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Eolien flottant : les démonstrateurs livrent leurs premiers enseignements

Alors que la France devrait lancer un appel d'offres pour des fermes commerciales en 2019, les premiers démonstrateurs d'éolien flottant livrent leurs retours d'expérience. Positifs, même si de nombreux défis restent à relever pour réduire les coûts.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Eolien flottant : les démonstrateurs livrent leurs premiers enseignements

"Beaucoup de défis restent à relever et à prendre au sérieux avant la phase commerciale dans sept ou huit ans", estime Rhodri James. Son organisme, the Carbon Trust, a mené un travail sur les défis technologiques et la R&D, avec le gouvernement écossais et 12 acteurs clés du secteurs. Conclusions : les défis sont nombreux, pour parvenir à rendre l'éolien flottant compétitif. Optimisation des process de construction, de la logistique, de la maintenance, de la connexion aux réseaux en font partie. Mais les retours d'expérience des premiers démonstrateurs sont plus qu'encourageants. A l'instar de ceux de la ferme écossaise Hywind, qui turbine depuis septembre 2017, et a même résisté à la tempête Ophélia, qui a causé de nombreux dégâts dans le nord de l'Europe en octobre.

Hywind : des performances au delà des attentes

 
La construction est réalisée à terre, donc il y a moins de coûts, moins de risques… La maintenance peut aussi se faire à terre.  
Guillaume Ardoise, Principle Power
 
"Après six mois d'exploitations, les performances sont très bonnes", raconte Halvor Hoen Hersleth, de Statoil. Les cinq éoliennes de la première ferme flottante au monde ont transformé l'essai. "Il n'y a pas eu d'incident majeur. La mise en service et le démarrage ont été un succès. Nous avons connu quelques soucis de turbines et d'onduleurs à réparer sur place, une opération complexifiée par la météo. Mais à l'exploitation, les performances se sont révélées très stables et au delà de nos attentes".

Le parc, installé à 25 km au large de Peterhead, d'une puissance de 30 MW, devrait fournir l'électricité de 20.000 foyers, estime Statoil. "En novembre, le parc a produit en deçà du budget, à cause de la météo qui nous empêchait d'intervenir. En décembre, nous étions plus ou moins dans le budget. Et en janvier-février, le parc a approché les 100% de disponibilité, générant de l'électricité 10% au delà du budget", souligne Halvor Hoen Hersleth.

Les éoliennes de 254 mètres de hauteur (176 sur l'eau et 78 en dessous) ont même résisté à la tempête Ophélia en octobre. "Quelques turbines se sont arrêtées car le vent était plus fort que ce qu'elles pouvaient supporter. Elles se sont mises en drapeau. Et malgré la forte houle, avec des vagues de 11 ou 12 mètres de haut, elles ont démontré une bonne stabilité".

Si ces premiers retours sont très positifs, Statoil est conscient des marges de progrès à accomplir : "On teste, on vérifie la technologie". L'ambition de la compagnie norvégienne est de réduire les coûts du mégawatt de moitié d'ici 2023. Et d'atteindre 40 à 60€/MWh d'ici 2030.

Ferme Hywind © Statoil
 

Les acteurs sont dans les starting blocks

Un objectif partagé par l'ensemble de la filière, comme l'explique Guillaume Ardoise, manager chez le développeur Principle power, qui planche sur deux projets commerciaux pour 2019 : "Si on regarde les éoliennes fixes, les coûts sont aujourd'hui autour de 120 €/MWh. D'ici 2025, le prix devrait baisser à 50€/MWh". Les turbines grossissent (jusqu'à 12 MW), le coût du financement baisse à mesure que les risques sont levés, les processus sont optimisés… L'éolien flottant pourrait bénéficier de cette même évolution, d'autant qu'il affiche certains atouts par rapport à l'éolien fixe : "La construction est réalisée à terre, donc il y a moins de coûts, moins de risques… La maintenance peut aussi se faire à terre". La filière bénéficie également du retour d'expérience des industries pétrolières et gazières offshore : "Nous ne sommes pas en terra incognita".

De plus, l'éolien flottant permet d'exploiter un plus large gisement en atteignant des sites que ne peuvent pas couvrir les technologies fixes et de meilleures ressources en vent, comme le démontre la ferme Hywind. "Le flottant peut et sera compétitif. Mais il faut des appels d'offres commerciaux, du volume, de la visibilité, dès maintenant", souligne Guillaume Ardoise.

Selon Gilles Dickson, de WindEurope, il faudrait atteindre un rythme de croisière de 6 GW par an pour réduire les coûts de la technologie. La filière craint "une vallée de la mort" entre la phase de démonstration et les premiers projets commerciaux : "Il ne se passe pas grand chose avant 2025", analyse Jesper Moller, de Siemens Gamesa RE. L'équipementier, qui participe au projet Hywind, planche sur un projet commercial à l'horizon 2022. Il participera également au démonstrateur français de Provence Grand large, prévu pour 2020.

Des appels d'offres annuels en France ?

Justement, la France se prépare à la phase commerciale. Après avoir lancé quatre projets de démonstration, qui devraient voir le jour d'ici 2020-2021, elle devrait rapidement annoncer des appels d'offres pour des parcs de plus grande échelle. "La première programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) prévoyait entre 200 et 2.000 MW de projets d'énergie marine, en fonction du retour d'expérience des projets pilotes. La prochaine PPE, en cours d'élaboration, devrait fixer de nouveaux objectifs pour 2028 et un calendrier des appels d'offres par filière. Pour l'éolien flottant, il y aura peut-être des appels d'offres annuels lancés dès 2019 pour la Bretagne et la Méditerranée", indique Laurent Michel, directeur général de l'énergie et du climat, au ministère de la Transition écologique et solidaire. Les études techniques du littoral ont permis d'évaluer le potentiel français pour l'éolien flottant dans la Manche (mais avec de fortes contraintes liées à la navigation), en Bretagne et en Méditerranée. "Le ministère a demandé aux autorités locales de construire une planification stratégique des projets en mer, pour définir des zones à vocation. Ce travail est en cours, il devrait aboutir cet été". Cependant, la France ne veut pas reproduire les erreurs de l'éolien fixe : des prix plancher et plafond devraient être fixés dans le cadre des appels d'offres.

Réactions1 réaction à cet article

 

Traduire en langage courant : on est très loin du compte, ça coûte très cher, et on n'a pas de visibilité sur la durée de vie des machines. Combien de temps encore va-t-on supporter cet enfumage qui se traduit par un racket du consommateur ?! Les espoirs de divisions par 3 du coût alors même qu'on prétend que la technologie est mature, mais c'est clairement de l'escroquerie ! Et au bilan, au mieux, ça fonctionne et c'est réparable un mois sur trois : on fait quoi le reste du temps ?! Tant qu'on n'aura pas de solutions de stockage de dizaines de TWh, tant qu'il n'y aura pas de perspectives concrètes de réduction des coûts aux niveaux actuels, il faut considérer ces machines comme des prototypes, et ne surtout pas faire miroiter l'alimentation de dizaines de milliers de foyers !

dmg | 01 mai 2018 à 09h07
 
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