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Actu-Environnement

''L'environnement n'est pas un secteur économique d'assistés''

À l'approche du Grenelle de l'Environnement, les propositions se multiplient. Dans ce contexte, David Ascher, Directeur de la publication d'Emploi-Environnement.com analyse celles qui traitent de l'Emploi tout en faisant le point sur les débouchés des filières concernées.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com
   
''L'environnement n'est pas un secteur économique d'assistés''

   
AE : Pouvez-vous nous dresser un état du marché de l'emploi sur les secteurs de l'Environnement ?
DA :
En tant que support de diffusion d'annonce d'emploi, notre site Emploi-Environnement.com est un observateur privilégié de l'évolution du marché de l'emploi sur les métiers de l'Environnement. Même si notre mission ne consiste pas à établir des bilans statistiques, mais bien à mettre en relation les entreprises avec des candidats compétents, nous constatons depuis plus de cinq ans une évolution importante du marché de l'emploi environnemental, aussi bien quantitativement que qualitativement.
Véritablement cantonné aux métiers de l'eau et des déchets dans les éco-industries il y a encore quelques années, le marché s'ouvre désormais vers de nouveaux horizons. De nouvelles opportunités se présentent par exemple avec l'explosion du secteur des Énergies renouvelables et de la performance énergétique, mais aussi dans des industries plus classiques. Du fait de l'accroissement de la pression réglementaire, mais aussi d'une sensibilité grandissante à la thématique de l'Environnement, ces entreprises embauchent de plus en plus d'ingénieur HSE ou QSE par exemple. Notre tâche est de les accompagner dans leur processus de recrutement en accélérant la mise en relation avec des candidats compétents.

AE : D'après vos observations, les filières de formations apparaissent-elles bien adaptées à la demande des recruteurs ?
DA :
La réponse ne peut-être qu'en demi-teinte. Oui, certaines formations, qu'elles soient initiales ou professionnelles, sont très pertinentes et les ''diplômés'' trouvent très rapidement de travail. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour toutes, bien au contraire. De très (trop) nombreuses formations ont de toute évidence été développées, non pour s'accorder à un besoin du marché, mais bel et bien pour remplir des salles !
Créées pour répondre à une demande unilatérale notamment des jeunes qui se montrent, et c'est bien naturel, motivés pour faire une carrière utile au service de la protection de la planète, de trop nombreuses formations mènent tout droit au chômage.
Outre une nécessaire responsabilisation des Écoles et Universités, il est primordial que les étudiants se renseignent sur les débouchés avant de s'inscrire à une formation : est-elle reconnue ou est-elle demandée dans les annonces d'emploi ? Combien d'étudiants ont trouvé un emploi en fin de cursus ?

AE : On évoque régulièrement le chiffre de 400.000 emplois dans l'environnement en France. Pouvez-vous nous donner une fourchette d'évolution possible dans les années à venir ?
DA :
Personnellement, je doute de la véracité de ce chiffre ou plus exactement des bases qui ont servi à le déterminer. Si l'on regarde dans le détail, il inclut principalement les métiers techniques de l'eau, des déchets et de la prévention des pollutions : cela me paraît très réducteur.
Par exemple, il n'est pas fait mention des professions commerciales et technico-commerciales. Une gageure quand d'autres études montrent que la croissance du chiffre d'affaires des éco-industries est supérieure aux autres secteurs de l'économie !
Dans un contexte d'urgence climatique, il est également étonnant qu'il ne soit pas fait mention des énergies renouvelables, d'autant que ce secteur explose !

Pour autant, je ne remets pas en doute la légitimité ni les compétences de l'IFEN qui a établi ce chiffre et dont les statisticiens connaissent parfaitement leur métier. Mais ces données sont établies sur la base des informations enregistrées par l'ANPE, elles-mêmes indexées sur les codes ROME*. Or il est clair que ceux-ci décrivent assez mal la complexité et la multiplicité des opportunités offertes par les secteurs de l'Environnement : air, eau, déchet, énergie, écologie, gestion des risques, management environnemental… Emploi-Environnement.com est d'ailleurs né en 2002 de cette constatation, pour apporter une expertise métier adéquate aux recruteurs et aux candidats. Depuis, nous sommes devenus partenaires de l'ANPE et de l'APEC qui nous recommandent pour notre savoir-faire.

