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Etalement urbain : vers une catastrophe sociale et environnementale ?

La loi Grenelle 2 aborde la question de l'étalement urbain et de l'artificialisation des sols sans fixer d'objectifs chiffrés. Pourtant, l'enjeu est social, économique et environnemental, comme le quantifie la FNAUT dans une étude sur la mobilité.

Aménagement  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Etalement urbain : vers une catastrophe sociale et environnementale ?
   

80 % des Français jugent que la voiture reste aujourd'hui un moyen de transport indispensable, selon un sondage Ifop publié le 25 mai dernier. Ce chiffre passe à 90 % pour les ruraux et les plus de 65 ans. Pourtant, la voiture ne fait plus rêver… Seulement 30 % des personnes interrogées estiment qu'elle est un outil de plaisir. Depuis l'augmentation du prix des carburants, 56 % des sondés l'utilisent moins, 4 % envisagent de s'en séparer. Il y a également ceux qui envisagent de déménager pour diminuer leurs dépenses transport (4 %)… Les transports pèsent en moyenne pour 15 % du budget des ménages aujourd'hui. C'est le deuxième poste de dépense, avant l'alimentation.

Dans une étude financée par l'ADEME, la fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT), qui dénonce l'étalement urbain et ses impacts sur les pratiques de mobilité, a suivi les pratiques de déplacement de 19 ménages ayant déménagé d'une zone périphérique vers le centre de Tours. Conclusions ? Si le nombre de déplacements reste stable, la longueur moyenne des trajets et l'usage de l'automobile sont nettement en baisse.

Déménagement en ville : place à une mobilité plus douce

Une précédente étude réalisée par l'agence d'urbanisme de Tours et Beauvais-Consultants avait montré qu'un ménage périurbain émettait en moyenne deux fois plus de CO2 qu'un habitant du centre ville au cours de ses déplacements (979 équivalent CO2/an/hbt contre 488). Bémol de cette étude : la sociologie de la population périurbaine n'est pas la même que celle du centre, il est donc difficile d'en tirer des conclusions claires. C'est pourquoi la FNAUT et Beauvais-Consultants ont souhaité poursuivre l'étude, en étudiant les pratiques de déplacement de 19 ménages qui déménageaient de la périphérie au centre-ville de Tours pour diverses raisons.

Premier constat : le nombre de déplacements n'a pas varié, mais la raison de se déplacer a changé. Pour le travail, les études, les achats et les loisirs, ils sont en hausse (de 7 à 14 %). Au contraire, les déplacements d'accompagnement (des enfants…) ont nettement chuté : - 40 %.

La longueur moyenne des déplacements est quant à elle passée de 9 à 6 km (- 33 %). Cette baisse est particulièrement marquée pour les achats (- 75 %), l'accompagnement (- 65 %) et les études (- 65 %), qui ne nécessitent plus que des déplacements de 2 km en moyenne. Elle est plus faible pour le travail (- 25 %) et les loisirs (- 15 %).

Les modes de déplacement ont nettement évolué. L'utilisation de la voiture chute de 42 %, au profit des transports collectifs (+ 40 %), du vélo (+ 100 %) et de la marche (+ 243 %).

Résultat : le kilométrage annuel effectué en voiture passe de 6.000 km à 3.700. La consommation annuelle de carburant passe de 474 litres à 298. Les émissions de gaz à effet de serre des ménages pour les déplacements ont baissé de 35 %.

Densifier l'habitat et créer une mixité des fonctions en ville

Cette étude qualitative et exploratoire, qui nécessite d'être poursuivie et menée sur un échantillon plus large pour pouvoir être extrapolée, démontre néanmoins l'impact d'une densification de l'habitat sur les pratiques de déplacement. ''L'idée qu'en s'installant loin du centre, on fait des économies est fausse, souligne Jean Sivardière, président de la FNAUT. Si le foncier est moins cher, les dépenses en chauffage, en transports sont plus élevées. Avec une hausse des prix de l'énergie, on s'oriente vers une catastrophe sociale''. Les dépenses d'énergie (habitat, transport) peuvent constituer jusqu'à 60 % du budget des ménages les plus pauvres aujourd'hui. Or, les politiques de la ville peinent à prendre ces questions en compte.

''On touche à des problèmes d'urbanisme, de localisation des activités. Cela dépasse la simple question des transports, analyse Pierre-Yves Appert, directeur Villes et Territoires durables de l'ADEME. On est très loin d'avoir résolu le problème''. Les enjeux sont pourtant économiques (coût des infrastructures), sociaux et environnementaux.

Si la loi Grenelle 2 inclut dans les documents d'urbanisme (SCOT, PLU, PADD…) un objectif de ''consommation économe d'espace'' et une ''analyse de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers'', aucun objectif chiffré n'est donné. ''L'étalement urbain se poursuit et même le SCOT le plus ambitieux conduit à un étalement urbain'', relève Pierre-Yves Appert.

 
Au Canada, il faut payer pour habiter loin Dans plusieurs provinces canadiennes, comme en Ontario, les promoteurs développant des projets de construction éloignés des centres-villes paient aux collectivités une taxe, selon le principe du pollueur-payeur. Cette pénalité est souvent reportée sur les acheteurs de maisons neuves.
 
