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Actu-Environnement

“Une planification écologique sera débattue et votée au Parlement”

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon, candidat pour le Front de Gauche précise pour Actu-environnement ses propositions en matière de mix énergétique, de gestion de l'eau ou encore d'agriculture.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
“Une planification écologique sera débattue et votée au Parlement”
Jean-Luc Mélenchon
Front de Gauche
   

Actu-environnement : Quelle évolution du mix énergétique français envisagez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon : Je réaffirme l'exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l'énergie, seule garante de la transparence, de l'indépendance de l'expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Nous créerons un pôle 100% public de l'énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé, sous pilotage démocratique associant les citoyens et nous agirons pour une telle création au plan européen.

Nous proposerons un débat public national immédiat sur la politique énergétique en France. Ce grand débat devra permettre la remise à plat des choix énergétiques et du nucléaire et penser l'alternative aux énergies fossiles et carbonées. Il devra être conduit de l'information jusqu'à la prise de décision par les citoyens avec une ratification référendaire. Dans le domaine du nucléaire civil, l'ensemble des possibilités - dont la sortie du nucléaire ou le maintien d'un nucléaire sécurisé et public - sera alors tranché. Quant aux gaz de schistes nous refusons toute exploration et toute exploitation. Nous programmerons les investissements publics, les emplois et les formations nécessaires à la sobriété, à l'efficacité énergétique et à la diversification des sources d'énergie. Nous mettrons en place les procédures nécessaires aux diagnostics de sécurité, de préservation de la planète et de notre environnement. La nécessaire réduction des consommations ne peut conduire à réduire le niveau de vie des classes populaires. C'est la sobriété énergétique que nous visons : moins de consommation pour des usages identiques. Ce sont les gaspillages ostentatoires des très riches qu'il faut combattre. Nous abrogerons les lois de libéralisation de l'énergie. Nous lancerons un réseau de géothermie profonde. Nous engagerons un effort massif en faveur de la recherche, des filières technologiques et industrielles, des investissements, de la formation pour le développement des énergies renouvelables et leur utilisation publique ainsi que pour le traitement des déchets issus de la filière nucléaire. Nous mettrons en place un plan national de remise aux normes énergétiques des logements et de l'ensemble des bâtiments publics. Nous créerons pour les particuliers une allocation sur condition de ressources pour financer la rénovation thermique des logements.

AE : Prévoyez-vous une remise à plat de la fiscalité globale et quelle place y aurait la fiscalité environnementale ?

JLM : Nous établirons une fiscalité qui redonne toute sa place à un impôt sur le revenu réellement progressif. La réforme de la fiscalité permettra de contribuer à cette réorientation radicale de la politique économique. Nous mettrons fin au démantèlement de la fiscalité du patrimoine engagé par le gouvernement actuel, nous supprimerons le bouclier fiscal et nous augmenterons le rendement de l'ISF. Une loi anti-évasion fiscale permettra l'imposition des revenus des Français à l'étranger. Loin de toute fusion entre la CSG et l'impôt sur le revenu, nous mettrons en place une nouvelle cotisation sociale sur les revenus financiers afin d'aller vers la suppression de la CSG et l'extinction de toute fiscalisation de la protection sociale.

Nous modulerons l'impôt sur les sociétés et le taux des cotisations sociales pour pénaliser les entreprises qui délocalisent, qui développent leurs placements financiers, ou qui se servent des nouvelles technologies pour supprimer des emplois et dégrader les conditions de travail afin d'inciter les entreprises à développer la valeur ajoutée, les formations, les salaires et l'emploi. Nous créerons les conditions pour imposer aux banques le financement à des taux d'intérêt faibles, des projets porteurs d'un renforcement de l'emploi, de la qualification et du potentiel de création de valeur ajoutée dans les territoires.

Ainsi, des fonds régionaux et un Fonds national pour l'emploi et la formation pourraient se servir des moyens d'intervention publique à leur disposition (bonifications d'intérêts, garanties d'emprunts) en réutilisant à cet effet les fonds aujourd'hui gaspillés dans les cadeaux fiscaux et sociaux aux entreprises.

L'ensemble de ces dispositifs sera assorti d'une stricte conditionnalité sociale et environnementale.

AE : Quelle est votre vision pour une bonne gestion de l'eau et le partage de ses usages ?

JLM : Nous mènerons une intense politique publique pour le droit inaliénable à l'eau comme bien commun de l'humanité en engageant un processus d'appropriation sociale de la gestion de l'eau et de l'assainissement. Nous accompagnerons la gestion publique de l'eau par les collectivités territoriales compétentes afin de leur permettre d'en assurer la maitrise publique et donc le contrôle par les citoyens et les élus. La gestion de l'eau sera ainsi démocratisée en associant les usagers et en organisant le débat public sur l'utilisation de ce bien commun. Les collectivités pourront décider, par exemple et si elles le souhaitent, la gratuité des mètres cubes nécessaires à la vie, la facturation progressive des mésusages ou encore des tarifs différenciés entre les ménages et les industriels.