AE : Dans le cadre du Grenelle, l'Alliance pour la planète vient de proposer la création d'une agence pour l'emploi spécialisé. Celle-ci pourrait peut-être contribuer à combler ces lacunes et développer les débouchés ?
DA :
Je ne le pense pas. Quelle serait en effet l'utilité de créer une nouvelle agence alors que l'ANPE dispose déjà de toute la latitude et des moyens nécessaires pour faire évoluer sa codification métier ? À mon sens aucune, si ce n'est d'envoyer un signal très négatif au marché : les candidats et recruteurs du secteur seraient-ils tellement plus balourds que ceux des autres secteurs d'activités, qu'il conviendrait de leur dédier une agence pour l'emploi ?
Il convient de rester mesuré dans ses propositions : bien qu'il soit assez particulier, le secteur de l'Environnement est devenu une branche de l'économie à part entière, et c'est heureux, autant pour la préservation de la planète que pour générer des emplois durables. S'il convient que les pouvoirs publics aident au développement du secteur, il faut garder à l'esprit que l'environnement n'est pas un secteur d'assistés !

AE : Dans ce contexte, quelles seraient alors vos propositions pour développer les métiers de l'Environnement ?
DA :
Concernant la formation, une responsabilisation des équipes pédagogiques semble nécessaire pour mieux informer les étudiants sur les débouchés en fin de cursus, voire pour réduire drastiquement l'offre de formation. Ne devraient par exemple être maintenues que les formations en mesure d'afficher un suivi de situation de leurs anciens élèves. Dans la lignée, des mesures devraient être adoptées pour stopper le recours récurrent à des stagiaires devenus désormais quasi jetables.
Parallèlement, pour doper le recrutement en environnement, il convient d'envoyer un signal clair que le marché soit en mesure de s'approprier tel que la fiscalité.
Mais à l'instar de l'échec des ''emplois de l'écologie'' initiés il y a quelques années il faut éviter les solutions de demi-mesure. À l'époque, l'efficacité de ce dispositif d'allégement du coût du travail spécifiquement associé à l'Environnement a été considérablement réduite du fait de sa ponctualité et de sa restriction au seul secteur industriel. Ces aides ne sauraient en effet devenir efficaces sans une réelle implication de l'entreprise. Parallèlement elles ne sauraient suffire à créer une véritable dynamique en matière de protection de l'Environnement.
Dans ce contexte, et malgré toute la complexité de sa mise en œuvre, le transfert de la fiscalité pesant sur le travail vers la pollution, m'apparaît comme la seule vraie mesure capable de dynamiser le recrutement en Environnement dans les industries et les services. Outre la multiplication des emplois HSE et QSE au sein de services moteurs du développement économique des entreprises recruteuses, l'incitation à réduire les impacts environnementaux contribuerait également à doper l'activité des éco-entreprises du secteur de l'eau, des déchets, de l'énergie etc.

* Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois

Réactions10 réactions à cet article

 
l'environnement : secteur d'activité ?

Si l'environnement est un aussi et de plus en plus un secteur /vecteur d'activité professionnel et économique, il n'est pas encore statistiquement reconnu (les activités et produits ne sont pas identifiables) dans les nomenclatures statistiques (NAF, NAP) et peut donc difficilement être comptabilisé/discréminé dans sa globalité par les économistes : une mesure toute simple pour le grenelle serait de faire évoluer la NAF pour pouvoir déceler/observer/suivre l'ensemble de l'activité économique liée a la protection de l'environnement (actuellement l'environnement n'y est identifiable seulement au travers des services liés à l'eau et aux déchets, ce qui parait réducteur)...

Olivier | 12 septembre 2007 à 22h20
 
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Non aux formations Bidons

Vous avez TOTALEMENT raison. Trop de jeunes se retrouvent dans des formations bidons, aprés un parcours souvent oisif et inutile. Quid des formations en gestion environnementale aprés 4 années de gestion économique ou de psychologie ? Certains misent sur l'environnement pour s'en sortir dans des secteurs bouchés, mais ils viennent noircir les réels compétences.

