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Conjuguer éclairage public et biodiversité : l'expérience lilloise

Permettre aux citadins d'avoir un éclairage nocturne tout en préservant la faune peut relever du casse-tête. Lille expérimente plusieurs solutions : des températures de couleur, la puissance, le rayonnement ou encore les horaires d'extinction… Détails.

Aménagement  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Actu-Environnement Le Mensuel N°390 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°390
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Dans le cadre des travaux sur la trame verte et bleue (TVB), une nouvelle problématique s'est imposée à la municipalité de Lille : la trame noire. “La pollution lumineuse touche les espèces nocturnes mais aussi diurnes, explique Yohan Tison, écologue à la mairie de Lille. Les poissons, les bourdons, les oiseaux migrateurs sont aussi impactés”.

Depuis une dizaine d'années, la direction des parcs et jardins et le service de l'éclairage public travaillent ensemble pour réduire la pollution lumineuse. Le secteur de l'île de la citadelle, un parc “semi naturel” situé en coeur de ville, a été identifié comme prioritaire, car il héberge notamment des chauves-souris. Plusieurs solutions y sont testées depuis 2017 afin de préserver la faune locale, tout en maintenant un éclairage pour les citadins. A terme, l'objectif est de relier les autres espaces de la ville à cette trame : “pour qu'elle soit fonctionnelle, il faut qu'elle fasse un rayon de 20 km afin de permettre aux différentes populations de se rencontrer”, souligne Yohan Tison.

Identifier les impacts

L'éclairage a d'abord un effet d'attraction sur certaines espèces d'insectes, ce qui peut freiner leur reproduction et impacter toute la chaîne alimentaire qui en dépend. A l'inverse, la lumière peut aussi avoir un effet barrière pour les populations lucifuges. Certaines espèces de chauves-souris sont, par exemple, incommodées par la lumière et ne peuvent plus se déplacer pour se nourrir ou se reproduire. A la citadelle de Lille, certaines populations, composées de quelques individus (quatre à dix), risquent de disparaître. Enfin, en décalant les périodes de chasse nocturne de certains prédateurs, l'éclairage public met en péril d'autres espèces, qui deviennent plus vulnérables (chauves-souris, oiseaux migrateurs...).

Différentes solutions expérimentées

En cernant ces différentes problématiques et en cartographiant les zones à enjeux, différentes solutions ont émergé pour adapter, le plus possible, l'éclairage public aux enjeux de la biodiversité locale. Les zones de chasse des chauves-souris lucifuges ont été identifiées et sont au maximum préservées des lumières artificielles. Le coeur du parc reste donc plongé dans l'obscurité la nuit. Pour éviter de fractionner ces zones, une partie de l'éclairage public traversant la citadelle est éteint à 22h, plongeant ainsi la grande majorité du parc dans l'obscurité. Dans deux zones, est expérimentée une lumière d'éclairage plus adaptée au cycle de vie des animaux. Enfin, dans les zones périphériques du parc, la puissance d'éclairage et le rayonnement lumineux ont été diminués. Sur un pont situé à proximité de la citadelle, le niveau d'éclairage est adapté en fonction des détecteurs de présence.

Une mise en oeuvre pas si simple...

Mais réduire l'impact n'est pas si simple… “Nous avons choisi une extinction en milieu de nuit au coeur du parc. Sauf que la faune est plus active en début de nuit”, souligne Damien Morineaux, responsable de l'éclairage public. Et les joggers aussi ! Difficile donc d'éteindre plus tôt les lampadaires, au risque de voir se multiplier les lampes frontales chez les fans de la course à pied, pas forcément meilleures pour la faune nocturne… “Il faut rechercher des solutions de compromis entre les déplacements humains et la protection de la biodiversité, poursuit le responsable. Les longueurs d'onde du bleu dans la lumière blanche sont les plus nuisibles pour la faune. La technologie LED permet de choisir la température de couleur. Nous expérimentons donc trois plateaux LED avec différentes températures de couleur depuis 2017”.

Autre difficulté : l'éclairage avec des détecteurs de présence sur le pont, traversé par une route départementale : “Entre les piétons, les cyclistes et les automobilistes, cette route est tellement empruntée que jusqu'à minuit ou 1h, elle est constamment illuminée”. Or, elle fait partie des obstacles infranchissables pour les espèces qui craignent la lumière…

Enfin, d'autres sources de lumières peuvent entrer en jeu : “Selon une étude de la ville de Paris, l'éclairage public représente moins de la moitié de la pollution lumineuse. Les enseignes, les écrans publicitaires, les stades y contribuent largement”, explique Damien Morineaux.

Quid des résultats ? “Les solutions de la réduction des nuisances peuvent avoir une réponse rapide chez les populations d'insectes. En revanche, pour les chauves-souris qui ont une reproduction plus lente, il faudra plus de temps pour vérifier les effets”, estime Yohan Tison. Les différentes solutions déployées et les paramétrages des lumières testés feront l'objet d'évaluations. Seule certitude pour l'instant : le déploiement de ces solutions à permis de réduire de moitié la facture énergétique liée à l'éclairage public dans cette zone.

Réactions2 réactions à cet article

 

"le déploiement de ces solutions à permis de réduire de moitié la facture énergétique liée à l'éclairage public dans cette zone" : une preuve supplémentaire qu'écologie et économie vont de pair.
Travailler sur la réduction, voire la suppression, des impacts de l'éclairage nocturne sur la biosphère (faune et flore) est un sujet essentiel et passionnant.
Mais il y a un gros travail de fond à faire auprès des décideurs car avec la généralisation des LED, on voit apparaître des points lumineux là où il n'y en avait jamais eu auparavant et/ou une densification lors de rénovations de lignes de candélabres, accroissant ainsi la pollution lumineuse et ne réduisant pas forcément la facture d'électricité pour le contribuable.

Pégase | 06 mars 2019 à 09h50
 
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Dans la Loire (42 ) plus de 160 communes sur un total de 327 coupent leur éclairage public une grande partie de la nuit .C'est la seule solution pour retrouver le ciel nocturne

sirius | 06 mars 2019 à 14h49
 
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