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L'énergie grise : un levier pour des bâtiments moins énergivores

Encore peu utilisée aujourd'hui, l'énergie grise permet de dégager des économies dans la consommation globale d'un bâtiment. L'outil manque toutefois d'une définition normalisée et de bases de données plus étoffées.

Aménagement  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com

Comment mettre au régime le secteur particulièrement énergivore du bâtiment, responsable de 44% de la consommation d'énergie finale en France ? Dans un contexte d'élaboration du projet de loi sur la transition énergétique, cette question prend une acuité particulière.

Une des stratégies envisagées par le gouvernement consiste à réduire le nombre de passoires énergétiques : l'Etat vise notamment la rénovation de 500.000 logements par an à compter de 2017. Encore peu utilisée la traque de l'énergie grise dans les bâtiments pourrait compter à l'avenir dans la conception comme la rénovation. Aujourd'hui, cet indicateur est surtout utilisé en aval du chantier, dans un objectif d'amélioration de la connaissance des impacts et de façon minoritaire comme outil d'aide à la décision en début de construction.

Si l'énergie grise ne dispose pas, pour le moment, de définition normalisée, elle comprend généralement l'ensemble des consommations d'énergie mises en jeu. Cette notion englobe donc l'énergie utilisée lors de la construction, l'entretien et la fin de vie du bâtiment. L'intérêt de cet indicateur ? Mettre l'accent sur l'importance du choix des matériaux. En effet, un bâtiment avec de bonnes performances d'énergie d'usage n'implique pas qu'il soit constitué de matériaux peu énergivores. De plus, avec le développement des bâtiments de plus en plus performants, la part de ce type d'énergie a tendance à devenir plus significative. "Pour réduire l'énergie d'usage, nous allons vers des bâtiments de plus en plus complexes et donc il faut travailler sur l'énergie grise", note Vincent Rigassi, architecte dans l'Atelier RA2, lors des 2e rencontres nationales de l'énergie grise à Lyon.

Différentes hypothèses pour le calcul de l'énergie grise

Pour calculer l'énergie grise d'un bâtiment, la méthode utilisée est celle de l'analyse du cycle de vie. Selon les "écoles", les hypothèses de départ varient : certains prennent en compte l'énergie primaire totale (extraite dans le milieu naturel avant transformation), d'autres que l'énergie renouvelable ou encore uniquement l'énergie non renouvelable (approche du nord de l'Europe). Une seconde distinction est opérée entre l'"énergie matière" (incorporée dans le matériau) et l'"énergie procédé" (nécessaire au processus de transformation). Par exemple, le polystyrène nécessite de l'énergie pour sa confection et son transport mais présente également un pouvoir calorifique à travers le pétrole qui le compose. En fonction des hypothèses, l'interprétation des résultats devra donc être différente. Le calcul de l'énergie grise implique également de réaliser un inventaire des données sur les matériaux et produits utilisés. Ces informations peuvent se retrouver sur les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES).

Depuis le 1er janvier 2014, tout fabricant de produits de construction mettant en avant une caractéristique environnementale (recyclable, éco conçu, etc.) doit en effet obligatoirement fournir cette déclaration. Energie, épuisement des ressources, eau, déchets, changement climatique, etc. elle comprend le profil environnemental complet du produit basé sur l'analyse de son cycle de vie. "Réaliser une analyse multicritère s'avère assez complexe, généralement les deux indicateurs que nous retrouvons sont l'énergie grise et les effets sur le changement climatique, en équivalent CO2", explique Vincent Rigassi. Ces fiches sont regroupées sur la base nationale française de référence sur les impacts environnementaux et sanitaires des produits, équipements et services pour l'évaluation de la performance environnementale des ouvrages (Inies). Pour tenter d'harmoniser ces outils au niveau européen, la Commission a chargé un groupe d'experts d'élaborer des normes qui permettent d'évaluer l'impact environnemental des produits de construction : la NF EN 15804, et celui des bâtiments : la NF 15978.

Des bases de données non exhaustives

Un des problèmes qui demeure toutefois est l'exhaustivité des bases sur les produits de construction. "Les fabricants ne font pas réaliser des fiches pour tous leurs produits car l'investissement est important. Pour des produits génériques pour lesquels il n'y a pas vraiment d'intérêts commerciaux, c'est plus difficile, pointe Vincent Rigassi. Les fiches pour le bois français sont assez mal définies : c'est un mélange entre des données françaises et internationales. Les données lacunaires restent également pour la terre ou la pierre".

Pour certains matériaux, des collectivités ou l'Etat ont pris le relais. Ainsi désormais avec une ACV financée par le ministère de l'Agriculture, la construction en paille dispose de fiches de déclaration environnementale et sanitaire. La région Rhône-Alpes a également financé une analyse de cycle de vie pour les bois (FDES ossature, bardage, charpente) de la région dans le cadre d'une mission de la fédération forêt-bois Rhône-Alpes (Fibra) réalisée par Créabois et IFB 42. Des bases de données étrangères comme celle du Joint Research Center peuvent également être utilisées. En gardant à l'esprit les différences de mix énergétique et de processus de production, selon Vincent Rigassi, la base de données génériques environnementales suisse KBOB peut constituer un bon appui. "Ce qui est intéressant, ce n'est pas la valeur en elle-même mais c'est la comparaison des systèmes constructifs, souligne-t-il. Quand nous utilisons la même base pour comparer deux ou trois systèmes constructifs donnés, les valeurs relatives restnte pertinentes".

A l'énergie d'usage et grise doit également s'ajouter la prise en compte des transports dans le bilan énergétique. "L'énergie grise n'est qu'un critère et le choix des produits ou matériaux doit idéalement se faire en fonction de tous leurs impacts (sur l'air, l'eau, le sol, etc.) afin de ne pas déplacer les pollutions d'une catégorie à l'autre", rappelle Rhônalpénergie.

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