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Eau : la problématique des effluents hospitaliers peu prise en compte

En Haute-Savoie, les scientifiques vont avoir l'opportunité pour la première fois de mesurer l'impact des effluents hospitaliers sur l'environnement. Les résidus médicamenteux dans l'eau posent un problème de santé publique, et les décisions tardent.

Eau  |    |  Lauriane Rialhe Actu-Environnement.com
   
Eau : la problématique des effluents hospitaliers peu prise en compte
   

Résidus de médicaments, produits liquides de stérilisation, produits d'entretien : voici les trois grandes familles d'effluents hospitaliers. Des produits souvent très chimiques que les stations d'épuration ne sont pas toujours en mesure de faire disparaître complètement. En mars 2011, un rapport de l'Anses montre que, concernant les résidus médicamenteux, "les niveaux de concentration dans les eaux naturelles varient selon la stabilité chimique, la biodégradabilité, les caractéristiques physico-chimiques des molécules et les performances des stations d'épuration". Conclusion de l'état des lieux de la campagne nationale : "en eaux traitées, sur les 45 molécules recherchées, 19 molécules ont été détectées au moins 1 fois, dont 14 à des teneurs supérieures à la limite de quantification".

A Bellecombe, en Haute-Savoie, un nouveau centre hospitalier ouvrira ses portes au public en 2012. Localisé à proximité de la station d'épuration de la ville, le site pilote de Bellecombe (Sipibel) constitue un lieu d'expérimentation unique pour mesurer, en les comparant avec les rejets urbains, si les rejets hospitaliers présentent un risque en termes de résidus.

Un intérêt nouveau pour les effluents hospitaliers

Si cela fait déjà quelques années que les scientifiques et pouvoirs publics s'intéressent au risque sanitaire lié à la présence de résidus de médicaments dans l'eau, c'est la première fois qu'une étude est menée spécifiquement sur les rejets hospitaliers. Le site de Bellecombe est un lieu d'expérimentation unique car "les eaux usées de l'hôpital seront séparées des eaux domestiques et seront traitées sur leur propre filière", explique Audrey Roch, chargée de mission assurant le pilotage de l'opération Sipibel.

Une première campagne de prélèvement a donc été effectuée en février dernier, la prochaine aura lieu en décembre. D'ici là, difficile de donner des premiers résultats d'analyses. "La démarche est de regarder ce que l'on trouve à l'entrée de la station, et d'analyser ce que l'on retrouve en sortie de station. L'objectif étant d'évaluer quel processus de traitement peut être mis en place pour éliminer les résidus présents", ajoute Audrey Roch.

Ce que les scientifiques recherchent actuellement sur le site pilote de Bellecombe, ce sont notamment les micro-polluants : métaux lourds, grandes familles de détergents, alkyl phénols, et résidus de médicaments. Les procédés biologiques ne dégradent pas toutes les molécules. L'opération Sipibel, subventionnée par l'Agence de l'eau, a donc pour mission, sur trois ans, de tester différents procédés, comme l'ozone ou le charbon actif, capables de faire disparaître ces micro-polluants. "Des procédés qui sont chers et difficiles à mettre en place", tempère Audrey Roch.

Une prise de conscience qui tarde

Antibiotiques, antidépresseurs, anti-inflammatoires, contraceptifs… La France est le quatrième consommateur mondial de médicaments, et le premier en Europe. Pourtant, d'après le Plan national sur les résidus de médicaments dans les eaux, publié en mai 2011, "les réglementations européenne et française, relatives à la qualité des eaux ne prévoient actuellement pas de surveiller la présence des résidus de médicaments dans les différents compartiments aquatiques ou de fixer des normes de qualité pour ces substances, bien que la présence de certains micropolluants soit réglementée par la fixation de limites de qualité dans les milieux aquatiques ou de valeurs guide dans l'eau potable". Pour Olivier Toma, président-fondateur du Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS), "l'Etat français n'est pas dans une dynamique d'assurer la santé publique à long terme". Pour lui, certains faits semblent "délirants" : les produits de chimiothérapie, que l'on retrouve dans les excréments, sont par exemple traités pour les animaux, mais pas pour les êtres humains. Or, le rapport de l'Académie de pharmacie sur la qualité des eaux de boisson en France met en évidence d'éventuels effets neurologiques de l'exposition à ces substances, notamment sur l'augmentation des maladies comme Alzheimer ou Parkinson. Après une scintigraphie, les urines d'un patient contiennent des éléments radioactifs par exemple.

