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Climat : "Durban doit conjuguer le réalisme de court terme et l'ambition de moyen terme"

A moins d'une semaine des négociations climatiques de Durban, Emmanuel Guérin présente les enjeux des discussions et le projet formulé par l'Iddri afin de dépasser les points de blocage et avancer vers un accord global contraignant.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
Climat : "Durban doit conjuguer le réalisme de court terme et l'ambition de moyen terme"
Emmanuel Guérin
Directeur du programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)
   

Actu-environnement : Comment définiriez-vous les négociations de Durban (Afrique du Sud) ?

Emmanuel Guérin : Durban a toutes les caractéristiques d'une session de négociation intermédiaire.

Cela signifie notamment qu'il n'y aura pas le même degré d'implication politique et citoyenne qu'à Copenhague [Danemark] en 2009. On peut être choqué au regard de l'urgence à agir, mais cela fait partie des négociations internationales. Il y a des hauts et des bas et les négociations sont actuellement dans un creux.

AE : Dans ces conditions, que doit-on attendre des négociations ?

EG : Il est possible de faire un parallèle avec Bali [Indonésie] en 2007 puisque le principal enjeu est double : parvenir à une feuille de route en vue d'un accord global contraignant à moyen terme et trouver une issue au protocole de Kyoto qui soit favorable au futur accord.

Par contre, contrairement à Bali, il faut limiter au maximum l'incertitude sur les grandes lignes du futur accord. A Bali, la nature de l'accord restait ouverte et c'est ce qui a permis, malgré tout, de progresser sur les objectifs chiffrés. Cette démarche a été utile puisqu'on a maintenant des engagements sur la table, mais aujourd'hui il faut absolument fixer la nature de l'accord juridique et c'est l'enjeu de cette seconde feuille de route.

AE : Les positions affichées sont-elles compatibles avec ces objectifs ?

EG : Les positions sur la question de l'accord contraignant global ont évolué sensiblement, mais l'espace de négociation reste faible. Toute la difficulté sera de concilier des points de vue qui en l'état paraissent irréconciliables. Bien sûr, il faut considérer qu'il s'agit de positions de négociation et qu'avec de la volonté politique elles pourraient évoluer vers un accord. L'espace est faible mais il existe.

AE : Concrètement, comment les Etats-Unis et les pays émergents abordent-ils la session sud-africaine ?

EG : Les Etats-Unis ne sont pas forcément opposés à un accord contraignant à moyen terme dès lors qu'il se base sur une symétrie parfaite des engagements des pays développés et en développement, et en particulier entre la Chine et eux. Il s'agit pour eux d'une condition incontournable.

Les pays émergents sont eux aussi favorables à un accord contraignant et global mais à la condition explicite qu'il y ait une distinction très claire entre eux et les pays développés. Ils jugent que le meilleur moyen pour y parvenir est de prolonger le protocole de Kyoto au delà de 2012. Cependant, il faut noter qu'il n'affichent pas un front parfaitement uni : l'Inde est revenue à une posture plus dure et affiche des réticences à un accord contraignant global alors que la Chine y est plus favorable.

AE : Les positions entre les Etats soumis au protocole de Kyoto sont elles compatibles ?

EG : L'Union européenne [UE] vise un accord global et dans ce contexte elle n'est pas opposée au prolongement du protocole de Kyoto. Néanmoins, elle fixe une série de conditions : certaines sont très techniques, comme par exemple la prise en compte du puits carbone forestier, et d'autres plus politiques, comme le refus d'être la seule à s'engager. Elle attend donc qu'au moins un des grands Etats hors-UE fasse de même. Il est très difficile, voire impossible, d'envisager que l'Europe puisse défendre politiquement un prolongement du protocole si elle est la seule à s'engager.

Ces Etats hors-UE soumis au protocole de Kyoto, c'est-à-dire la Russie, le Japon, le Canada et l'Australie pour les principaux, sont aujourd'hui opposés à une deuxième période d'engagement sous le protocole.

AE : Comment est-il possible d'accorder ces positions ?

EG : Le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, voyant peu de propositions émises par les Etats, nous a demandé d'en formuler une qui concilierait ces différentes positions.

Pour cela, nous partons du constat que, bien qu'imparfait, le protocole de Kyoto est le seul accord contraignant sur le climat et à ce titre il préfigure l'objectif poursuivi par les négociateurs.

Nous proposons donc de le préserver comme un point de référence, notamment pour conserver les acquis techniques, tels que la comptabilité carbone, et les instruments de flexibilité, c'est-à-dire les accords sur les marchés carbone, le Mécanisme pour un développement propre ou la Mise en œuvre conjointe.

AE : Comment conserver le protocole face au manque d'engagement des pays développés ?

EG : On propose deux solutions. Tout d'abord nous envisageons que les négociations aboutissent à une décision qui permettrait aux pays développés de constater qu'ils ne sont pas prêts à s'engager pour une deuxième période mais qu'ils souhaitent conserver les éléments techniques du protocole. On oublie les chiffres mais on conserve les règles et instruments.

L'autre option est plus ambitieuse. Les pays soumis au protocole accepteraient une deuxième période d'engagement conditionnée à un futur accord. C'est à dire que ces engagements de réduction ne seraient valables que si un accord contraignant global entrait effectivement en vigueur à une date qui reste à définir. C'est plus ambitieux car on prendrait acte d'objectifs, même s'ils sont conditionnés.

Ces propositions ont le mérite d'être atteignables car elles se situent dans le cadre des positions des quatre grands acteurs de la négociation.

AE : N'est-ce pas repousser une fois de plus l'accord recherché en vain depuis quatre ans ?

EG : Non, notre objectif est de conjuguer le réalisme de court terme et l'ambition de moyen terme. L'objectif reste la mise en place d'un cadre légal contraignant et global et dans ce contexte les négociateurs s'accorderaient dans un premier temps sur une période d'engagement transitoire et une échéance. Celle-ci serait basée sur une approche ascendante non contraignante, c'est-à-dire qu'elle acterait des engagements variés que sont prêts à prendre les négociateurs. Une fois cette période passée, et elle doit être la plus court possible, il faudra bien passer par un accord contraignant.

Réactions3 réactions à cet article

 

Il est effrayant de lire que comptabilité carbone et mécanisme de flexibilité sont des éléments techniques à conserver. La raison:
1. La finance carbone est tout sauf un outil de réduction global et l'ampleur des fraudes (TVA) et des windfall profits (prime au départ Arcelor) gomment toute efficacité réelle. Confier le climat aux financiers résulte en l'accélération de la désindustrialisation de l'Europe: ceux qui restent, non délocalisables, sont pris au piège de la concurrence de pays dans lesquels aucune contrainte carbone n'est en place.
2. Les MDP sont une vaste fumisterie qui revient à financer les installations nouvelles des pays ne subissant pas de contrainte carbone afin qu'ils exportent vers l'UE ce que cette dernière ne produit plus.

Albatros | 24 novembre 2011 à 18h18
 
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Le pire c'est que même si on arrivait à ce minimum, ce qui semble nettement improbable, ce ne serait même pas suffisant !
Préparons nous à souffrir !

Daniel JAGLINE | 25 novembre 2011 à 06h54
 
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tres bonne analyse

sane abdou | 05 décembre 2011 à 21h12
 
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