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“ Notre espérance de vie en bonne santé passera par celle des écosystèmes ”

Les pressions que l'homme exerce sur l'environnement pèsent au final sur sa santé. Explications de François Renaud, co-responsable du laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs et coordinateur de l'ouvrage Ecologie de la santé, paru aux éditions Le Cherche Midi en partenariat avec le CNRS.

Interview  |  Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Notre espérance de vie en bonne santé passera par celle des écosystèmes ”
François Renaud
Co-responsable CNRS du laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs : génétique, évolution et contrôle (Mivegec) de Montpellier
   

Actu-environnement.com : Quelles sont les pressions environnementales qui jouent sur la santé et comment peuvent-elles modifier les risques de transmission de maladie ?

François Renaud : Le premier grand phénomène est l'augmentation démographique. La population a énormément augmenté depuis 1955 où il y avait environ 2,5 milliards d'individus à aujourd'hui avec sept milliards. Les prévisions pour 2050 tablent sur 9 milliards de personnes. Pour nourrir cette population, nous devrons produire des protéines végétales et animales de masse. Et pour cela, il faudra disposer de terres cultivables et donc défricher. Ce qui va rompre l'équilibre présent, réduire la diversité biologique et, au final, impacter la santé de l'homme. Ainsi, dans la forêt amazonienne, le risque de piqûres dans les zones défrichées a augmenté d'un facteur 3.000. Autre exemple : les vecteurs, qui normalement se nourrissent grâce aux singes présents dans la canopée en Guyane française, vont s'orienter vers les orpailleurs au sol, désormais plus nombreux.

Il faut une prise de conscience générale des problèmes économiques et de gestion - car il y a énormément de gaspillage. La santé des hommes à un certain point de la planète dépend de celle d'autres à un autre point. Tout est lié.

AE : En quoi le réchauffement des océans peut-il jouer sur l'émergence de pathogènes ?

FR : Il joue de manière indirecte. Le réchauffement des océans entraîne la fonte des glaces et cette dernière va provoquer une augmentation du niveau des mers. Ce qui va modifier les systèmes de courantologie connus aujourd'hui et perturber les écosystèmes.

La terre se réchauffe depuis plusieurs milliers d'années. Le problème aujourd'hui est la rapidité avec laquelle la température augmente. En effet, lorsque le processus est lent, la diversité présente dans l'écosystème a le temps de s'adapter au fil des générations. Par contre, si le phénomène s'accélère, ce sera davantage les bactéries et les organismes à cycles courts de régénération qui auront des réponses face à cette modification et pourront au final mieux s'adapter.

AE : Quels sont les liens entre l'augmentation des résistances aux antibiotiques et les modes de vies dans les sociétés développées ?

FR : La résistance peut résulter des antibiotiques mais également de la pollution du milieu. Vouloir éradiquer les pathogènes a conduit à sélectionner ceux qui échappent à l'attaque moléculaire des hommes. L‘utilisation massive d'antibiotiques a ainsi généré des multirésistances. Les zones très industrialisées ou dans lesquelles sont déversées des rejets polluants sont également propices au développement de l'antibiorésistance. Par exemple, lors de l'exploitation de mines, d'une part, nous concentrons le minerai et, d'autre part, nous utilisons des produits chimiques pour l'extraire. Ces conditions perturbent l'écosystème et sélectionnent les bactéries résistantes à ces produits. Leurs mécanismes de défense peuvent notamment passer par un système qui coupe la molécule toxique ou une pompe qui rejette la molécule qui pourrait la tuer. Ces stratégies générales peuvent fonctionner pour différentes molécules. Par exemple, si la bactérie dispose d'un dispositif pour rejeter le nickel, ce dernier pourrait également marcher avec la pénicilline, elle deviendrait alors résistante à cet antibiotique.

AE : Quelle place accordée aujourd'hui à l'écologie de la santé ?

FR : Aujourd'hui, la recherche dans ce domaine est totalement sous-évaluée. L'espérance de vie en bonne santé passera par la santé des écosystèmes. Comprendre le milieu qui nous entoure ne pourra pas se faire sans de la recherche purement fondamentale. Comment fonctionne un écosystème ? Quels sont les risques de transfert ? Quels sont les systèmes sentinelles animaux qui peuvent nous renseigner sur les risques pour les populations humaines ? Tout cela est essentiel.

Les appels à projets en écologie de la santé, comme par exemple sur l'antibiorésistance, négligent beaucoup trop les axes de recherche fondamentale. C'est pourtant dans la compréhension de l'évolution des écosystèmes que nous pourrons faire des prédictions solides sur les actions à mener pour éviter les catastrophes. Et non en privilégiant des projets qui pourront aboutir à des contrats juteux avec l'industrie pharmaceutique.

Réactions1 réaction à cet article

 

Le besoin de défricher n'est pas démontré car il est possible de mieux produire et davantage sur la même surface. Le problème aigu de la déforestation n'est pas le fait du besoin de productions agricoles pour nourrir le monde. Il est le fait de l'avancée de la marée humaine, de la recherche de minerais (les orpailleurs) et d'une expansion agricole qui sont quasiment incontrôlées (par exemple, le Brésil exporte énormément de produits agricoles car cette production qui ne subit aucune contrainte environnementale et si peu de contrainte sociale est extrêmement compétitive économiquement).

Albatros | 21 février 2017 à 10h01
 
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