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Actu-Environnement

Ecoconception : pour en finir avec la société du gaspillage

Rareté de certaines matières premières, épuisement des ressources, volumes de déchets trop importants… Les modes de production et de consommation devront évoluer à l'avenir vers davantage de durabilité.

Déchets  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Selon la méthode de calcul de l'empreinte écologique, la France excèderait de 62 % sa biocapacité, autrement dit, si l'humanité entière consommait autant que les Français, la Terre ne suffirait pas à couvrir ses besoins… Cette empreinte a augmenté de 85 % entre 1961 et 2005, suivant la courbe de croissance de la consommation. A l'échelle mondiale, l'empreinte écologique excède de 30 % les capacités de la planète à se régénérer…
Alors qu'une pénurie de matières premières s'annonce, les pays industrialisés produisent toujours plus de déchets (868 millions de tonnes de déchets en France chaque année, dont 31 millions de tonnes de déchets ménagers) qui sont peu valorisés encore aujourd'hui. Par exemple, en 2006, le taux d'utilisation de matières premières secondaires était de 41,7 % pour l'acier, 38,2 % pour les métaux non ferreux, 60,5 % pour les papiers et cartons et 37,3 % pour le verre.
Pendant longtemps, les flux de ressources ont été pensés de manière linéaire, de l'extraction des ressources naturelles à leur enfouissement ou incinération, via leur transformation et leur consommation. Une véritable société du gaspillage.
De plus en plus, les sociétés industrialisées se tournent vers la valorisation. Pour preuve, la dernière classification des modes de traitement de déchets de l'Union européenne : prévention, réemploi, recyclage, autres formes de valorisation et, en dernier recours, élimination.
Mais les objectifs de valorisation peuvent se heurter aujourd'hui à certaines difficultés. Il est nécessaire de repenser entièrement le système linéaire actuel pour aboutir à une logique calquée sur les écosystèmes naturels. Pour cela, il s'agit de changer de paradigme : ne plus penser le produit du ''berceau à la tombe'' mais du ''berceau au berceau''. Autrement dit, créer une économie circulaire où les déchets d'un produit deviennent la matière première d'un autre.

Des produits ''du berceau au berceau''

S'il n'existe pas de produit zéro impact, il est possible de limiter l'impact des produits en réduisant la quantité de déchets générés et leur potentiel à causer des nuisances environnementales (toxicité...) et en pensant dès la conception les différentes voies de transformation et de valorisation des déchets.
C'est la démarche que tente d'impulser la marque certifiée ''cradle to cradle'', littéralement du ''berceau au berceau''. L'objectif de cette démarche impulsée par William McDonough, architecte américain, et Michael Braungart, chimiste allemand, est ''d'abolir la notion même de déchet'' en réinventant les processus de fabrication afin de faire émerger des solutions propres et de créer une économie où ''tout est réutilisé –soit retourné au sol sous forme de nutriments biologiques non toxiques, soit retourné à l'industrie sous forme de nutriments techniques pouvant être indéfiniment recyclés''. L'objectif est ambitieux mais déjà, près de 300 produits seraient certifiés cradle to cradle. Une moquette 100 % recyclable, des meubles évolutifs ou encore des collants compostables font partie des projets en cours… Des fabricants d'électroniques s'intéresseraient également à la démarche.

Repenser la notion de produit, vers une dématérialisation de l'économie ?

Si l'écoconception a un grand rôle à jouer dans la réduction d'impact des produits, il faut également repenser intégralement la notion même de produit. La consommation de masse a été poussée à son paroxysme, de manière que, pour vendre toujours plus, les industriels ont joué sur l'obsolescence des produits, planifiée ou perçue, concevant des produits à durée de vie limitée. Les nouvelles technologies en sont la caricature, à peine sortis sur le marché, les produits sont déjà dépassés. Ce modèle économique est décrié et certains industriels commencent à le repenser. Il s'agit aujourd'hui de fabriquer pour durer, en concevant des produits évolutifs, où le changement d'une pièce suffit à ''mettre à jour'' le produit (ordinateur, téléphone…).
Dans la même optique, certaines entreprises pensent aujourd'hui à louer plutôt qu'à vendre, s'orientant vers la notion de service. Conséquence majeure dans le cycle de fabrication : il est de l'intérêt, pour l'industriel, de fabriquer des produits dont la durée de vie est la plus longue possible, puisqu'il tire ses ressources de leur location et de leur maintenance. Mais c'est alors au consommateur de changer d'optique. Or posséder a longtemps été signe de réussite et de statut social…

