En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Réduire les émissions de méthane améliorerait l'efficacité de la lutte à court terme

Le méthane est le deuxième GES le plus important parmi les six inclus dans le protocole de Kyoto. À court terme, une stratégie spécifique au méthane renforcerait l'efficacité des politiques de réduction des émissions de GES. Explications.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
Réduire les émissions de méthane améliorerait l'efficacité de la lutte à court terme
   
Le méthane, en se transformant en C02 dans l'atmosphère, réduit progressivement son potentiel de réchauffement global (PRG). C'est pourquoi le quatrième rapport du GIEC indique un PRG à 20 ans 72 fois plus élevé que le C02, déclinant à 25 sur 100 ans et à 7,6 sur 500 ans. Or, les PRG retenus par la CCNUCC réduisent l'ensemble des GES en équivalent CO2, afin d'évaluer les options de réduction des émissions via le coût de la tonne de CO2eq évitée. Ainsi, ''à Kyoto, on a retenu des équivalences à 100 ans, considérant que les perturbations climatiques apparaitraient à cette échéance'' explique Benjamin Dessus, directeur de Global Chance.
Avec le PRG de 21 retenu à Kyoto, les 349 millions de tonnes de méthane émises en 2005, selon la base de données EDGAR (Emission Database for Global Atmospheric Research), représentent environ 15% du total des émissions de GES, et si l'on applique le PRG à 20 ans elles représenteraient environ 37% du nouveau total. ''L'accent mis sur le long terme masque l'urgence de la lutte contre les émissions de méthane et la décennie passée a montré l'importance d'un pic des émissions peu élevé d'ici 2015 à 2020'', analyse Benjamin Dessus.

Lutter contre les émissions de méthane

Selon les données EDGAR, en 2005 les émissions mondiales de méthane étaient principalement liées à trois secteurs : l'agriculture (40,7%), l'énergie (31,7%) et les déchets (18,4%). S'agissant de l'agriculture, les sources se décomposent entre la fermentation entérique du cheptel (68,2%), la culture du riz (23,9%) et la gestion des déjections animales (7,9%). Les émissions fugitives associées à l'énergie sont issues pour deux tiers de l'industrie pétrolière et gazière et pour un tiers de l'industrie charbonnière. Enfin, s'agissant des déchets, 55,3% des émissions proviennent du traitement des eaux usées et 44,6% de la mise en décharge des ordures.
Cependant, il est possible de réduire sensiblement les émissions de méthane avec des technologies simples et disponibles, d'autant plus que dans un contexte de hausse du prix des énergies, certaines de ces mesures s'autofinancent en partie grâce à la valorisation du méthane pour la production d'électricité. Ainsi, un rapport de l'Agence française de développement (AFD) estime qu'il existe un potentiel de réduction rapide des émissions de 30% par rapport au niveau actuel. De plus, pour Michel Colombier, directeur scientifique de l'IDDRI, ''une politique spécifique au méthane est rapidement applicable car elle remet peu en question les modes de vie, alors que la réduction des émissions de C02 requiert un débat de société plus profond''. En effet, mise à part la question agricole, qui ouvre le débat sur la place de la viande dans les régimes alimentaires, les politiques de lutte contre les émissions de méthane sont liées à des processus techniques de réduction des fuites du réseau gazier ou de captage du méthane dans les décharges, les stations d'épurations et les mines de charbon. De plus, une fois les dispositifs en place la réduction des rejets se poursuit dans le temps ce qui n'est pas le cas de toutes les mesures de réduction du CO2. ''Finalement il serait simple d'agir en mettant en place des outils réglementaires appropriés'' estime Michel Colombier.
Autre avantage, la réduction des émissions de méthane ne remet pas en cause la croissance des pays développés et le développement économique des pays du sud, contrairement à la réduction des émissions de C02 qui impose une transition énergétique complexe. Cet aspect est important car, ''sur le plan de l'évolution du climat, une action rapide sur les émissions de méthane permet de relâcher la contrainte temporelle qui pèse sur la réduction des émissions de CO2 qui réclame des changements structurels à longs terme'' analyse Benjamin Dessus.

Une action différenciée pour les émissions de méthane ?