Nous visons à constituer un grand service public de l'eau. Il pourra mutualiser les moyens et les investissements. Il reposera sur une organisation décentralisée et contrôlée localement par les collectivités, les usagers et les salariés.

L'Etat interviendra contre la marchandisation de l'eau pour en finir avec les inégalités de tarifs et mettra en place un mécanisme de péréquation nationale pour permettre des tarifs d'accès égaux au m3 avec l'objectif que les dépenses d'eau par famille n'excèdent pas 3% de leurs ressources conformément aux recommandations de l'OCDE. Nous voulons sortir du modèle économique qui fait supporter aux usagers sur leur facture, l'essentiel des défis environnementaux et des futurs investissements nécessaires à la distribution et au traitement de l'eau, par des nouvelles modalités de financement. Pour cela, nous créerons une filière publique des métiers et de la recherche sur l'eau et l'assainissement.

AE : Quel modèle agricole défendrez-vous si vous être élu ?

JLM : Nous mettrons en oeuvre un plan de transition écologique de l'agriculture en vue de faire de l'agriculture française un modèle d'agriculture écologique, sans OGM, autonome en intrants et ressources non renouvelables, non contaminantes et contribuant à la lutte contre le changement climatique. Pour lutter contre la concentration des exploitations nous ferons jouer un droit de préemption systématique des terres libérées en faveur de l'installation d'agriculteurs ou de l'agrandissement de petites exploitations. Nous agirons pour une nouvelle organisation de l'agriculture dans le cadre des Nations-unies, afin de soutenir le développement de marchés régionaux, de réguler les marchés mondiaux, de mettre en œuvre un plan agricole et alimentaire mondial, de promouvoir la relocalisation et la transition écologique de l'agriculture et de combattre les processus d'accaparement de terres.

Nous serons à l'initiative de la construction d'une alliance stratégique avec les pays engagés dans la défense de la souveraineté alimentaire et de l'agriculture paysanne. Nous impulserons une coopération au développement qui priorise les accords avec les États mettant en oeuvre des politiques de souveraineté alimentaire et de soutien à l'agriculture paysanne. Nous agirons pour l'adoption d'une politique agricole commune cohérente avec l'objectif de souveraineté alimentaire, centrant la production sur les besoins du marché intérieur et la protection de ce dernier, garantissant aux agriculteurs des prix rémunérateurs, encadrant les pratiques de la grande distribution au moyen des prix minimums aux producteurs et de coefficients multiplicateurs maximums.

AE : Quelle position française porterez-vous dans les négociations internationales en cours ?

JLM : La France s'engagera pour de nouvelles relations internationales fondées sur le respect des souverainetés populaires, sur des coopérations mutuellement profitables entre les peuples, sur la primauté des normes sociales et environnementales sur celles de la finance et du commerce.La France impulsera les politiques de coopération scientifique et universitaire internationale par la mise en commun et le partage en libre accès des compétences et des ressources et par des budgets soutenants les missions internationales des chercheurs et enseignants chercheurs.

Nous agirons pour la souveraineté monétaire et financière des peuples, pour un commerce équitable fondé sur des normes sociales et environnementales exigeantes.

AE : Quelle place comptez-vous accorder à l'Environnement dans votre gouvernement ?

JLM : Il est difficile de préciser à ce stade quelles seront les formes du futur gouvernement du Front de Gauche. Toutefois notre organisation gouvernementale sera dépendante de deux importantes approches de l'exercice du pouvoir et la façon de l'exercer. La convocation d'une constituante et d'autre part la mise en vie de la planification écologique.

La crise environnementale et son aggravation sont liées au système capitaliste lui-même, au productivisme qu'il porte et à ses choix au service d'intérêts privés contre l'intérêt général. La planification écologique est le moyen de redéfinir nos modes de production, de consommation et d'échange en fonction de l'intérêt général de l'humanité et de l'impact de l'activité économique sur l'écosystème qui rend possible la vie humaine. Elle permettra de préciser les orientations et les investissements publics nécessaires à ces objectifs. Nous enclencherons ainsi une transition écologique pour combattre la crise environnementale et promouvoir un développement humain durable créateur d'emploi et facteur d'égalité sociale. Une planification écologique sera débattue et votée au Parlement, assortie d'une loi de programmation financière.

Réactions2 réactions à cet article

 

C'est le seul candidat qui va au bout des choses,
à la différence d'hollande, le système actuel pour lui n'est pas la référence.
Mélanchon se base toujours sur l'homme pour raisonner et c'est ça qui fait la différence et attire la conscience des français.

pro lepn | 18 avril 2012 à 10h33
 
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Étant Planificateur Principal de formation professionnelle, je soutiens ce propos et c'est ce que la nation française a besoin. Non seulement, cette planification écologique est indispensable pour l'Agriculture, je dirai même plus quelle est vitale pour le monde entier.
En effet, il serait nécessaire qu'une telle idée soit débattue et votée au Parlement.

philyvon | 24 avril 2012 à 10h12
 
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