En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Dragage portuaire : à la recherche d'une valorisation des sédiments pollués

L'immersion des sédiments de dragage portuaire est vue d'un mauvais œil, pourtant, les alluvions les plus polluées ne finissent jamais en mer et sont déposées à terre. Pour éviter une accumulation trop importante, les acteurs sont à la recherche de filières de valorisation.

Décryptage  |  Déchets  |    |  Eva Gomez  |  Actu-Environnement.com
Dragage portuaire : à la recherche d'une valorisation des sédiments pollués
Environnement & Technique N°371 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°371
[ Plus d'info sur ce numéro | S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]

A chaque nouveau dossier, la même controverse : faut-il immerger les sédiments de dragage portuaire en mer ? Dernièrement, le dossier du port du Rouen a fait parler de lui. Alors que la zone de clapage en mer exploitée depuis 1977 est arrivée à saturation, le déplacement du site d'immersion des alluvions de dragage relance le débat sur la viabilité de cette solution de gestion. Certaines associations de défense de l'environnement font remonter à la surface des interrogations autour du niveau de toxicité des sédiments dragués.

Hydrocarbures, métaux lourds ou encore PCB peuvent en effet se trouver dans ces alluvions. L'autorisation d'immersion attribuée au port de Rouen préoccupe d'autant plus les associations, que la nouvelle zone de clapage est située à proximité d'une aire Natura 2000. Mais compte tenu de la législation en vigueur et des nombreuses procédures préalables à l'immersion, les sédiments clapés sont finalement les moins toxiques. La controverse se déplace donc vers les sédiments les plus pollués, destinés à être entreposés à terre.

L'impact ''négligeable'' des sédiments immergés

Avant de lancer un projet d'immersion, les exploitants doivent mener des études d'impact approfondies, des enquêtes publiques ainsi que des analyses toxicologiques des sédiments dragués. L'arrêté interministériel du 14 juin 2000 relatif aux niveaux de référence à prendre en compte lors d'une analyse de sédiments marins ou estuariens présents en milieu naturel ou portuaire, fixe les seuils – N1 et N2 – qui classent les sédiments selon leur toxicité. Dans le cas de Rouen, le projet d'immersion fait l'objet d'études d'impacts et d'expérimentations depuis 2007. L'autorisation du clapage signifie donc ''que la teneur des sédiments en métaux lourds et polluants est en-dessous du niveau N1'', rappelle Luc Drévès, directeur adjoint du centre Ifremer Bretagne. En-dessous de ce seuil, les impacts environnementaux de l'immersion sont considérés comme ''négligeables'' par le Groupe d'étude et d'observation sur le dragage et l'environnement (Geode).

Au-delà des possibles impacts à long terme de l'immersion, qui sont difficiles à évaluer, se pose la question de la gestion des sédiments marins situés au-dessus du niveau N1, voire qui atteignent le niveau N2 de toxicité. Comme la grande majorité des sédiments fluviaux, ils sont déposés à terre. Mais la composition saline des sédiments marins les rend plus difficile à valoriser que les sédiments fluviaux. Le directeur général adjoint de Haropa port de Rouen en charge du projet d'immersion, Pascal Gabet, confirme que ''les matières fluviales intéressent le secteur du génie civil pour des remblais de route, et le BTP pour le béton. Mais les sédiments marins sont trop fins et ne s'agglomèrent pas''.

Le dépôt à terre a ses limites

Du fait des énormes quantités concernées, une logistique conséquente est nécessaire. Il s'agit de trouver un lieu capable d'accueillir autant de sédiments, d'organiser les transports et d'anticiper les nuisances sonores. ''L'opération de dépôt à terre requiert une très grande surface, en bord d'eau pour un traitement dans des bassins de lagunage'', explique Sylvie Barbier, membre du directoire océans, mers et littoraux de France nature environnement. ''Il faut aussi veiller à pallier les potentiels problèmes d'infiltration, car ces sédiments sont toxiques et ne doivent pas fuir dans la mer''. Un lessivage des sédiments marins est également nécessaire avant leur transport, ce qui implique des coûts supplémentaires. Le dépôt à terre a donc ses limites et ne peut faire figure de seule alternative à l'immersion. 

