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Mix électrique : EDF repositionne le nucléaire

EDF revoit la place du nucléaire dans le mix électrique en révisant à la baisse sa compétitivité économique, ainsi que son rôle dans l'approvisionnement électrique.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Mix électrique : EDF repositionne le nucléaire

Mardi 19 septembre, à l'occasion d'un séminaire, les membres du comité exécutif d'EDF ont présenté les enjeux stratégiques du groupe pour les années à venir. La direction d'EDF a infléchi son discours sur deux points liés au nucléaire. Tout d'abord, l'entreprise ne met plus en avant la compétitivité économique de ses futurs réacteurs face aux renouvelables. Ensuite, elle révise sensiblement la place du nucléaire dans le mix énergétique : dorénavant, les réacteurs doivent pouvoir assurer une production variable, notamment pour réduire la production nucléaire lorsque l'électricité renouvelable afflue sur le réseau.

Compétitif par rapport aux énergies fossiles

En novembre 2016, à l'occasion d'une visite du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), Xavier Ursat, directeur en charge des projets "nouveau nucléaire" d'EDF, affichait une ambition forte : l'EPR nouveau modèle (EPR-NM) devait être compétitif en 2030 face à l'énergie renouvelable la moins couteuse qui pourrait être installée sur le même site. Ce futur réacteur, dérivé du modèle en construction à Flamanville, devait notamment concurrencer l'éolien offshore (en incluant le coût de raccordement des aérogénérateurs au réseau électrique). Pour y parvenir, l'électricien prévoyait d'abaisser le coût d'un réacteur à 5 milliards d'euros en rationnalisant la construction pour éviter l'étirement du calendrier. Ce montant reste valable aujourd'hui, mais l'ambition est revue à la baisse.

Il s'agit dorénavant d'"être compétitif par rapport aux énergies fossiles", explique Xavier Ursat, précisant que cet objectif se base en partie sur une forte taxation des émissions de CO2 des centrales thermiques. Ce nouvel objectif n'est pas anodin. Il semble que l'entreprise renonce à faire de son nouveau réacteur un moyen de production compétitif face à l'éolien et au photovoltaïque. Les incessantes révisions à la baisse des prix de production de l'électricité à partir des renouvelables ont sonné le glas de l'ambition initiale d'EDF. Interrogé avec insistance sur le sujet, Jean-Bernard Levy, président-directeur général d'EDF, a répondu agacé : "vous cherchez à nous faire dire des choses que nous ne vous dirons pas". Certes, mais l'entreprise ne dément pas et refuse d'évoquer la compétition économique avec les renouvelables.

Variabilité de la production nucléaire

Le repositionnement du futur réacteur ne s'arrête pas là. Jusqu'à maintenant, EDF expliquait que la compétitivité du nucléaire se justifiait notamment par sa capacité à produire à pleine puissance en continu sur plusieurs semaines d'affilée. L'avantage était double. D'une part, cela permet d'amortir les coûts de construction des réacteurs sur de grandes quantités d'électricité (le coût du mégawatheure (MWh) nucléaire s'explique essentiellement par l'amortissement des investissements initiaux). D'autre part, une production importante et continue permet d'assurer la production de "base", c'est-à-dire le socle permettant de répondre quotidiennement à la demande (les autres moyens de production servant de complément variable pour répondre aux pointes). D'ailleurs, l'optimisme affiché il y a un an par Xavier Ursat reposait explicitement sur le fait que l'EPR-NM soit capable de produire à pleine puissance en continu sur plusieurs semaines.

Mais aujourd'hui, EDF modifie son discours. Elle ne renonce pas ouvertement à cette approche, mais elle met en avant les possibilités de variation de production de son parc nucléaire. Dominique Minière, directeur du parc nucléaire et thermique, explique qu'EDF est maintenant capable de faire varier la puissance d'une trentaine de ses réacteurs de 80% à la hausse ou à la baisse en trente minutes. Cela permet de répondre à des variations de demande de l'ordre de 21.000 mégawatts (MW). EDF met donc en avant la flexibilité et la variabilité de sa production nucléaire. Cela lui permet de mieux gérer le combustible pour que les rechargements n'interviennent pas en hiver, mais aussi, et surtout, d'adapter la production aux fluctuations d'offre et de demande. Ainsi, il devient possible de réduire sensiblement la part du nucléaire lorsque la demande est basse et la production renouvelable importante (qu'elle soit française ou importée).