Selon le rapport de l'AFD, l'Allemagne a réduit de 43% ses émissions de méthane entre 1990 et 2004 grâce à une politique appropriée. Cette réduction a le même impact sur le climat, pour un coût moindre, que la baisse de 14% des émissions de C02 sur la même période. Quant au MDP du protocole de Kyoto, 20% des projets concernent le méthane, selon le Risoe Centre du PNUE. Enfin, les Etats-Unis ont créé Methan to Market en 2004, afin de réduire les émissions au niveau international grâce aux techniques les plus rentables. Le programme a alloué 40 millions de dollars à 170 projets.
Pour favoriser la prise en compte du méthane à court terme, il serait possible de réévaluer son PRG dans le cadre de la CCNUCC. Cependant, les scientifiques craignent de brouiller le message, car les opinions publiques ont intégré la relation entre le CO2 et les changements climatiques. Les secteurs concernés se satisfont de l'accent mis sur les émissions de CO2 et de la mise à l'index du charbon. Quant aux acteurs du marché carbone, ils craignent une chute du prix du CO2 car il serait alors possible d'obtenir plus de crédits carbone via les projets MDP de réduction des émissions de méthane. De plus, ''le débat n'est pas là, il s'agit plutôt d'établir des programmes spécifiques au méthane car ils ne nécessitent pas de long débat de société et ils s'ajouteraient aux actions sur les émissions de C02 plus longues à développer'' précise Michel Colombier.
Enfin, dans le cadre des négociations internationales, une prise en compte d'ici 2030 de l'effet des programmes liés au méthane, ''permettrait de mieux comparer l'effort à court terme entre les pays développés'', explique Michel Colombier. En effet, si l'objectif américain pour 2020 est plus faible que celui proposé par l'Europe, ils sont néanmoins du même ordre en 2030. Or, les Etats-Unis ont un potentiel de réduction des émissions de méthane plus élevé que l'Union européenne. Une stratégie américaine propre au méthane, et sa prise en compte avec un PRG à plus court terme, permettrait de réduire l'écart d'ici à 2020 entre l'effort américain et celui des autres parties. ''Cependant, à Copenhague l'idée n'a pas était évoquée car les Etats ont proposé leur objectif sans ouvrir le dossier de la comparabilité des efforts'', conclut Michel Colombier.

Réactions2 réactions à cet article

 
Pas brouiller le message vers l'opinion publique

Bonjour, Louable de se soucier de ne pas brouiller le message dans l'avant dernier paragraphe. Vu le début du papier sur la variabilité temporelle des PRG, je doute que l'opinion comprenne grand chose. Donc, il faut absolument éduquer les gens au lieu de toujours simplifier!
On voit aussi que la position acquise des financiers sur le prix du CO2 réduit à néant les efforts.
Quel est le rendement (fuites) de la chaine gazière? Pourquoi ne pas faire tout de suite obligation aux constructeurs auto de mettre la moitié de leur production au méthane? le réseau existe déjà, suffit de mettre des compresseurs en station et un réservoir dans la voiture. Pas sûr que les pétroliers veuillent consommer une partie de leurs bénéfices à faire ça.

Gugu | 28 janvier 2010 à 08h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 
avez vous des exemples ?

Bonjour, effectivement le mécanisme est complexe mais je considère que la prévention des scientifiques sur le risque de brouillage sans objet...à quoi cela sert d'expliquer tout le raisonnement scientifique pour le citoyen lambda que je suis ?
Me dire que le méthane est aussi un GES et qu'il faut, aussi, le réduire me suffit, je n'en demande pas plus. Libre à ceux qui veulent s'instruire de le faire cela est louable.
Réduire les émissions de GES, comme toutes les actions de développement durable, n'est pas une action scientifique du tout c'est une action collective partant de constats certes scientifiques mais chacun apporte sa pierre, les scientifiques ont un rôle essentiel mais insuffisant sans les décideurs, les citoyens, les associations etc...
Justement j'en viens au côté concret : avez-vous fait un article sur les différentes façons de réduire le méthane ou de l'exploiter ?
Y compris sur ce que je peux faire moi petit analphabète de la science au quotidien ?
J'ai déjà réduit ma consommation de viande (3 fois par semaine) par exemple.
Merci beaucoup pour vos articles, je vous fais de la pub autour de moi !
Cordialement.

damien paris | 28 janvier 2010 à 10h11
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…