 
Les matières fluviales intéressent le secteur du génie civil pour des remblais de route, et le BTP pour le béton. Les sédiments marins sont trop fins et ne s'agglomèrent pas.  
Pascal Gabet, Haropa port de Rouen
 

''Le port de Dunkerque, dans le contexte d'érosion marine que connaît le littoral Nord-Pas-De-Calais, pratique le rechargement de plage à partir des sédiments de dragage'', fait remarquer Philippe Ledenvic, président de l'Autorité environnementale (Ae). Une solution de valorisation qui ne porte toutefois pas ses fruits, les sédiments marins étant trop fins pour tenir en remblai. Le même problème se pose pour les remblais de carrière et la recréation de marais : une bonne solution pour les sédiments fluviaux, pas pour les marins. Comme le souligne Sylvie Barbier, qui prône le renforcement des recherches de valorisation, ''une filière est possible dans la construction, avec un mélange de déblais et de boues de dragage par exemple, mais il faut aussi se méfier des problèmes de toxicité différée''. A savoir, des réactions chimiques non anticipées à long terme et dues à la toxicité de ces sédiments.

A défaut de valorisation, des solutions de prévention

En attendant qu'une solution soit trouvée pour la valorisation à terre des sédiments marins à tous les niveaux de toxicité, ''la réduction à la source des volumes à draguer permet une minimisation des volumes à gérer'', considère Philippe Ledenvic. Pour l'instant, les solutions sont surtout préventives. Il s'agit d'éviter le plus possible la contamination des sédiments de dragage. Luc Drévès affirme qu'il ''faut avoir une connaissance physico-chimique précise des sédiments, et établir une cartographie des zones à draguer selon les degrés de toxicité pour adapter les opérations de dragage''. Ces opérations créent des nuages de matières en suspension, parfois toxiques. Il faut donc adapter le dragage à la portée du courant, pour éviter que ce nuage ne dérive vers les zones de baignade notamment.

Par ailleurs, lors des études d'impact, il est obligatoire de réaliser des analyses des sédiments à partir de plusieurs prélèvements. Mais il est légalement possible de faire un échantillon moyen de ces prélèvements, ce que l'Ifremer Bretagne déconseille. ''Même si c'est plus cher, on préconise d'analyser chaque échantillon individuellement, toujours dans l'objectif d'établir une cartographie précise de la toxicité selon les zones du port'', soutient Luc Drévès. Au port de Rouen, Pascal Gabet affirme que les zones à risque ne sont pas draguées : ''Dans certaines zones du port, en fond de bassin notamment, il y a des présomptions de pollution. Dans ce cas, aucun sédiment n'est extrait'', explique-t-il. ''Les 300.000 mètres cube que nous déposons à terre chaque année sont uniquement des sédiments fluviaux''.

''Une dune du Pilat en sept ans ! ''

Malgré tout, la recherche de valorisation reste aussi nécessaire pour les sédiments marins non pollués, ou situés en-dessous du niveau N1 de Geode et donc clapés en mer. L'immersion étant une pratique largement décriée, certaines associations font valoir la perspective d'une valorisation de tous les sédiments. Dans son avis sur l'enquête publique d'Haropa port de Rouen, l'Autorité environnementale (Ae) recommandait en juin 2016 ''la poursuite et l'amplification des recherches d'alternatives''. Philippe Ledenvic remarque toutefois que le dossier ''faisait bien le tour de la question de la valorisation des sédiments'', mais que ''la conclusion était un peu sèche et hâtive et donnait l'impression de fermer la porte sur le sujet''.

Dans tous les cas, imaginer l'arrêt de l'immersion pour aller vers une valorisation de tous les sédiments marins de dragage relèverait de l'utopie. Cela ne serait même pas désirable, selon Pascal Gabet. ''Arrêter l'immersion paraît aujourd'hui impossible'', estime-t-il, ''on parle de 4,5 millions de mètres cube dans le cas de Rouen, c'est énorme. De telles quantités formeraient l'équivalent d'une dune du Pilat en sept ans !''. Il fait valoir également l'avis du Conseil scientifique de l'estuaire de la Seine, ''pour l'instant défavorable à un retrait total des sédiments de dragage de la mer''. En effet, ''ces sédiments sont apportés par la mer, ramenés au port par les courants puis re-clapés, ils ont une composante en vase essentielle aux écosystèmes des estuaires. Si on retirait 4,5 millions de mètres cube de sédiments des fonds marins, que se passerait-il ?'' Les scientifiques ne sont pas certains des conséquences d'un arrêt de l'immersion des alluvions les moins toxiques, qui pourrait entraîner un déséquilibre naturel. La controverse autour de l'immersion des sédiments de dragage n'est donc pas près de s'achever.

Réactions1 réaction à cet article

 

Nous sommes intéressés à contacter les responsables de l'HAROPA au sujet de la valorisation des sédiments dans le cadre de la valorisation de sédiments : premier frein la déshydratation. Un projet est en cours de montage pour finaliser le transport et la déshydratation des sédiments (ptojet Hytrased).

nd261488 | 23 février 2019 à 16h35
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager