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Conférence de Poznan : les négociations s'enlisent

Malgré l'arrivée des ministres de l'environnement à Poznan (Pologne), la 14e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique peine à trouver un second souffle alors que le Protocole de Kyoto doit déboucher sur une perspective de long terme.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
Alors que la conférence entre dans la phase de la décision politique, après dix jours de pourparlers techniques au sein des quatre principaux groupes de travail, rien n'est vraiment décidé dans les multiples enceintes de la négociation qui se déroule dans le palais des congrès de l'austère ville de Poznan. Comme souvent dans cette complexe rhétorique climatique, la stratégie des négociateurs consiste à gagner du temps pour reculer les échéances qui doivent mener aux futurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés. Cette échéance est pourtant de plus en plus imminente, puisque les parties prenantes à cette négociation n'ont plus qu'un an pour boucler la poursuite du protocole de Kyoto, au-delà de sa première période, qui s'achève en 2012. Les prochains scénarii d'émissions devront en effet tenir compte des préconisations formulées par le GIEC, selon lesquelles la hausse de la température globale doit être impérativement stabilisée à + 2 degrés Celcius. Même à ce niveau de stabilisation, les petits Etats insulaires, voix de la raison écologique dans ces négociations, rappellent que 85% des coraux vont disparaître. Les atolls du Pacifique et le continent africain vont endurer les impacts les plus violents du réchauffement global. Désertification rapide, érosion des côtes, crues violentes, impacts sur l'agriculture se font déjà sentir. Ils réclament une conduite exemplaire de la part des pays industrialisés, et l'abondement urgent du Fonds pour l'adaptation aux impacts du réchauffement, qui devrait recueillir 40 milliards de dollars par an pour réunir les fonds nécessaires au financement des plans nationaux d'adaptation requis dans les pays vulnérables.

Le fonds de la survie

Le premier ministre de Tuvalu, Etat du Pacifique sud, l'a rappelé dans son discours en plénière ce jeudi 11 décembre, le fonds pour l'adaptation est le fonds de la survie pour Tuvalu et beaucoup d'autres pays. Mais je dois vous dire que nous sommes particulièrement inquiets de la manière dont les négociations sur le fonds pour l'adaptation se déroulent (…). Les pays les plus vulnérables doivent pouvoir accéder à ces financements sans délai. Nous ne voulons pas que ce fonds finisse comme les autres fonds administrés par le Fonds pour l'environnement mondial, où ceux qui parviennent à obtenir des financements sont ceux qui peuvent se payer des consultants spécialisés.
Il est prévu que ce fonds soit abondé par le prélèvement d'une contribution sur les quotas de CO2 issus des mécanismes de développement propre, qui permettent aux pays industrialisés d'effectuer des investissements dans des technologies non polluantes au Sud. Et les pays en développement ont proposé à Poznan une extension de ce prélèvement à l'ensemble des mécanismes impliquant des quotas de CO2 supplémentaires, qui permettrait de dégager plus de recettes pour protéger les pays les plus fragiles et financer la réduction des émissions par la structuration de filières industrielles propres.
Mais aucune proposition décisive de financement pérenne n'est encore sortie de la négociation, alors que ce ne sont pas les idées qui manquent. La Norvège a ainsi proposé de mettre aux enchères une partie des allocations qui seront ouvertes par le marché carbone. C'est aussi l'idée de l'Union Européenne, soumise à une âpre négociation dans le cadre de son « paquet » climat-énergie, qui recule devant la pression de ses industries lourdes, déterminées à refuser de payer leur dîme pour accéder aux quotas de CO2 européens sous couvert de compétitivité économique. Cet affaiblissement prévisible du plan climat européen privera le système d'une partie de recettes qui auraient été les bienvenues en ces temps de crise financière. De même, le Mexique a proposé de mettre en place un fonds « vert » financé par des subventions publiques, et la Suisse a travaillé sur une proposition de taxe carbone.

En attendant les États-Unis

On cherchera vainement à Poznan la synthèse de toutes ces propositions. Pourtant, cette conférence d'étape devait être centrée sur l'affirmation de l'architecture financière du Protocole de Kyoto, qui doit engager la planète sur la voie de la révolution verte et de sociétés à basses émissions de carbone. Un cadre de financement public pérenne et stable donnerait confiance aux pays du sud, qui attendent des signes forts de la part des pays industrialisés, au-delà du saupoudrage des investissements privés, plus aléatoires.
Pour l'heure, si la négociation piétine, le calendrier est fixé pour la suite, et plusieurs réunions d'étape se dérouleront, dès mars 2009, pour préparer la conférence de Copenhague, qui devrait être décisive. L'absence de la nouvelle administration américaine, qui entrera en fonction le 20 janvier, handicape les pourparlers de Poznan. Mais partout dans les couloirs, de side-events en conférences de presse, les ONG environnementales américaines annoncent que l'Amérique est prête (America is ready) à rejoindre le reste du monde dans la bataille du climat. Le président Obama a réitéré son engagement en faveur d'une réduction de 80% des émissions de GES américaines à l'horizon 2050. Tandis que l'Europe s'enlise sous le poids de son paquet climat, les Etats-Unis pourraient bientôt apporter un vent de créativité politique à ces négociations, qui souffrent aujourd'hui d'un excès de complexité et de l'absence d'un axe de détermination.

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