Vers une responsabilisation des industriels

Conscients des enjeux et des limites du système actuel, de plus en plus d'industriels s'orientent d'eux-mêmes vers l'écoconception ou la dématérialisation de l'économie, poussés par les ONG.
Pour accélérer cette (r)évolution, les politiques ont développé depuis quelques années la Responsabilité élargie du producteur (REP), basée sur le principe pollueur-payeur. Les producteurs assument dans ces systèmes les coûts de gestion des déchets et sont donc plus à même de se pencher sur cette question.
La France a décidé d'aller plus loin en modulant l'écocontribution payée par chaque producteur de déchets électriques et électroniques (DEEE). A compter du 1er juillet prochain, celle-ci sera calculée en tenant compte du degré d'écoconception des produits, notamment la présence d'éléments polluants ou leur recyclabilité. Ces tarifs modulables constituent une première en Europe, qui aura valeur de test.
Confrontés à l'obligation de payer pour la gestion de leurs produits en fin de vie utile, les producteurs sont incités, en amont de la production, à faire des choix plus efficaces pour minimiser les déchets.

Réactions9 réactions à cet article

 
pourquoi fait on l'inverse de ce qu'on prône

j'ai beau faire attention aux produits que j'achete, ma poubelle est pleine de suremballages inutiles.
Dans les rayons, je vois de plus en plus de produits à usage unique, des berlingots individuels, et on en fait la pub à la télé.
J'en ai ras le bol de ces discours des gouvernements en opposition totale avec les actes.
Zéro pointé.

unavis parmi d'autres | 15 avril 2010 à 09h15
 
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vive la prime à la casse

Dénoncer le gaspillage, bien sûr !
Cela au moment où on donne des sous à ceux qui cassent des voitures qui marchent encore parfaitement pour qu'ils en achètent une autre en attente de la prochaine prime à la casse... Ces mêmes voitures qui dans certains pays franchissent les 500 000 km...
Le système étant ce qu'il est il faut faire de mauvais produits pour les remplacer et, par la publicité, persuader que si on ne change pas de produits on est débile et malheureux. Si les produit sont trop solides, on incite à les détruire (prime à la casse, réduction et remises si on apporte le vieux canapé pour un nouveau, etc).
Avant, en collaboration avec nos voisins allemands on faisait régulièrement une bonne guerre qui cassait tout. C'était super, il fallait tout refaire. Aujourd'hui on n'a plus envie. Quelle catastrophe ! Notre bon système économique va dans le mur.

micocharly | 15 avril 2010 à 09h22
 
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Utopique cet article

Faut arrêter, on a tout fait pour conditionner et pousser à la consommation.
On ne répare plus!!!! On jette.
Il y a en marre de tout ces balivernes, l'argent va à l'argent, il n'y a que ça qui compte. Info hier soir. PSA licencie (!) malgré l'aide de l'Etat. Et Total!!! Pourquoi autorise-t-on la délocalisation lorsqu'il y a bénéfice?

mgmarie | 15 avril 2010 à 10h33
 
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Décroissance !

J'ai une râpe (électrique) qui a 25 ans et qui fonctionne TOUJOURS. J'ai eu un grill électrique (acheté en 2002) qui a tenu UN an (thermostat) ! cherchez l'erreur ! Aujourd'hui, le cendrier de la voiture est plein : changez de voiture ! !
Et choisir des produits de bonne qualité, c'est un vrai métier ! Eco concevoir, c'est un début, ce qu'il faut, c'est le juste nécessaire qui dure au minimum 20 ans et pas 20 mois !. Je fais partie d'une AMAP, d'un SEL, je laisse les suremballages au supermarché, je consomme des produits frais produits en France, je ne consomme pas de produits agro-industriels. Si chacun, selon ces choix revenait à la raison, il n'y aurait PLUS de mauvais produits dans les magasins, car ils ne trouveraient plus acquéreurs ...