Il y'a des métiers dans l'environnement, mais encore faut-il avoir été formé correctement. Ce n'est pas la dernière année d'un cycle qui recycle dans l'environnement, mais les compétences acquises. Et là, faut avouer que c'est pas la joie !

Il est temps de reconnaitre que ce secteur a besoin de techniciens, d'ingénieurs et de professionnels compétents. Finissons en avec les dogmatiques et autres oisifs planqués.

Poil_a_gratter | 13 septembre 2007 à 08h14
 
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Tres pertinent

Bonjour
Je trouve l'interview de D.Ascher très pertinent et en tant qu'universitaire je confirme le manque de vision des formateurs preoccupés surtout à remplir les salles de cours, sans songer aux desullisons que vont rencontrer ces jeunes, tres motives, quelques années apres.

Il faut envoyer ce texte à tous les services d'orientation des universités. (mais est-ce possible?)

Merci pour votre contribution à aider les jeunes à ouvrir les yeux et à defendre veritablement l'environnement

A.S

Abdel | 13 septembre 2007 à 08h43
 
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Félicitations pour cette prise de conscience

Effectivemnt, la popularité de la protection de l'environnement fait venir un grand nombre d'étudiants dans ces filières pensant alors décrocher l'or vert! Malheureusement, les offres ne sont pas à la hauteur des demandes. Il convient de convenablement informer les jeunes et également de leur dire que les salaires ne sont pas mirobolant dans les métiers de l'environnement!

ninise | 13 septembre 2007 à 09h34
 
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Que pensez-vous de l'idée d'un Coach Environneme..

Bonjour,
J'adhère totalement à votre analyse. J'ajoute de surcroît qu'aujourd'hui seuls les entreprises utilisent véritablement des spécialistes de l'Environnement. Quid des particuliers?
J'ai la conviction que de nouvelles opportunités sont offertes par le Coaching Environnemental des particuliers.
C'est à dire d'aider chacun à améliorer tous les jours ses performances environnementales: comme un coach mais pour l'action environnementale.
Ma société (en création) vise à la fois les professionnels et les particuliers pour leur permettre de réaliser des économies environnementales et financières....!
Cordialement, Jean-Cyril HUBERT

CAPENVIRONNEMENT | 13 septembre 2007 à 14h33
 
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Re:Que pensez-vous de l'idée d'un Coach Environn..

Bonne blague !

Et qui vous paierai ? Les particuliers pour leur rappeler d'étteindre la lumière en se couchant ou bien vous seriez là pour trier leurs ordures aprés chaque repas ?

L'environnement pour être crédible à justement besoin d'éviter ce genre d'usurpation. Pensez à vous recycler dans un autre secteur et commencez par convaincre vos amis de consommer intelligement.

De mon point de vue, les coachs sont aux individus ce que les mouches sont aux vaches...

Poil_a_gratter | 13 septembre 2007 à 19h28
 
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Re:Re:Que pensez-vous de l'idée d'un Coach Envir..

Je m'excuse du ton que je prends (un peu trop empressé) mais les particuliers n'ont pas besoin d'être "coachés", tout au plus informé suffira....

Pour ce qui est des entreprises, vous avez raison. Même si pour la plupart elles rationnalisent déjà leurs dépenses.
Mettez-vous sur les rangs et vos expèriences permettront peut être d'être choisi. Ne comptez pas trop sur un parcours folklorique et le simple fait d'éteindre les lumières pour justifier de votre embauche.

Il vous faudra certainement vous accrocher et faire preuve de persuasion.

Poil_a_gratter | 13 septembre 2007 à 19h33
 
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Formations??

Bonjour à tous,
J'ai moi aussi trouvé cet article très intéressant car je me suis senti concerné.
En effet actuellement en 2 année d'école d'ingénieur, je m'interesse particulièrement à l'environnemet comme secteur d'activité et j'aimerais savoir quelles sont justement les formations qui ne sont pas bidons???

Patrick | 17 septembre 2007 à 16h53
 
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Re:Formations??

Les écoles d'ingé, de manière générale et celles qui vous proposent une formation technique et/ou scientifique.

Poil_a_gratter | 21 septembre 2007 à 11h03
 
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Re:Re:Formations??

Ok merci

patrick | 21 septembre 2007 à 11h46
 
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