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Impact carbone du e-commerce et du fret : il est plus que temps de rationaliser et de se raisonner !

Le modèle de livraison ultra-rapide développé par les géants du e-commerce interroge sur leur rôle dans l'impact carbone du transport. Pour Arnaud Doré, directeur associé Europe du Sud chez EcoAct, il est temps qu'ils prennent leur responsabilité.

Avis d'expert  |  Transport  |    |  Actu-Environnement.com

Alors que nous faisons face à la plus grande crise sanitaire de ces dernières décennies, la question du maintien de la chaîne d'approvisionnement des produits essentiels et du transport deviennent centraux. En effet, la pandémie touche durement le fret et donc la sécurité alimentaire, notamment dans les pays africains ou en Inde. Une situation dramatique qui vient soulever la question du « et après » et met aussi en exergue un des nombreux paradoxes actuels : comment répondre efficacement aux problèmes sanitaires et environnementaux dans un monde construit sur le e-commerce du « tout, tout de suite » ?

Si les géants de l'e-commerce ne sont pas responsables de tout, ils sont clairement en retard sur la question de leur impact. Par ailleurs, ils répondent à une demande du consommateur, qu'il s'agit peut-être de mieux sensibiliser. Car même avec toute la bonne volonté du monde, si rien ne change de manière systémique, les prévisions les plus pessimistes du GIEC risquent fort de se voir réalisées et des crises comme celles que nous traversons, de se reproduire !

Alors que les réglementations se multiplient à l'image du « Green Deal » européen et que le comportement des citoyens commence à évoluer lui aussi face à l'urgence climatique, il est aujourd'hui prioritaire, pour des secteurs entiers de l'économie, de se réinventer et ce, bien au-delà de la simple posture marketing. Pour y parvenir, mettre la pression sur les industriels d'une part et les consommateurs d'autre part ne suffira pas. Toutes les parties-prenantes doivent être impliquées et notamment le corps intermédiaire puissant que sont les géants du e-commerce et leur recours aux transports ultra-polluants. Alors que le transport est responsable de 24 % des émissions directes de CO2 provenant de la combustion de carburants, dont les trois-quarts sont à imputer directement aux véhicules routiers, les émissions provenant de l'aviation et du transport maritime continuent, elles aussi, d'augmenter.

Le fret lié au e-commerce : point noir pour l'atteinte d'une mobilité plus neutre en carbone

Surtout, la marge de progression de ces intermédiaires charnières reste importante. En effet, malgré tous les efforts engagés, le type de transport à fort impact qui continue de se développer depuis une décennie reste celui du fret, notamment aérien et routier. Une tendance qui s'explique en grande partie par l'explosion du e-commerce et le diktat de la livraison express à J+1 à domicile, en provenance en majorité de Chine et des pays asiatiques. À lui seul, le marché français du commerce en ligne représente plus de 100 milliards d'euros en France en 2019.

Conséquence : les moyens de transport plus doux et donc moins rapides, comme le ferroviaire, sont en perte de vitesse, quand les camions et conteneurs transportent des colis du e-commerce dont le volume est vide à 43 %, selon une étude de 2018 du fabricant britannique de cartons DS Smith !

De plus, même si les choses avancent, il existe encore trop peu de solutions technologiques déployées pour proposer des poids lourds « bas-carbone », contrairement aux voitures électriques ou hydrides. Dès lors, une part de la responsabilité n'incomberait-elle pas directement à ces géants du e-commerce ? Plutôt que d'attendre un jour ou deux supplémentaires pour être en mesure de grouper leurs envois (et remplir les colis), ces derniers préfèrent envoyer en plusieurs fois une commande pour éviter d'encombrer leurs entrepôts. L'envoi groupé n'est d'ailleurs presque jamais proposé aux consommateurs, prêts à patienter un peu.

Un tournant vert doit être pris et des solutions existent déjà

Si l'on souhaite réduire drastiquement nos émissions de CO2 dans l'atmosphère, et donc faire la chasse aux excès liés aux transports, il va falloir se montrer intransigeants envers les marques pour laisser davantage d'options aux transporteurs et logisticiens qui n'ont eu d'autre choix que de se plier et de s'adapter aux grands noms du e-commerce et d'Internet.