Selon Olivier Toma, il faut être capable de réfléchir en termes d'impact pour entrer dans une vraie problématique de santé et de développement durable. Et donc passer du curatif au préventif. "L'hôpital doit être exemplaire, mais il faut un suivi de la politique française. Or, c'est l'industrie du médicament qui gère la santé en France". Et pour l'instant, ces problématiques de développement durable restent sans réponse à l'Assemblée.

Agir à la source

Réduire les résidus médicamenteux dans les eaux, le sol et l'air, est devenue l'une des cinq priorités environnementales de la ville de Stockholm. En 2003, le département "environnement" a commencé à classifier les médicaments selon leur potentiel de nuisance environnementale. Il lance donc l'indice PBT : Persistance, selon la capacité de la molécule à résister à la dégradation de l'environnement aquatique, Bioaccumulation, selon la capacité de la molécule à s'accumuler dans les tissus adipeux des organismes aquatiques, Toxicité selon le risque toxique pour les organismes aquatiques. Chaque élément est donc mesuré de 1 à 3 et le total constitue l'indice PBT, mesuré de 1 à 9.

Le C2DS a pris exemple sur l'initiative suédoise et devrait pouvoir tester ce système préventif dans une dizaine d'établissements français. Mais l'initiative est longue et difficile à mettre en place. Pharmaciens, médecins, administration doivent en effet pouvoir s'accorder sur le système afin qu'il perdure.

Le C2DS, en réponse au deuxième Plan national santé-environnement (2009-2013), estime aussi qu'il "serait opportun de lancer les évaluations ciblées sur les résultats de Médecines complémentaires : acupuncture, homéopathie, ostéopathie, qui permettent peut-être de réduire la consommation médicamenteuse, d'améliorer la prévention, tout en réduisant ainsi l'impact environnemental, l'impact économique, et l'impact humain".

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" Résidus de médicaments, produits liquides de stérilisation, produits d'entretien : voici les trois grandes familles d'effluents hospitaliers. Des produits souvent très chimiques que les stations d'épuration ne sont pas toujours en mesure de faire disparaître complètement. " Les stations d'épuration ne sont JAMAIS en mesure de faire disparaître COMPLETEMENT un seul produit issue de la chimie industielle et pour cause, AUCUN traitement spécifique n'existe.

Pour mémoire, le dernier rapport AMPERE du Cemagref : " A performances de traitement équivalentes, les filières à cultures fixées (à plus faibles temps de séjour hydrauliques) ont des performances d’élimination des micropolluants équivalentes a celles des boues activées en aération prolongée. Les filières tertiaires d’affinage ont une contribution limitée dans le traitement des micropolluants. Les traitements avancés permettraient de retenir plus de 70 % des substances étudiées, mais ils engendrent des coûts supplémentaires importants, et nécessiteraient d’être étudiés à large échelle. "

La pollution des step est problématique, mais on répète inlassablement que ces stations traitent des eaux sales, ce qui laisse supposer au profane que les eaux sortent propres.
Pierre pour igepac.com

igepac | 18 août 2011 à 11h24
 
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Bonjour,
Article intéressant, malheureusement les solutions viables pour le traitement des effluents liquides médicamenteux tardent encore à voir le jour.

Cordialement.

MEDICAL PROCESS | 07 juin 2013 à 18h35
 
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