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Elections américaines : les climatosceptiques au pouvoir avec Donald Trump

Avec l'élection de M. Trump, le pays se réveille divisé en deux Amériques : celle qui pensait engager une transition énergétique, et celle qui fait fi des accords climatiques mondiaux et entend retourner au charbon, en déniant la science du climat.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com

Contre toute attente, Donald Trump est arrivé en tête cette nuit dans la majorité des Etats, laissant loin derrière lui Hillary Clinton. Le Républicain Donald Trump a remporté un à un la plupart des Etats-clefs, les "swing states", à commencer par l'Ohio, puis la Floride et l'Iowa ainsi que la Pennsylvanie et le Wisconsin. Il prendra officiellement ses fonctions le 20 janvier 2017, dans un pays désormais profondément divisé.

Son élection n'en finit pas de provoquer la sidération et inaugure un monde nouveau, une terra incognita. Ses discours pendant sa campagne ont clairement annoncé ses intentions de développer la production d'énergies fossiles des Etats-Unis tout en sortant du cadre international sur le climat. M. Trump a décrit l'Accord de Paris comme "incroyable", promettant de retirer les Etats-Unis de ses signataires, et déclarant que le changement climatique était un canular propagé par la Chine afin de rendre l'industrie américaine moins compétitive. Selon les dispositions de l'Accord, les Etats-Unis ne pourront cependant pas s'en dédire juridiquement avant une période incompressible de quatre ans.

La détermination de M. Trump à démanteler les pouvoirs de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) annonce une marginalisation sinon un déni pur et simple des politiques environnementales que son prédécesseur Barack Obama avait tenté de conforter malgré le blocage du Congrès. L'EPA est habilitée par le Clean Air Act à limiter les gaz à effet de serre et les émissions de polluants atmosphériques issus des centrales à charbon. Considérée comme une adversaire de l'industrie américaine, elle sera profondément remaniée et départie de son statut de contre-pouvoir environnemental.

Verrouillage des postes

M. Trump a proposé de nommer Myron Ebell à la tête de l'EPA, directeur du Centre for Energy and the Environnement au sein du Competitive Enterprise Institute, groupe qui s'appuie sur des théories scientifiques négationnistes pour mettre en question "l'alarmisme sur le réchauffement global". M. Ebell est un climato-sceptique notoire qui se dit convaincu que le Plan pour l'énergie propre (Clean Power Plan) de Barack Obama, pivot de la transition énergétique étasunienne, est non seulement une dépense inutile de fonds publics, mais une mesure illégale parce qu'elle impose des régulations aux entreprises.

Le quarante-cinquième président des Etats-Unis aura le pouvoir de nommer les juges de la cour suprême. La nomination de juges au sein de la cour d'appel des Etats-Unis pour le circuit du district de Columbia (United States Court of Appeals for the District of Columbia Circuit), cour d'appel fédérale de la ville de Washington DC aux Etats-Unis, pourrait également avoir une influence sur les futures décisions concernant les régulations environnementales. Sans compter les postes au ministère de l'Energie et à la Commission fédérale de régulation de l'énergie.

Retour en grâce des énergies fossiles

Donald Trump est conseillé par le représentant républicain du Dakota du Nord, Kevin Cramer, qui affiche des positions climato-sceptiques et défend la fracturation hydraulique dans cet Etat truffé de forages de pétrole de schiste. Le futur président ouvrira sans réserve les vannes de la production de ces gaz et huiles non conventionnels et confiera aux marchés le soin d'arbitrer entre les énergies, a-t-il annoncé au cours de sa campagne. Déjà bon marché, les énergies fossiles le seront encore davantage, au détriment des politiques d'efficacité énergétique. L'industrie automobile américaine a notamment engagé de nouveaux standards pour des véhicules plus légers en vue d'une économie de 500.000 barils par jour d'ici à 2020, rapporte l'agence Standard and Poor's. Les réglementations sur les émissions de méthane au cours des processus d'extraction et de raffinage seront aussi abolies.

Tandis que Hillary Clinton s'était engagée à restreindre les forages offshore au Golfe du Mexique mais à les interdire sur la côte Est, Donald Trump ouvrira le champ à de nouvelles prospections. Là où Barack Obama avait fini par céder aux pressions des environnementalistes, M. Trump n'aura sans doute pas d'état d'âme, qu'il s'agisse du tracé du pipeline Dakota Access contesté par les communautés indiennes locales, ou du géant Keystone XL. Si M. Trump ne s'est pas encore prononcé sur la controverse autour du pipeline Dakota Access, ses investissements personnels dans des sponsors du projet, Energy Transfer Partners et Phillips 66, n'augurent pas son retrait. Sur l'oléoduc Keystone XL, M. Trump a engagé l'opérateur TransCanada à renouveler sa demande de permis, rejetée en 2015 par l'administration Obama.

Quant aux énergies renouvelables, un abaissement de la taxe pour les investissements de 30% à 10% aurait pour conséquence de couper la demande en installations solaires de 60%, selon S&P Global Market Intelligence. "Donald Trump ne peut pas changer le fait que les énergies solaire et éolienne sont en passe de devenir plus accessibles et moins coûteuses que les polluants carburants fossiles. Grâce à la mobilisation des marchés et de la société civile en faveur des énergies propres, il reste un large espace pour réduire la pollution climatique, même sous la présidence de Trump", veut croire ce matin Michael Brune, directeur du Sierra Club, la plus ancienne ONG environnementale du pays.

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour, j'avais justement envoyé un message à mes collègues mardi 8 novembre pour leur faire suivre votre excellent article sur les programmes climat/environnement comparés de Clinton & Trump.
Faisant le constat qu'il y avait quand même de quoi trembler un petit peu...
Comme d'habitude ce mail a été jugé alarmiste et accueilli avec une indifférence polie. Eh bien voilà, nous y sommes... et les deux pieds dedans, encore !

Philippe | 10 novembre 2016 à 09h44
 
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Il est curieux que l'on ne trouve pas un procés d'usage du charbon en captant le produit de la combustion...le CO2...

agregat | 11 novembre 2016 à 12h33
 
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