Plusieurs pistes sont envisageables. Par exemple, des normes plus strictes ou la taxation des livraisons express, dont la diminution aurait un réel impact ; informer davantage les consommateurs de l'impact environnemental de leur choix en fonction de la rapidité ou du lieu de livraison (domicile contre point relais) ; systématiser, pour les marques, l'hébergement de leurs sites dans des datacenters 100 % énergies renouvelables ; mettre en place des systèmes de bonus / malus sur les fréquences de commandes d'un client (valoriser des commandes plus espacées mais plus groupées, davantage que des achats uniques successifs) ; et naturellement, diminuer drastiquement le vide des emballages. Enfin, le tout devrait s'inscrire dans une démarche globale de neutralité carbone impliquant le calcul précis des émissions et la planification conforme à la science climatique de leurs réductions.

Naturellement, il faut aussi responsabiliser les consommateurs : a-t-on vraiment besoin de ces produits dès le lendemain ? N'y a-t-il pas possibilité de rationaliser ses commandes ; de mettre en concurrence les enseignes sur leurs politiques de livraison ? Un sujet-clé, notamment auprès de la jeune génération qui se positionne de manière ambigüe sur cette question. Si cette dernière impulse de nombreux mouvements en faveur de la préservation de la planète et sait se montrer exigeante, par exemple, à l'égard de ses employeurs potentiels, elle représente la tranche de population ayant le plus recours au e-commerce (84 %) et aux achats « coups de cœur ».

Nous sommes face à une urgence climatique dont il est impossible de nier l'accélération et les conséquences dramatiques qu'elle engendre. Face à cela, des engagements forts ont été pris en France : le transport routier doit atteindre zéro émission nette d'ici à 2050. Un objectif utopique si rien n'est fait à la fois au niveau de la R&D, pour parvenir à faire disparaître les véhicules roulant à l'énergie fossile et à décarboner massivement le secteur, mais aussi et surtout dans les usages des particuliers et des entreprises. Tout ne peut pas reposer sur les fabricants, ni sur les citoyens ; et sans une vraie prise de conscience de l'impact du e-commerce, les politiques actuelles, et les fonds d'investissement de plusieurs milliards, ne sauront suffire à atteindre nos ambitieux et existentiels objectifs.

Avis d'expert proposé par Arnaud Doré, directeur associé Europe du Sud chez EcoAct

Réactions7 réactions à cet article

 

Le e-commerce est un service aux consommateurs répondant à toutes les envies de consommation depuis son fauteuil. C'est le magasin du monde connecté = innovant, rapide, ... Le hic est que le consommateur a rarement connaissance de l'impact de cette consommation : origine de production, documentation sur les produits/matières, mode de livraison.
Pas besoin de faire des lois : Le site de e-commerce qui mettra en place les informations (contrôlées/audits) permettant au consommateur de faire ses achats en prenant en compte ces paramètres verra arriver les nouveaux consommActeurs.

Alonzy | 06 mai 2020 à 09h01
 
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Mise en concurrence sociale et fiscale des transporteurs routiers au sein du "grand marché unique européen" + abandon piteux des projets de taxation des camions en France (écotaxe et cie) + climat social délétère à la SNCF + sous investissement du réseau ferré hors LGV = des camions à moitié vides qui restent largement plus compétitifs et plus pratiques (de porte à porte) que le train....

adjtUAF | 06 mai 2020 à 10h03
 
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Commandez chez Amazon du point de vue CO2 est surement moins mauvais que de prendre sa voiture et descendre chez Carrefour Auchan leroy merlin soit 60 km donc 6l de carburant, qui eux auront joué au saut de puce, hambourg entrepôt général entrepot dans le magasin, chauffage et pollution du magasin tout en rajoutant une considérable emprise sur des terres agricoles.
Le livreur dans sa journée aura livré 20/30 personnes consommé au maximum 30 l de carburant soit 1 l par personne, pas de chauffage pas de rapine de terres agricoles.
S'entend de produits venant de Chine par contre demander à Amazon France de faire livrer les conteneurs à st Nazaire pour nous plutôt que Hamburg.
A la limite si on paye moins cher c'est qu'on consomme moins de CO2.

