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Emmanuel Macron : sa promesse et les dossiers pour débuter son second mandat

Après cinq ans à la tête de l'État, Emmanuel Macron vient d'être réélu. Promettant un « quinquennat écologique », le président « restant » a déjà de nombreux dossiers à traiter sur les plans national et européen. De quoi faire de sa promesse une réalité.

Gouvernance  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Emmanuel Macron : sa promesse et les dossiers pour débuter son second mandat

« Faire de la France une grande nation écologique, c'est notre projet », a clamé Emmanuel Macron sur Twitter, le 24 avril, le soir de sa réélection au poste de président de la République. « C'est une belle promesse, rétorque Arnaud Schwartz, président de l'association France nature environnement (FNE). Elle doit engager celui qui l'a formulée. » Et elle n'est pas la seule. Durant sa campagne, le candidat-président n'a cessé d'en faire : planter 140 millions d'arbres, rénover 700 000 logements par an, installer 500 000 bornes de recharge d'ici à 2027, restaurer 10 lignes de trains de nuit, etc.

Ces promesses se réduisent uniquement à des « déclarations incantatoires » auxquelles il est impossible d'apporter du crédit, « au vu du bilan sur le front climatique et écologique durant le dernier quinquennat », selon les mots de Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace de France, dans un communiqué. Un constat partagé par la directrice du plaidoyer et de la prospective de la Fondation pour la nature et l'homme (FNH), Amandine Lebreton-Garnier, qui rappelle les deux condamnations pour inaction climatique sous son premier mandat, le retard accumulé sur le développement des énergies renouvelables par rapport aux objectifs européens ou encore le retour en arrière sur l'interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Si le chef de l'État réélu à 58,5 % des voix veut tenir sa promesse, « ce quinquennat devra être foncièrement différent du précédent, autant sur la vision que sur la méthode », avertit-elle.

La planification écologique comme gouvernail ?

Pour aller dans ce sens, Emmanuel Macron, pressé notamment par le score de Jean-Luc Mélenchon (21,9 %) au premier tour, a rajouté une dernière promesse à son programme : la nomination d'un Premier ministre directement chargé de la planification écologique, secondé par deux autres ministères chargés respectivement des planifications énergétique et territoriale. Cette reconfiguration des missions actuellement exercées par le ministère de la Transition écologique devrait se concrétiser autour du 13 mai prochain, jour de l'investiture du président « restant » – à moins que les cartes ne soient rebattues le mois suivant, à la suite des élections législatives.

Associations, groupes de réflexion, experts du climat comme de l'économie, la majorité d'entre eux perçoivent a priori cette nouvelle forme ambitieuse de gouvernance comme une première preuve de bonne volonté de la part du président. « La transition deviendrait le projet organisateur de la France », se réjouit même Sébastien Treyer, directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Que le défi climatique devienne une grille de décisions pour toutes les politiques publiques, c'est ce que nous portons depuis des années. Mais ce qui nous importe, ce sont les faits », rebondit, prudente, Amandine Lebreton-Garnier.

La nouvelle fiche de poste imaginée par Emmanuel Macron pour le futur chef de son gouvernement endosse de nombreuses responsabilités. Jouer les « maîtres d'œuvre » ne sera pas suffisant. Avant tout, pour être à la hauteur de la promesse, « Matignon devra être redevable des objectifs climatiques fixés par la France, avance Anne Bringault, coordinatrice des programmes du Réseau action climat (RAC). Il devra être aussi susceptible de taper du poing sur la table pour contrer les intérêts contraires du ministère de l'Agriculture ou de Bercy. » Planificateur, le prochain Premier ministre aura donc également à endosser le rôle de médiateur : « Une personne capable de s'entourer des différentes parties prenantes porteuses d'une expertise en la matière, comme nos associations », ajoute Arnaud Schwartz.

 
Centrer la vision écologique sur la question de l'énergie nous rendrait borgne  
Amandine Lebreton-Garnier, FNH
 
Cet enthousiasme nuancé demeure, s'agissant des deux ministères prévus à ses côtés. « La transition écologique se joue effectivement beaucoup à l'échelle des territoires, remarque Anne Bringault, concernant le projet de ministère chargé de la Planification territoriale. Mettre de l'ordre et de la cohérence dans les différents documents existants, comme les Sraddet et le PCAET, serait l'une des premières choses à faire. » Par ailleurs, si Sébastien Treyer, de l'Iddri, soutient l'idée d'un ministère de l'Énergie« avec une responsabilisation accrue vis-à-vis des acteurs [du secteur] », il espère que ce dernier ne s'occupera pas seulement de la planification des infrastructures : « Le système énergétique doit être pensé selon l'offre, mais aussi selon la demande, et donc intégrer un degré de sobriété. » Amandine Lebreton-Garnier, de FNH, quant à elle, craint une prépondérance des questions énergétiques sur le reste des dimensions environnementales à traiter : « Centrer la vision écologique sur la question de l'énergie nous rendrait borgne. La crise climatique ne s'affronte pas sans lutter contre l'effondrement de la biodiversité, trop souvent la grande oubliée. »

