La dégradation des forêts ne résulte pas seulement de la déforestation à l'intérieur des forêts elles-mêmes, mais également des dynamiques de changement des terres qui ont façonné les paysages en mosaïques complexes où les forêts primaires restantes s'étendent, d'un état conservé à fortement dégradé, selon une nouvelle étude internationale conduite dans la commune de Paragominas, au Brésil.
Ainsi, à Paragominas, les paysages à forte dominante agricole et affectés par une déforestation ancienne présentent des forêts très dégradées, tout comme les paysages où la fragmentation de la forêt est importante et où l'utilisation du feu dans les pratiques agricoles domine. Au contraire, la dégradation des forêts est moindre dans les paysages de prairies à faible taux de fragmentation.
Pour présenter ces résultats, les chercheurs ont d'abord recueilli des images satellites, puis les ont analysées selon les méthodes de l'écologie du paysage. Ils les ont ensuite confrontés aux données de terrain. « On a parfois, sur deux paysages de même surface, les mêmes proportions de forêts et d'agriculture, détaille Julie Betbeder, coauteure de l'article et chercheuse au Cirad. Cependant, sur ces paysages, l'un pourra avoir une forêt très fragmentée, tandis que l'autre sera constitué d'une surface forestière continue, dite "connectée". »
Pour Clément Bourgoin, géographe et premier auteur de l'article, « ce travail ouvre de nouvelles perspectives pour évaluer les causes de dégradation des forêts tropicales. A terme, cela nous permettra de prioriser les zones les plus dégradées, grâce à une gestion forestière durable mieux ciblée. »