pemmore | 06 mai 2020 à 14h52
 
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@ Pennmore
La personne qui se déplace avec son véhicule (ou à vélo, ou à pied, pour les centres villes qui n'ont pas encore été vidés) ne le fera sans doute pas QUE pour acheter UN seul livre, par exemple, mais elle essaiera peut être de grouper avec d'autres achats, pour "amortir" son déplacement. Amazon (ou consorts) : un achat - un carton - une livraison? Quand je vois le nombre de livreurs qui se déplacent pour amener des cartons de 20x30cm, et qui recommencent le lendemain pour livrer de la même adresse à la même adresse.... vous appelez çà de la rationalisation? La 1ere des rationalisations serait celle de regrouper ses achats (voire se demander s'ils sont vraiment utiles, même si c'est un autre débat), au lieu d'acheter et se faire livrer quand on veut (puisqu'on sait qu'on a être livrés dans la foulée..). Quant aux rapines sur les terres agricoles : je vous conseille de vous renseigner sur (l'absence de respect) des enjeux locaux qui sont mis en lumière quand ce genre de géant de la logistique émet la possibilité de vouloir implanter un dépôt..... un spécialiste des ICPE en ferait des gorges chaudes de lire leur dossier d'urbanisme et d'installation classée... mais il y a de l'emploi à "prévoir"..... tout est dit.

nimb | 07 mai 2020 à 08h33
 
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@ m Nimb
on a certainement raison tous les deux, c'est vrai que quand on construit un entrepôt Amazone c'est impressionnant; mais pas forcément pire que la centrale d'achat de votre votre groupe d'hypermarché préféré bien caché dans la campagne.
Pourquoi Amazone, mais aussi ces centrales s'installent au diable vauvert? Ce sont les villes rapaces avec des taxes démentielles qui en sont la cause, mais obligent écologie sous le tapis à faire faire souvent aux employés 20000 km/an, alors que les friches industrielles pullulent.
C'est sur que Amazone c'est souvent n'importe quoi, mais ça correspond au non fonctionnement de la poste, d'après mon calcul en francs constants le prix d'un colis est 4x plus cher que dans les années 50 alors que ça aurait du être divisé au moins pas 2, et donc 4x plus cher que dans le monde entier, c'est intenable.
La poste ne se remet jamais en question.
Pour moi Amazone et malheureusement le covid, c'est la fin de l'hypermarché le temple de la sous-bouffe, vous verrez les prix exploser par manque de clients car ceux-ci ont découvert leur épicier de quartier, calculé {pain + essence }= je perd donc tant de temps à croiser des gens qui me sont antipathiques sans rien y gagner!

pemmore | 07 mai 2020 à 11h43
 
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La question est drôlement posée: comment une mobilité peut-elle être "plus neutre" en carbone ? La course à "je suis le plus neutre" est commencée.
Le ferroviaire comme transport "doux"... Quand on sait à quels transports il fut dédié en des périodes sombres... Mes parents disaient "le dur" pour le train.
Les voitures électriques et hybrides seraient "bas carbone". Défense de se marrer...
Une planification "conforme à la science climatique" ouvre de merveilleux horizons pas totalitaire du tout (pensez-donc, c'est pour le Bien!).
Et "Naturellement", Monsieur Doré va nous dire ce qui est "Bien", avec la bénédiction de tous les prophètes de malheur dont la liste s'allonge de plus en plus en ces temps incertains.
On va sans doute un jour se réveiller de ces tartufferies ?
L'urgence climatique est vraiment l'occasion de raconter n'importe quoi... Mais quel merveilleux fonds de commerce pour ce type de "penseur" !

Albatros | 11 mai 2020 à 12h32
 
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On est tous à aboyer comme le chien après le train qui passe, en réalité nous avons une équation simple à résoudre maintenant l'émission des gaz à effets de serre (principalement co2) l'écologie pure et dure peut attendre.
Ben nous Français n'avons pas grand chose à nous reprocher et même nous sommes négatifs largement avec la Guyane et notre immense espace maritime.
Aux autres états à se remettre en question, nous ne pouvons pas le faire pour eux.
Pour moi la motorisation électrique n'est que l'évidence d'un progrès de silence de consommation et de fiabilité, si en plus ça limite les gaz à effet de serre, c'est seulement un bonus pas un but.

pemmore | 12 mai 2020 à 14h58
 
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