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L'effacement diffus cherche encore son modèle

Différentes expérimentations testent la place à accorder à l'effacement des consommations électriques des ménages, de la gestion de l'équilibre du réseau à la réduction des pics de consommation, en passant par l'intégration des renouvelables.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°363 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°363
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Dans la transition vers un système électrique plus flexible, l'effacement diffus a été identifié comme l'un des leviers d'action. L'idée est d'abaisser, temporairement, les consommations électriques des ménages (chauffage, réfrigérateur…) pour soulager le réseau électrique. Mais cela ne signifie pas que l'énergie effacée ne sera jamais consommée. Il s'agit, dans la plupart des cas, d'un report de consommation vers une période jugée plus propice d'un point de vue du réseau. Et c'est là toute la difficulté à appréhender l'effacement diffus, à définir quel rôle lui attribuer dans le système électrique et son modèle économique. De nombreuses questions restent en suspens, comme l'ont souligné les discussions lors d'un débat organisé par BIP Enerpresse, le 5 octobre dernier.

Près de 100% de report de consommation

Plusieurs expérimentations, menées dans le cadre des investissements d'avenir, et le lancement prochain d'un appel d'offres, prévu par la loi de transition énergétique, devraient permettre de dessiner un modèle pertinent pour l'effacement diffus. Le projet Modelec, mené par le fournisseur Direct Energie, visait par exemple à évaluer le potentiel technique de l'effacement diffus et l'acceptabilité sociologique chez les clients résidentiels. Pendant trois ans, près de 65.000 ordres d'effacement ont été envoyés à 500 clients.

D'un point de vue technique, le potentiel d'effacement par client pour l'eau chaude sanitaire est évalué à 1 kilowatt. Le projet a montré que l'électricité effacée était totalement consommée quelques heures après l'effacement, il s'agit donc d'un report total de consommation. "L'effet rebond, lié au fait que plusieurs clients reportent leur consommation au même moment, peut être significatif, souligne Fabien Choné, directeur général délégué Stratégie et énergie chez Direct énergie. Mais il n'est pas forcément problématique car il intervient plus tard dans la nuit", une période creuse.

Le potentiel d'effacement du chauffage est quant à lui évalué à 1,25 kW, sur 6 kW installés en moyenne. Le report de consommation est, dans ce cas, plus difficile à quantifier, car plus diffus. Il est estimé à 70% dans les huit premières heures et, au-delà, convergerait vers 100%. "Ce qui n'est pas reporté conduit soit à une perte de confort pour le client, avec une baisse de 0,5°C de température par demi-heure d'effacement en période froide, soit est compensé par une hausse de température chez le voisin par exemple", indique Fabien Choné.

Le gestionnaire du réseau électrique RTE, qui a planché sur cette question, tire des conclusions similaires : "Nous avons constaté un effet de report entre 45 et 75% dans les huit premières heures, jusqu'à 95% si l'on suit la consommation sur trois jours. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui n'est pas reporté est économisé. Et s'il y a économie d'énergie, c'est qu'il y a une diminution de température", note Thomas Veyrenc, directeur du département Marchés de RTE.

Des économies d'énergie indirectes

Le projet visait justement à évaluer l'acceptabilité de l'effacement chez les clients et de ses conséquences en terme de confort. "Il est accepté pour des périodes inférieures à deux heures, soit une baisse de 1°C environ, chez 95% des clients. Au-delà, nous constatons un taux de refus important, jusqu'à 50% sur des périodes de 8h", souligne Fabien Choné.

Mais là aussi, tout dépend du profil du consommateur : "La question de confort est complexe, cela dépend de l'âge du client, du taux d'humidité de son habitat ou encore des vêtements portés… Une baisse jusqu'à 0,5°C ne se ressent pas forcément, les températures varient naturellement dans les logements, lorsqu'il y a des apports solaires, lorsqu'on cuisine, lorsqu'on ouvre la fenêtre… ", explique David Marchal, chef de service adjoint du service Réseaux et énergies renouvelables de l'Ademe.

Mais le projet a révélé une autre facette de l'effacement : la sensibilisation du public aux questions d'économies d'énergie : "60% des clients ont configuré des programmes de pilotage de la consommation, ce qui a permis de réaliser 10% d'économies d'énergie hors effacement", indique le responsable de Direct Energie. Si la consommation d'énergie effacée est reportée quelques heures après l'ordre envoyé, en revanche, l'équipement des ménages leur a permis de mieux piloter et mieux maîtriser leurs consommations. Pour Fabien Choné, c'est ce levier là qu'il faut actionner pour avoir de réels résultats et une pertinence économique : "Au vu du coût de l'installation (entre 400 et 500 € par client) et d'une valorisation insuffisante de l'effacement sur le marché de l'énergie, nous avons la certitude qu'il faut tendre à la fois vers l'effacement et l'efficacité énergétique active", estime Fabien Choné.

Pour l'expert de RTE, Thomas Veyrenc, "l'économie d'énergie n'est pas le but premier de l'effacement, même s'il peut avoir un impact à long terme sur ses comportements de consommation grâce à une meilleure information sur sa consommation, des outils de pilotage… Le fournisseur d'énergie n'est pas le seul acteur à pouvoir faire de l'effacement diffus, différents usages doivent être expérimentés". Par exemple, le développement des énergies renouvelables va accroître le besoin de flexibilité du système électrique et nécessiter un pilotage fin de la demande…

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