans le temps que les données disponibles le permettent''. Les indicateurs doivent être ''robustes, fiables et précis, compréhensibles et utilisables par un grand nombre d'acteurs, pertinents par rapport à l'objectif visé, d'un coût acceptable par rapport au service qu'ils rendent et permettre un suivi dans le temps''.

Blé tendre : homogénéisation génétique et spatiale

Après avoir retenu cinq indicateurs, la FRB les a appliqués au blé tendre cultivé en France depuis un siècle. Ce choix n'est pas anodin : ''L'espèce blé tendre (Triticum aestivum) est, et a été, très cultivée en France. Il s'agit de l'espèce occupant le plus de surfaces et dont les volumes de production sont de loin les plus importants vis-à-vis des autres espèces, couvrant plus de 6,5 millions d'hectares en 1912 et encore plus de 4,5 actuellement et dans de nombreuses régions. Le blé occupe ainsi plus de 30.000 ha dans au moins 50 départements tout au long du XXe siècle''. Le blé occupe également le quatrième rang mondial (en volume) des plantes cultivées (680 millions de tonnes produites en 2008).

L'étude a mis en évidence une homogénéisation de la diversité génétique mise en culture, induite essentiellement par la disparition de la diversité à l'intérieur des variétés cultivées au cours du XXe siècle. Comme de nombreuses plantes, le blé a fait les frais de la révolution agricole. Les ''variétés de pays'', traditionnellement cultivées au XIXe siècle, ont laissé place à à des variétés élites à pailles plus courtes et valorisant mieux l'engrais azoté.

   
© Emmanuel Boulay, Audrey Didier / INRA
 
   

''De 1912 à 2006, le nombre de variétés cultivées augmente, traduisant l'essor de la création variétale''. Cependant, cette tendance est accompagnée d'une homogénéisation génétique très importante sur le territoire français. Cette homogénéisation génétique s'est accompagnée d'une homogénéisation spatiale avec des départements cultivant de plus en plus les mêmes variétés. Une tendance particulièrement marquée dans les grands bassins céréaliers.

''Cette homogénéisation pose la question de la fragilité des cultures de blé vis-à-vis des changements de l'environnement en cours et à venir (pathogènes, sécheresse, pratiques agricoles durables...)'', relèvent les auteurs du rapport.

Une ''formidable outil'' de décision

Finalement, si les auteurs estiment que la mise en oeuvre de la méthodologie devra être adaptée pour chaque espèce (échelles spatio-temporelles, histoire de la variété…), leurs conclusions sont positives : ''Ce type d'étude permet de retracer les conséquences de l'évolution de l'agriculture et des filières associées sur la diversité des plantes cultivées. L'application de ces indicateurs est un formidable outil pour éclairer les décideurs sur les actions visant à maintenir, aux échelles nationales et territoriales, la diversité des ressources génétiques cultivées''.

Ce travail pourrait être poursuivi dans le cadre du projet RGSCOPE, développé par la FRB et qui démarrera fin 2011, qui vise notamment à faire l'état des lieux de la biodiversité domestique.

Réactions5 réactions à cet article

 

La FRB a très vite dégénérée dès que l'état l'a créée. Alors qu'elle devait se construire autour des grands organismes de recherches français (CNRS, IRD, INRA, MNHN, IFREMER, CEMAGREF, BRGM, CIRAD), l'état a "invité" aussi les associations écologistes. Et comme à chaque fois, ceux-ci ont imposé leurs "points de vues" contre les faits scientifiques, auprès des politiques.
Revenons à cette étude:
On nous dit que "la perte de diversité génétique des plantes cultivées" c'est grave.
Pourtant l'article mentionne :
- que la surface en blé a baissée depuis 1912 de 30 %. Mais rien sur ce qu'est devenue cette surface (nouvelles cultures, forêts...) qui augmente la biodiversité totale.
- que les agriculteurs utilisent des variétés plus performantes : plus courtes donc moins sujettes à la verse, et la perte de récolte; et ayant une utilisation de l'azote plus efficace, ce qui ce traduit par des blés plus riches en protéines donc meilleure pour la santé.
- un abandon progressif des "variétés de pays". Ces variétés sensibles aux maladies diverses, ayant des rendements faibles mêmes avec de bons intrants, sensible à la verse. Au passage ses variétés sont toujours cultivées dans le cadre de l'amélioration variétale. Elles servent de supports pour créer les futures nouvelles variétés.
- que les semenciers mettent au point des variétés performantes et adaptées à des conditions locales( Beauce, brie)
Voila une étude, qui manipule les faits au lieu d'exposer les avancées.
Daniel, Chercheur

