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Mais pourquoi certains ont-ils peur de l'électrification ?

La préparation de la future règlementation environnementale des bâtiments relance le débat sur l'électrification des usages. Pour Brice Lalonde, président d'Équilibre des Énergies, cette électrification s'impose en France face à l'urgence climatique.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Les récents arbitrages gouvernementaux en matière de rénovation énergétique des bâtiments suscitent l'émoi de plusieurs associations, notamment celles qui mènent bataille pour éviter les gaspillages énergétiques et améliorer les rendements.
Cet excellent combat pour la sobriété et l'efficacité énergétique a contribué à la connaissance et à l'évaluation des systèmes énergétiques. Il a permis à de nombreux acteurs de réduire leur consommation et leurs factures d'énergie.
Bref, grâce à ces associations, la chasse à la calorie perdue est entrée dans les consciences.

Mais aujourd'hui, ces associations dénoncent par avance les mesures que pourrait prendre le Gouvernement dans le bâtiment et les transports au motif qu'elles favoriseraient l'électricité.
Rappelons que ce sont les bâtiments et les transports qui émettent le plus de gaz à effet de serre en France. Les tendances actuelles ne sont pas dans les clous de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Il est grand temps de s'en préoccuper.
Or, l'électricité est le vecteur d'énergie le plus décarboné grâce aux renouvelables et au nucléaire.

Un coefficient de conversion pénalisant

Pourquoi l'électricité fait-elle si peur au juste ? Parce qu'il faut la produire. Donc avant même d'être employée par l'utilisateur final, elle a consommé de l'énergie. Le gaz ou le pétrole, eux, sont brûlés à peu près dans l'état où ils ont été extraits du sous-sol. Pour certains, avoir recours à l'électricité s'apparente à un gaspillage. Il faut donc pénaliser l'usage de l'électricité par un handicap qui s'appelle « coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire ».

En 2010 la réglementation française du bâtiment (RT 2012) a suivi ce raisonnement et imposé un coefficient de 2,58 à l'électricité, signifiant que, quand un logement chauffé au gaz ou au fioul ne doit pas consommer plus de 50 kWh d'énergie par mètre carré et par an, le chauffage par l'électricité, lui, doit rester en dessous de 2,58 fois moins, soit moins de 20 kWh/m2/an. Le résultat de cette réglementation c'est que 75 % des logements collectifs neufs sont chauffés au gaz et que, du coup, le bâtiment envoie dans l'atmosphère beaucoup plus de CO2 que les préconisations de la stratégie nationale bas carbone.

Mettre la lutte contre le CO2 au premier plan

Curieusement, les anti-électricité ne s'intéressent pas au CO2, mais seulement aux calories. C'est pourquoi ils tiennent absolument à handicaper l'électricité par un « coefficient de conversion » élevé. Mais s'il y a bien une justification à économiser l'énergie primaire consommée pour produire de l'électricité lorsque cette énergie primaire est fossile, par exemple le charbon des centrales électriques allemandes, en revanche, lorsque l'électricité est produite par les barrages hydrauliques, le nucléaire ou les renouvelables, elle a l'énorme avantage d'être décarbonée, donc efficace contre le changement climatique. C'est donc elle qu'il faut encourager et c'est le CO2 inutilement émis dans l'atmosphère qu'il faut chasser, avant même la calorie perdue ; sauf si celle-ci est d'origine fossile.

Alors pourquoi avoir peur de l'électrification des bâtiments ? Par crainte que le recours accru à l'électricité décourage les efforts d'isolation ? Jusqu'ici c'est plutôt l'inverse qui s'est produit : les bâtiments chauffés à l'électricité ont toujours été mieux isolés que les autres. La future réglementation (RE 2020), en resserrant l'indice Bbiomax, qui caractérise la qualité thermique des bâtiments sous tous ses aspects (isolation, apports solaires, ventilation…), offre l'opportunité d'imposer à tous les logements un même niveau de performance, inspiré de celui retenu pour l'électricité dans la RT 2012.