Un agenda législatif très dense

Avec ou sans ce chamboule-tout ministériel, l'agenda politique du nouveau quinquennat dans lequel s'engage Emmanuel Macron est déjà bien chargé. Sur le plan national, le gouvernement devra d'abord établir, cet automne, son budget pour les cinq années à venir, et le conjuguer à la loi de finances pour l'année 2023. Lorsqu'il était encore candidat, le locataire de l'Élysée s'était engagé à réserver une enveloppe annuelle supplémentaire de dix milliards d'euros d'investissements publics pour la transition écologique. Pour Benoit Leguet, directeur de l'Institut de l'économie climatique (I4CE), cela risque d'être insuffisant : « D'après nos estimations, accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, soutenir la mobilité bas carbone et décarboner la production d'énergie nécessiterait plutôt 25 milliards d'euros par an, sans compter les investissements pour les autres secteurs et les mesures d'accompagnement. »

En parallèle, la nouvelle Stratégie française énergie-climat (Sfec) sera décidée courant 2023. Le fléchage des budgets aura donc également un impact sur l'élaboration des prochaines programmations pluriannuelles de l'énergie (PPE), du Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) et de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) qui la composeront. « Jusqu'ici, aucun autre ministère que celui de la Transition écologique n'était tenu de suivre les directives de ces documents stratégiques. Avec la reformulation du rôle du Premier ministre, c'est l'occasion de construire un nouveau contrat de mise en œuvre à l'échelle de l'ensemble du gouvernement », souligne Benoit Leguet.

En outre, en plus d'une future loi santé-environnement encore floue, le président souhaite lancer une nouvelle loi d'orientation agricole pour traduire l'ambition verte du « Green Deal » européen. « Nous avons tout à gagner à verdir notre politique agricole, en octroyant des besoins humains et financiers suffisamment bien pensés pour que les producteurs puissent transformer leurs pratiques », remarque le président de FNE. Cette loi ne doit néanmoins pas obscurcir une autre échéance pour la France en la matière : la révision de son plan stratégie national (PSN), récemment retoqué par la Commission européenne dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). « La France doit mieux soutenir l'agriculture biologique et lutter contre la dépendance des agriculteurs aux pesticides », souligne Amandine Lebreton-Garnier, de FNH.

Les enjeux européens s'accumulent

Sur le plan européen, justement, la France aura fort à faire dans les prochains mois. Présidente du Conseil de l'Union européenne jusqu'à la fin du mois de juin, elle devra assurer la réunion extraordinaire du Conseil européen, le 30 mai prochain, afin de répondre à une crise à la fois géopolitique et énergétique. Ce 26 avril, deux mois après le début de la guerre opposant l'Ukraine à la Russie, Gazprom, géant russe de l'industrie pétrogazière, a décidé d'interrompre les livraisons de gaz naturel à la Pologne et à la Bulgarie – remettant à nouveau en cause la stabilité énergétique de l'Europe pour les mois à venir. « Jamais un début de quinquennat n'a été aussi marqué par la question européenne et jamais cette dernière n'a été aussi confrontée au sujet de l'énergie, atteste Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre énergie de l'Institut Jacques-Delors. L'Allemagne post-Merkel tâtonne dans sa réponse. Le rôle d'Emmanuel Macron sera donc central. »

Enfin, l'adoption, d'ici à la fin de 2022 ou du début de 2023, du paquet législatif « Fit-for-55 » devra pousser la France à accélérer la cadence de sa transition écologique. « Il s'agit d'un potentiel big bang réglementaire, du plus grand changement depuis la création du marché unique dans les années 1990 », assure Thomas Pellerin-Carlin. Et en tant que seul État membre de l'Union à ne pas avoir respecté son objectif de développement des énergies renouvelables en 2020, elle a encore du pain sur la planche.

Réactions2 réactions à cet article

 

Emmanuel Macron n'a aucune envie de satisfaire les écologistes et il ne s'y résoudra que contraint et forcé. Les fortunés pour lesquels il travaille se fichent de savoir si la Planète sera vivable derrière eux, ils n'ont qu'une idée en tête, s'en mettre plein les poches et très vite, sachant justement qu'ils n'y a pas de planète B et que leur capitalisme va s'effondrer. Donc il va trouver encore des mensonges et des prétextes pour remettre à plus tard. A nous d'être vigilants et ne plus nous laisser berner. Les conventions citoyennes c'est fini, on a compris que ce n'était que des leurres. Et attention au modèle agricole qui sera proposé: Macron n'a qu'une seule idée : favoriser les cultures sous serres, voire hors sol, avec des intrants chimiques, éclairées sous LED 24 h/24 h et 365j/365 et s'il n'y avait que ça ! Bétonnages tous azimuts en perspectives pour le Grand Paris, éoliennes sans condition, nucléaire partout , exploitation planifiée des forêts avec essences à croissance rapide...c'est ça les millions d'arbres prévus! Etc...etc...et vous verrez que je suis encore en dessous de la réalité qu'il va nous proposer.

gaïa94 | 30 avril 2022 à 20h01
 
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Remplacer Fessenheim par du charbon : un acte emblématique de Macron "en faveur" de l'environnement... Et tout le reste est à l'avenant. On a fort bien compris que ses discours ne l'engageaient en aucune manière. Dernière en date, qui augure bien mal de la suite : autoriser Engie à contracter avec les US pour acheter du GNL de schiste, soi-disant pour pallier un arrêt possible du gaz russe !

dmg | 03 mai 2022 à 14h36
 
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