Rémifasol57 | 15 avril 2010 à 11h48
 
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Que de critiques!

Qui n'avance pas,recule!Bien sûr, chacun pense avoir
raison de critiquer! C'est la démocratie,mais pour
avancer ,il faut agir et faire des propositions
réalisables! le vrai obstacle étant le financement de
réalisation des projets multiples,car ,en France,on
on a des idées dans tous les domaines. On devrait
organiser des réunions entre partenaires connaissant les mêmes problèmes sur le plan européens et travailler ensemble? Souvent,on se pose
la question de savoir ce qui se passe dans les instances européennes? Qui n'avance qu'avec des discours,ne suffit pas! Bien sûr,c'est nécessaire,
mais il faut à tout prix,les rendre utile pour tous.

arthur | 15 avril 2010 à 13h47
 
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Doucement!

Je trouve les réactions un peu trop vive! J aimerai que ces discours n'ai jamais eu lieu, si effectivement la société occidentale n'avait pas été dans le sens d'une consommation de masse et du "tout jetable"! Mais le fait est! Il faut bien commencer à impulser dans le sens du changement. Cela passe par les choix des consommateurs et aussi par les changement d'optique des industriels! Je le trouve plutôt intéressant cet article, et de le vrai! les mentalités bougent et les modes de consommation aussi, doucement mais sûrement!

armillaria | 15 avril 2010 à 16h47
 
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DEEE : ce qu'on ne vous dit pas...

Concernant les DEEE, on se moque des consommateurs. Les fabricants font supporter aux consommateurs le coût de collecte et de recyclage des matériels électroniques via l'éco-taxe.

Ils n'ont aucun intérêt à encourager la réutilisation / reconditionnement / réemploi de matériel d'occasion puisque leur modèle économique consiste à vendre de nouveaux produits neufs.

En France, seulement 0,5% des matériels électroniques sont reconditionnés alors que la plupart fonctionnent encore parfaitement.

La gestion de la fin de vie est un échec économique et écologique car l'Etat n'a pas jugé bon de séparer les pouvoirs. La gestion de la fin de vie devrait être gérer par des organismes totalement indépendants à but non commercial...

Pour vous donner quelques repères :
- 28 kg / hab/ an de DEEE (si on inclut la part des entreprises)
- moins de 20% collectés
- 13,5% recyclés (matière)
- 0,5 % réemployés

Bouygues, via ATF a réussi à reconditionner 31 tonnes de DEEE sur 87 tonnes au total. Ce qui montre bien que la filière DEEE grand public ne joue pas le jeu...

Green IT | 16 avril 2010 à 20h34
 
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DEEE : on marche sur la tête

Votre article est excellent. Il manque cependant deux informations de taille :
1) C'est le consommateur qui finance le recyclage des DEEE (télévision, ordinateur, etc.) via l'éco-taxe. Les fabricants ne financent rien.
2) Comme ce sont les fabricants qui gèrent la fin de vie des DEEE, on n'est pas prêt de favoriser le réemploi / reconditionnement du matériel usagé puisque cela casserait le marché des fabricants... pourtant le reconditionnement des produits usagés est 100 fois plus efficace d'un point de vue environnemental que le recyclage (matière).

Il aurait été opportun que vous souleviez cette hypocrisie.

GreenIT.fr | 19 avril 2010 à 19h31
 
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C'est une piste de solution non négligeable.

Cet article a retenu mon attention et a le mérite d'apporter une piste de solution à l'épineux problème de gestion des déchets dans nos villes et campagnes. C'est en amont que des dispositions doivent çetre prises en vue de la dimunition notable des quantités de déchets en aval. De même,il est plus facile d'imposer aux industriels l'observance de certaines normes et qualités pendant leur production, notamment l'utilisation d'emballages hautement recyclables et de matières premières moins polluantes par une taxe à la pollution dissuasive. On ne doit pas laisser les gens s'enrichir sur le dos du contribuable, des populations et encore moins mettant en péril l'environnement,l'équilibre de notre planète.

luciano | 16 mai 2010 à 12h24
 
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