Certains craignent le retour des convecteurs d'antan appelés « grille-pain ». La réalité, c'est que les nouveaux radiateurs sont connectés et pilotables, autorisant de substantielles économies et que, de plus en plus, c'est la pompe à chaleur qui s'impose comme la meilleure contribution de l'électricité à l'efficacité énergétique.

Certains craignent enfin que l'on garde les centrales nucléaires, voire que l'on en construise de nouvelles. Ah c'était donc ça ! Il fallait le dire tout de suite. Décidément les antinucléaires ne nous aident guère à lutter contre le changement climatique.

Avis d'expert proposé par Brice Lalonde, président d'Équilibre des Énergies

Réactions13 réactions à cet article

 

Brice Lalonde a bien raison d'appeler une nouvelle fois l'attention sur les effets pervers de ce funeste "coefficient d'énergie primaire": certes a-t-il l'apparence de la neutralité, partant des rendements du principe de Carnot, mais en réalité il aboutit à privilégier le gaz par rapport à l'électricité... La politique de fermeture rapide des centrales électriques au charbon va pourtant renforcer le caractère décarboné de l'électricité en France ! Il y a bien ces périodes où l'électricité allemande très carbonée s'exporte vers la France grâce à son prix fortement déprimé lorsque les éoliennes allemandes produisent massivement mais cette situation ne peut pas être durable ! Il serait absurde d'en tirer la conséquence que le gaz doive être préféré à l'électricité en France , que l'instrument utilisé pour aboutir à ce résultat soit le "coefficient de 2,58" dénoncé par Brice Lalonde ou ces "calculs" qui expliquent que l'électricité en France correspond à 60 kg de CO2 par MWh.
Bref, comme dit Brice Lalonde, si tout ceci est une façon soft de faire passer un message antinucléaire, c'est sans doute "bien joué" mais gare aux réactions quand la conséquence sera une perte de valeur claire d'un immeuble existant chauffé à l'électricité! Le consensus en France sur la nécessité d'agir pour protéger le climat ne tiendra pas longtemps si certains subissent un vrai préjudice du fait de l'utilisation trop habile de coefficients d'apparence rationnelle , neutre et loyale... D'apparence !!!

candide | 13 mars 2020 à 17h44
 
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"Mais aujourd'hui, ces associations dénoncent par avance les mesures que pourrait prendre le Gouvernement dans le bâtiment et les transports au motif qu'elles favoriseraient l'électricité."

Les mesures sont dénoncées parce qu'elles vont à l'encontre de la sobriété et de l'efficacité énergétique, pas parce qu'elles favorisent l'électricité. Brice Lalonde le sait bien, tout comme les défenseurs de l'électricité à tout crin ; EDF a récemment avoué que ces orientations permettraient de réduire le niveau d'isolation des logements chauffés à l'électricité...

Stéphane | 16 mars 2020 à 09h42
 
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"Mais aujourd'hui, ces associations dénoncent par avance les mesures que pourrait prendre le Gouvernement dans le bâtiment et les transports au motif qu'elles favoriseraient l'électricité."

Les mesures sont dénoncées parce qu'elles vont à l'encontre de la sobriété et de l'efficacité énergétique, pas parce qu'elles favorisent l'électricité. Brice Lalonde le sait bien, tout comme les défenseurs de l'électricité à tout crin ; EDF a récemment avoué que ces orientations permettraient de réduire le niveau d'isolation des logements chauffés à l'électricité...

