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Ecoles polluées : plus de la moitié des établissements franciliens en vigilance renforcée

Robin des bois divulgue les diagnostics de pollution des établissements scolaires d'Ile-de-France. Plus de la moitié doivent faire l'objet d'une vigilance renforcée. D'autres, passés au travers des diagnostics, défraient aujourd'hui la chronique.

Risques  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

Le passé industriel de nos villes et banlieues n'en finit pas de se rappeler au souvenir de leurs habitants, et en particulier des établissements scolaires. L'association Robin des bois poursuit son travail méthodique de recensement des diagnostics des pollutions affectant des établissements accueillant des enfants et des adolescents. Des diagnostics effectués par les services de l'Etat dans le cadre d'une campagne nationale lancée par le ministère de l'Ecologie en 2012.

Après avoir divulgué en septembre les diagnostics pour les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Hauts-de-France, l'ONG a dévoilé jeudi 16 novembre les informations relatives à l'Ile-de-France à partir des synthèses qu'elle a reçues en octobre 2016. Et ce, au moment même où plusieurs affaires de pollution défraient la chronique.

Verdict préoccupant

Le recensement effectué par Robin des bois porte sur 123 diagnostics effectués par les services de l'Etat sur des établissements d'Ile-de-France allant de la crèche jusqu'au lycée et 40 diagnostics sur des crèches et halte-garderies exclusivement dans Paris intra-muros.

Le verdict est préoccupant. "Cinquante huit pour cent des établissements doivent faire l'objet d'une vigilance renforcée sur le long terme pour maintenir en bon état les dalles de béton et autres revêtements de sols ainsi que les vides sanitaires de manière à réduire le transfert des polluants sous forme de poussières ou d'émanations dans les salles de classe, les cours de récréation et les logements de fonction", révèle l'ONG qui a publié l'année dernière un Atlas de la France toxique. "Les polluants majeurs sont les hydrocarbures, les solvants chlorés et le plomb", révèle-t-elle.

Ainsi, à titre d'exemple, dans l'école élémentaire Charles de Gaulle de Coulommiers (Seine-et-Marne), les auteurs du diagnostic recommandent de restreindre par des clôtures les accès à certains sols pollués au plomb, de recouvrir ces sols par un matériau synthétique ou de remplacer les terres en place. L'école a été implantée dans les années 1970 sur des terrains contigus à une activité de négoce de fioul et à proximité d'une usine de moulage de matières plastiques et d'une fabrique d'ouvrages en métaux.

A Suresnes (Hauts-de-Seine), la qualité de l'air intérieur d'un bâtiment du lycée Louis Blériot, construit en 1994 et 1995, n'est pas compatible avec son usage d'établissement scolaire. Certaines salles ne doivent donc plus être utilisées et des diagnostics complémentaires doivent être mis en œuvre pour localiser les sources de pollution. Le site avait accueilli des ateliers d'assemblage et d'essais de véhicules entre 1918 et 1981. Selon Robin des bois, le collège privé Sainte-Thérèse au Mesnil-Saint-Denis (Yvelines) mérite, quant à lui, "un lever de doute radiologique". Il a en effet été construit sur l'emprise d'une société ayant utilisé et stocké des substances radioactives de 1965 à 1984.

"Des résultats plus perturbateurs que prévu"

Dans Paris, ce sont 52% des crèches et haltes-garderies qui doivent faire l'objet d'une vigilance renforcée. Les sols du jardin pédagogique de la crèche des Petites Ecuries dans le Xe arrondissement parisien présentent des teneurs de 1.400 mg/kg en plomb, bien loin du seuil de 300 mg/kg déclenchant un dépistage du saturnisme infantile. Le site, à côté duquel a été exploitée une imprimerie et qui appartient à la Ville de Paris, est toutefois fermé depuis septembre de cette année.

Dans la capitale où pas moins de sept crèches ou halte-garderies présentent une pollution nécessitant la mise en œuvre de mesures techniques de gestion, les écoles primaires et les lycées ne sont plus soumis à la campagne de dépistage, révèle Robin des bois. La raison ? Les moyens financiers mais sans doute aussi les résultats "plus perturbateurs que prévu" des premières vagues de diagnostics, selon l'association.

Ces diagnostics sont loin d'être exhaustifs pour ces raisons mais aussi, comme le rappelle la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (Driee) dans son rapport 2017, parce que "cette démarche se fait avec l'accord des responsables des bâtiments". C'est pourquoi un certain nombre d'établissements franciliens censés être inclus dans la campagne nationale d'inventaire sont passés entre les mails du filet.

Evacuation du collège de Vincennes

C'est plus par ignorance, semble-t-il, que le collège Saint-Exupéry de Vincennes (Val-de-Marne), une commune déjà impactée par la pollution de l'ancien site Kodak, a échappé au diagnostic. L'établissement scolaire se retrouve au cœur de l'actualité puisqu'il doit être évacué d'ici le 27 novembre prochain après que l'Agence régionale de santé (ARS) a préconisé la fermeture de certaines salles impactées par une pollution. Des diagnostics de sols préparatoires à une réhabilitation ont en effet révélé une pollution aux solvants chlorés sans doute occasionnée, révèle Robin des bois, par un ancien atelier de travail des métaux situé dans une impasse "complètement disparue de la mémoire cadastrale et administrative".

Autre sujet d'actualité, l'école élémentaire Jules Ferry située à proximité immédiate de l'usine Snem de Montreuil (Seine-Saint-Denis) et qui a échappé aussi à l'inventaire. Des parents d'élèves ont interpellé les autorités sur les éventuels liens entre des cas de leucémie et l'activité de l'usine dans laquelle l'inspection des installations classées (ICPE) avait constaté plusieurs non-conformités en juillet dernier. Cet établissement, qui met en œuvre plusieurs produits toxiques pour assurer le traitement de pièces métalliques pour l'industrie aéronautique, s'est installé dans les années 70 à cinquante mètres de l'école "dans une erreur manifeste d'aménagement urbain", pointe Robin des bois.

Des erreurs d'aménagement qui ne restent malheureusement pas l'apanage du passé puisque l'ouverture de deux nouveaux collèges du Val-de-Marne situés respectivement à Vitry-sur-Seine et à Ivry-sur-Seine a été repoussée en raison de la mauvaise évaluation de la pollution initiale du site. Pour l'implantation de nouveaux établissements scolaires, ces erreurs devraient toutefois devenir moins fréquentes à l'avenir grâce à l'élaboration des secteurs d'information sur les sols (SIS). Des outils recensant les sites pollués qui doivent permettre de mieux prendre en compte la pollution dans la conception des projets d'aménagement. A fortiori s'il s'agit d'établissements accueillant des enfants.

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