Daniel | 08 septembre 2011 à 09h26
 
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Sans être chercheur dans ce domaine, on devine immédiatement qu'il s'agit de faire des "essais pilotes" de mélange de blé traditionnel et O.G.M? en negligant l'impact sur notre santé des sous-produits offerts
à tous ,comme le pain et biscuits et des centaines d'autres!

arthur | 08 septembre 2011 à 13h23
 
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Entièrement d'accord avec Daniel sur la dérive actuelle de ces institutions, qui sont gangrenées par des "lanceurs d'alertes" très tardifs. Cela a pour effet de tordre les informations toujours dans le sens d'un catastrophisme qui fait le miel des médias sans informer et la carrière politique de trop nombreuses personnes.

Albatros | 08 septembre 2011 à 13h55
 
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L'étude publiée par la FRB ne fait qu'un constat sur la diversité génétique du blé tendre qui a été cultivée dans les départements français depuis le début du XXème siècle. De plus, les auteurs et reviewers de ce rapport font parti des grands organismes de recherche cités par Daniel. Dire que ce travail est un point de vue imposé par les assos écologistes est mettre en cause leur intégrité scientifique, ce qui n'est pas très heureux de la part d'une personne venant aussi de la recherche...
Plutôt que de se perdre en débats qui dépassent ce qui est exposé dans cette étude, pourquoi ne pas parler directement des bases scientifiques du travail réalisé par la FRB, ainsi que de l'implication des résultats qui y figurent. Au lieu d'opposer plusieurs visions, il semblerait plus pertinent de s'intéresser aux synergies pouvant exister entre différentes approches de gestion et de sélection des ressources génétiques :
« C’est ainsi qu’on peut échapper à l’affolante illusion que des coffre-forts climatisés - stock de graine, stock de culture de tissus - soient l’unique solution pour nous protéger contre notre propre gaspillage Force nous est de constater dans chaque pays la triple raréfaction génétique des agricultures, moins d’espèces cultivées (impérialisme de quelques cultures amenées à un niveau de productivité et de mécanisation rentable), moins de variétés cultivées par espèce (malgré parfois la richesse trompeuse des catalogues variétaux, les variétés ne sont souvent

Hauteur | 09 septembre 2011 à 14h23
 
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que des doubles légèrement modifiés d’un idéotype unique bien ajusté aux contraintes technologiques et commerciales), moins de polymorphisme génétique interne aux variétés (pour des raisons commerciales, il est plus facile d’assurerla multiplication et la protection de structures variétales simples et reproductibles). » « le second [volet des mesures pour lutter contre la raréfaction génétique], plus profond et plus efficace passera par une nouvelle délégation de la création variétale aux cultivateurs eux-mêmes, reconduisant et sélectionnant des variétés-populations polymorphes et originales. Les sociétés de production de semence auraient alors une importance accrue dans un rôle d’encadrement et de conseil et dans leur travail de création et d’introduction de géniteurs et de populations sources qui très rapidement sortiraient du ghetto des stations pour être sélectionnés par des « paysans-experts » eux-mêmes. Ce point de vue, qui fait des ressources génétiques et de l’amélioration des plantes l’affaire de tous pourra paraître utopique à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de s’émerveiller devant le savoir-faire et la sagacité des paysans héritiers de tous les « domesticateurs de plantes » , qu’il s’agisse des cultivateurs traditionnels de maïs et de haricots du Mexique ou du Guatémala, des paysans chinois diversificateurs des blés, créateurs du millet, du riz et du soja, des paysans africains gérant les mils, les sorghos et de multiples légumes, etc... ».(J Pernes)

Hauteur | 09 septembre 2011 à 14h34
 
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