Stéphane | 16 mars 2020 à 11h05
 
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L'isolation maxima est le coeur du problème . Les architectes et les promoteurs sont en première ligne .Quant à la production d' électricité éolienne ,elle ne peut que rester dérisoire alors que ses dommages sur nos sites culturels ou naturels ,eux , sont majeurs .

sirius | 16 mars 2020 à 11h20
 
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La triple conversion d'énergie entre le nucléaire et le chauffage avec des pertes conséquentes pour chacune de ces étapes n'est jamais prise en compte.
A l'heure des économie , les raisonnement doivent prendre en compte les opérations de production du "berceau au cercueil" ce qui n'est jamais fait dans le cas du nucléaire. N'en déplaise à Mr Lalonde ancien animateurs des amis de la terre....

renard37 | 16 mars 2020 à 11h46
 
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Le jour où on aura trouvé une énergie nucléaire dont on saura retraiter l'intégralité déchets et maîtriser les accidents , nous dirons oui, en attendant, c'est non et re non pour l'EPR. Parlez nous un peu de Fukushima et du dôme de Tchernobyl: où en est-on ?

gaïa94 | 16 mars 2020 à 12h30
 
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L'analyse est bonne, mais partielle : il y a ici une collusion de fait entre les zécolos anti-nucléaires et les gazo-pétroliers aux dents longues. Le maximum de cynisme est inscrit noir sur blanc dans la SNBC mouture 2020 : le gouvernement a bien pris note qu'une baisse importante du nucléaire, et son remplacement par des intermittentes, nécessiterait la construction d'autant de capacité de production à partir de gaz, et l'assume !

dmg | 16 mars 2020 à 16h18
 
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Je n'en reviens pas qu'une telle tribune soit donnée à des propos pareils dans actu environnement...

Rouxbarbe | 16 mars 2020 à 17h08
 
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Une chose me choque de la part de Brice Lalonde que j'ai connu en écologiste responsable c'est il parle d'électricité nucléaire qui, à mon avis , doit être remplacée au plus vite en raison de ses déchets.

wibart | 16 mars 2020 à 18h20
 
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Non au nucléaire non seulement il est dangereux mais en plus le retraiter est ruineux tout comme l'entretien des centrales et c'est une énergie fossile.

wibart | 16 mars 2020 à 18h22
 
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dans le mix énergétique, les énergies ne doivent pas être mises en concurrence mais être choisies pour leurs complémentarité et leurs capacité à lutter contre la production de CO2. Aujourd'hui et pour une centaine d'année encore, le nucléaire + l'hydraulique + le solaire thermique + la biomasse des déchets ménagers + la géothermie + 'habitat passif + le bois énergie devraient répondre à nos principaux besoins. Pour l'heure, il est urgent de fermer 100 % des centrales à charbon.

DUC | 16 mars 2020 à 19h59
 
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En l'état actuel de déploiement des sources d'énergie alternatives, il est clair que la promotion du chauffage électrique sous-tend celle de nouvelles centrales nucléaires avec, à la clé, plus de déchets à gérer pour des dizaines de milliers d'années. Ne nous leurrons pas : il ne s'agit plus de savoir si l'augmentation de la température moyenne à la surface du Globe va être contenue à "bien moins de 2°C" selon les objectifs de l'Accord de Paris. Il vaut mieux concentrer les moyens sur l'adaptation au réchauffement qui est quasi inéluctable.
Par ailleurs, on a envie de se pincer en lisant Mr. Lalonde qui s'est fait connaître comme membre fondateur de la section française des Amis de la Terre dont le slogan était, si je ne m'abuse "nucléaire, non merci !" Comme quoi tout est possible en matière de reniement.

JML | 17 mars 2020 à 10h48
 
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Le tout électrique est désormais un fait quasiment avéré partout, qu'on le veuille ou non et cela pose mille questions. Au delà des modalités de production, il en est une qui me taraude particulièrement à l'ère du tout informatisé : que se passera-t-il quand des hackers (très probablement encadrés par telle ou telle nation voyou) prendrons le contrôle de la fourniture de cette énergie et rançonneront ainsi les abonnés que nous sommes tous ? Je suis d'ailleurs agréablement surprise que cela n'ait pas déjà eu lieu à grande échelle. Ca ne doit pas être si complexe pour certains petits génies.

Pégase | 17 mars 2020 à 22h21
 
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