Reste les questions financières sur lesquelles Dominique Minière ne s'est pas étendu : Renoncer à produire au maximum de la puissance disponible n'entraîne-t-il pas une hausse du prix du MWh ? L'amortissement des lourds investissements initiaux n'est-il pas plus délicat si la production est moindre ? Cela a "peu" d'impact sur les coûts, assure le directeur du parc nucléaire.

Réactions7 réactions à cet article

 

Article fort intéressante. En complément, existe-t-il à votre connaissance une source de données objectives qui donnent les coûts de production ?

Nicolas | 27 septembre 2017 à 03h46
 
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Bonjour,

La source considérée comme objective est la Cour des comptes.

A lire ici, notamment : https://www.actu-environnement.com/ae/news/nucleaire-facture-duree-vie-reacteurs-edf-cour-comptes-21766.php4

Cordialement,

Philippe Collet | 03 octobre 2017 à 14h48
 
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@ Philippe Collet

Reste que cette variabilité de la puissance fournie par les réacteurs induit forcément une fragilisation des structures, des tuyauteries du circuit primaire, et surtout des gaines des combustibles. Elle entraîne aussi un gaspillage du combustible nucléaire, une augmentation des effluents radioactifs, et l’utilisation de résines d’absorption, avec une production supplémentaire de déchets.

Quel sera l’impact de la variation de puissance sur la durée de vie des composants et sur la sûreté des réacteurs, et quel est le retour d’expérience d’EDF permettant de justifier la pertinence de cette variabilité ?

La nouvelle PPE doit être votée en décembre 2018 aussi, pour informer le public et les parlementaires il serait pertinent de votre part de publier un article posant la problématique de la variabilité de la production des renouvelables variables et de leur stockage.

Jean-Louis Gaby_03_solaire2000 | 16 août 2018 à 17h54
 
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Commentaire fort intéressant!

Nicolas | 21 août 2018 à 10h37
 
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@ Nicolas
Si vous êtes intéressé par le stockage de l'électricité dans les barrages existants, c'est à dire avec un impact environnemental franchement minimum, j'ai publié dernièrement un article sur ce sujet: "Stocker l’électricité renouvelable ? C’est possible, grâce aux barrages existants", publié sur Reporterre.

Pour savoir réellement la capacité de stockage dans ces barrages utilisés en complément comme STEP, j'ai posé en avril passé la question n°147 ( https://ppe.debatpublic.fr/node/3298) à la commission du récent débat sur la PPE 2018 sans succès, et je suis aussi l'initiateur en juillet d'une question écrite au Gouvernement sur ce sujet.
http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-10728QE.htm

Jean-Louis Gaby_03_solaire2000 | 21 août 2018 à 22h29
 
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En fait, je me suis trompé du lien vers la question. Celui que j'ai mis est relatif aux coopératives de production d'énergies renouvelables à finalité financières (question n°147 : https://ppe.debatpublic.fr/node/3298).
La question relative aux capacités de stockage à installer pour réduire la part du nucléaire à 50 %, 20 %, 0 % est avec ce lien: https://ppe.debatpublic.fr/node/3277

Jean-Louis Gaby_03_solaire2000 | 25 août 2018 à 21h39
 
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Vu, merci.

Il me semble que la Suisse a investi des sommes importantes dans ce type de système.

@ Philipppe COLLET : merci pour le lien vers l'article sur le coût. J'en conclus très sommairement que le coût est compris en 57 €/MWh (hyper optimiste/version EDF), 62 €/MWh (CdC) ... et probablement bien au dela (80? 100?) avec le démantèlement que personne ne sait aujourd'hui correctement quantifié.

Nicolas | 27 août 2018 à 12h13
 
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