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EnR : les records d'investissements mondiaux profitent peu à la chaleur renouvelable

En 2015, la chaleur profite peu de la spectaculaire croissance des énergies renouvelables, notamment parce que les Etats concentrent leurs soutiens sur le développement des renouvelables électriques. Celles-ci concurrencent la chaleur renouvelable.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

L'année 2015 a été "exceptionnelle" pour les énergies renouvelables, notamment parce que leur compétitivité est reconnue "dans de nombreux pays". En 2015, 147 gigawatts (GW) de capacité de production à partir des renouvelables ont été installés dans le monde, un niveau "sans précédent". Mais sur ce total, seulement 38 GW thermiques correspondent à de nouvelles capacités de production de chaleur.

 
Le solaire thermique bénéficie de sa capacité installée Si la progression du solaire thermique ralentit en 2015, la capacité installée est importante, puisqu'elle atteint 435 GW thermiques. Ce bon résultat s'explique principalement par une base installée élevée dès le milieu des années 2000. Ainsi, en 2005, plus de 100 GW étaient déjà installés et en 2009 les capacités dépassaient les 200 GW.

En comparaison, le photovoltaïque n'a atteint les 100 GW de puissance installée qu'en 2012 et il n'a fallu que trois ans pour dépasser les 200 GW (227 GW en 2015).
 
C'est ce qui ressort du rapport annuel de REN21 publié mercredi 1er juin. Cette étude réalisée par un réseau mondial de parties prenantes des politiques liées aux renouvelables dresse un panorama du déploiement des énergies renouvelables dans le monde.

Un potentiel de croissance inhibé

Certes, le rapport estime que l'année 2015 est marquée par une attention accrue portée aux renouvelables thermiques, mais de nombreuses difficultés continuent à "inhiber le potentiel de croissance" du secteur. L'enjeu n'est pourtant pas anodin, puisque la consommation de chaleur représente environ la moitié de la consommation énergétique finale mondiale, selon l'Agence internationale à l'énergie (AIE). Si la part des renouvelables atteint 25% de la consommation finale de chaleur, ce bon résultat est principalement lié à l'usage du bois de chauffage dans les pays en développement qui représente les deux tiers du total. Les renouvelables "modernes", comme les appelle REN21, ne représentent qu'environ 8% des besoins en chaleur et en froid des bâtiments et de l'industrie. L'écrasante majorité (90%) de ces 8% est composée de biomasse. La contribution du solaire (8%) et de la géothermie (2%) est marginale. Finalement, les trois-quarts de la production de chaleur restent issus des énergies fossiles.

Bien sûr, la chaleur renouvelable progresse, mais 2015 "a été marquée par un ralentissement de son taux de croissance mondial". En cause ? Le prix bas du pétrole, mais pas seulement, loin s'en faut. L'un des principaux facteurs pour expliquer ce retard par rapport aux énergies renouvelables électriques est le peu de soutien accordé à la chaleur dans les politiques nationales. Tout d'abord, ces politiques sont bien trop rares : seulement 47 pays ont adopté des objectifs pour la chaleur renouvelable sur les 146 qui ont élaboré une politique en matière d'énergies renouvelables. Parmi ces 47 pays, seule une vingtaine semble effectivement engagée dans la mise en œuvre de politiques concrètes, un chiffre qui ne progresse pas. En comparaison, le domaine de l'électricité est plus favorisé, puisque 110 Etats (ou régions) ont mis en place des tarifs d'achat et 64 ont lancé des appels d'offres. De plus, lorsqu'elles existent, les politiques publiques visent presque uniquement les besoins de chaleur, laissant de côté le froid renouvelable. Le plus souvent, les aides se limitent à un soutien fiscal accordé au solaire thermique de petite taille dans le résidentiel et le tertiaire. Le chauffe-eau solaire est l'alpha et l'oméga de la plupart des politiques de soutien.

Solaire thermique contre photovoltaïque ?

Sans surprise, les nouvelles puissances installées sont limités comparativement aux énergies renouvelables électriques. Quand les capacités éoliennes progressent de 65 GW (pour un cumul à 433 GW) en 2015 et les installations photovoltaïques de 50 GW (pour un cumul à 227 GW), les énergies renouvelables thermiques affichent des résultats moins brillants.

Le solaire thermique est le secteur qui tire le mieux son épingle du jeu, avec des capacités additionnelles de l'ordre de 26 GW thermiques en 2015, portant le total à 435 GW. Toutefois, avec une progression de 6% sur un an, le marché affiche un taux de croissance relativement faible et en baisse sensible par rapport à la moyenne 2010-2015 (12%). En comparaison, le photovoltaïque progresse de 25% sur la même année. Ce dernier concurrence le solaire thermique, notamment dans le résidentiel, estime d'ailleurs REN21. En dehors du résidentiel et du tertiaire, le solaire thermique est cantonné à quelques industries qui ont des besoins de chaleur en basse température : agroalimentaire et industrie de cuivre, en particulier. S'agissant des pays leaders, le marché du solaire thermique reste très concentré en Chine, puisque l'Empire du milieu totalise quelque 77% des nouvelles installations. Le Danemark, Israël, le Mexique, la Pologne et la Turquie complètent la liste des pays leaders dans le domaine. REN21 signale aussi que le lancement d'un projet de 1 GW pour un réseau collectif à Oman, pourrait lancer l'intérêt pour le solaire thermique de grande échelle.

La chaleur produite à partir de la biomasse progresse lentement, elle aussi. Le taux de croissance sur un an atteint 3%. Ce taux s'élève à 8% en Chine, au Japon, en Allemagne et au Royaume-Uni. Les pays de la Baltique et l'Europe de l'Est affichent les meilleurs résultats pour les réseaux de chaleur, conformément à l'avance acquise de longue date dans ce domaine. Quant à la géothermie, elle affiche 1,2 GW de nouvelles capacités installées, ce qui porte la puissance installée totale à 21,7 GW. Comme ses homologues, elle présente un faible taux de croissance à 3%.

Réactions1 réaction à cet article

 

Bonjour,
J'ai dû relire l'article à deux fois pour me persuader que j'avais bien lu !!!
Je suis totalement estomaqué : le terme de Pompe A Chaleur n'est pas cité une seule fois ... comme si les PAC ne participaient pas des EnR Thermiques.
Et pourtant si l'on prend la récente PPE, pour la seule France les objectifs des PAC en production d'énergie sont :
31 décembre 2018 2.200 ktep
31 décembre 2023 Option basse : 2.800 ktep
Option haute : 3.200 ktep
Lors que les objectifs de production d'énergie pour le solaire thermique sont :
31 décembre 2018 180 ktep
31 décembre 2023 Option basse : 270 ktep
Option haute : 400 ktep
... soit des écarts actuels supérieurs de 1 à 10 et à terme de 1 à 8 !!!
J'ai énormément de mal à comprendre cette forme d'ostracisme qui frappe de façon assez récurrente, y compris parfois au niveau des Pouvoirs publics, les PAC dans la reconnaissance de leur statut d'EnR Thermiques.
Serait-ce par le fait qu'à largement plus de 90% elles sont mues par l'énergie électrique ... qui en France est majoritairement issue du nucléaire ?
J'aimerai connaître votre lecture de ce fait ... et celle de vos lecteurs.
David BONNET
Président d'honneur de l'AFPAC
DBT EnR Consult
Consultant EnR

PACMAN | 03 juin 2016 à 10h54
 
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