Pour la FNAUT, il faut densifier l'habitat autour des gares afin de concevoir un aménagement en étoile autour des axes de transport collectif, développer des contrats d'axe pour développer les nouveaux quartiers autour de nouvelles lignes de transport. ''Pour cela, il faut élargir les compétences des autorités organisatrices de transport au logement'', explique Jean Sivardière. Il faut également se méfier des idées reçues : densifier, ce n'est pas entasser les gens dans des immeubles. Les logements haussmanniens sont beaucoup plus denses que les tours du XIIIè [arrondissement de Paris]".

La FNAUT préconise également de taxer plus fortement les logements inoccupés afin de favoriser leur remise sur le marché. 100.000 logements seraient libres à Paris, 6.000 dans une ville comme Grenoble. ''Nous devons également être capable de proposer des logements urbains plus grands, plus adaptés. Les événements démographiques dans la famille constituent les principaux facteurs de déménagement vers la périphérie'', note Pierre-Yves Appert.

Enfin, la FNAUT esime qu'il faut internaliser les coûts de la circulation automobile (congestion, ,nuisances sonores, pollutions) via le péage urbain, la taxation du stationnement des grandes surfaces en périphérie pour favoriser le commerce de proximité et encourager les nouvelles pratiques de transport (autopartage…).

Réactions14 réactions à cet article

 

La réforme des collectivités locales qui devait conduire à une meilleure maitrise des couts d'exploitation, des charges tant pour les particuliers que pour les élus n'a pas abordé ce sujet essentiel que représente le cout global.
Il faut une véritable volonté politique et budgétaire pour relever ce challenge sous peine d'accroître notre endettement en vivant ainsi à crédit; à ma connaisance aucune proposition sérieuse quantifiée , partagée par les professionnels reconnus sur ces sujets, compréhensible par les citoyens et mesurable n'a été esquissée - à l'aube des enjeux 2012 - par les partis politiques.
Il existe pourtant de nombreuses solutions notamment liées à la necessité d'une plus grande cohérence règlementaire entre les arrétés et les décrets pris par les minsitères Logement/Aménagement du territoire/Villes/Collectivités locales/Numérique/Budget/Transport notamment : Evaluons les projets et comuniquons sur des exemples réussis au lieu de stygmatiser les risques pris et donc les initiatives.

Eric BERGER | 10 juin 2011 à 10h33
 
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comme le souligne Eric BERGER, pas de gros bouleversement à attendre hélas sans une réforme territoriale à la hauteur. Pourtant celle qui est en cours est bien partie pour accoucher d'une souris : En Ille-et-vilaine par exemple, on passerait de 29 EPCI actuellement à 22 EPCI selon la proposition actuelle du préfet... quand bien même la réalité des bassins de vie se résume auj. à 6 ou 7 : Rennes, St-malo, fougères, Vitré, Redon, Dinan (22)

green e-motion | 11 juin 2011 à 14h48
 
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L'ADEME en ne regardant que le transport ne considère hélas qu'une partie du problème énergétique.

Comme le démontrent les réflexions des chercheurs du CSTB, il faudrait plutôt considérer l'ensemble voiture+logement.


Une maison "zéro-énergie", ou à énergie positive (susceptible donc d'alimenter un véhicule électrique), c'est en effet techniquement facile et pas monstueusement cher.

Tandis qu'un immeuble de centre ville de 6 étage à énergie positive, c'est pas gagné, surtout en rénovation !

Concentrer ou densifier l'habitat limite la surface de collecte des énergies renouvelables produites par le bâtiment (solaire thermique, et PV si on intègre la voiture électrique)...

Inévitablement intermittentes, les EnR pourraient être "tamponnées" par le logement et le véhicule (qui y est connecté 95% du temps !)



Voir la présentation chiffrée mais limpide de M. Daniel Quesnard :
http://actions.maisondelachimie.com/index-p-colloque_videos-i-0.html

Devoirdereserve | 15 juin 2011 à 10h56
 
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A quand une vraie politique d'aménagement du territoire qui tente de répartir harmonieusement la population sur l'ensemble du pays au lieu de l'entasser dans des villes hypertrophiées ? (mais peut être est il plus facile de contrôler quelques concentration ) la faiblesse relative de la France n'est elle pas dans ce quasi abandon industriel des zones rurales profondes ? dans cette affaire le principal n'est il pas que chacun soit proche de son lieu de travail ??? n'en déplaise aux "bobos " citadins , la ville n'est pas l'alpha et l'oméga de la civilisation !

Pierre | 16 juin 2011 à 09h23
 
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aux Devoirderéserve et autres Présumésinnocents:
pas si polluant que ça, votre résidence avec votre utopique véhicule électrique rechargée avec nos chères énergies fossiles; mais vous oubliez la consommation de l'espace, par les infrastructures et les équipements necessaire au fonctionnement de la vie d'une famille; le personnel pour les entretenir...Le privilège est un acte non citoyen qui se paye au prix fort

scal | 16 juin 2011 à 09h50
 
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Le sujet de l’étalement urbain est un sujet qui fâche, partout.
Au Québec, Vivre en ville a créé un film d'animation à ce sujet. Très bien fait à mon goût, il permet de réfléchir un peu, et prendre en compte les différents aspects de l'étalement urbain.
Oui à la densification, mais pas n'importe comment. La mixité doit être au cœur du projet.

Astrid | 16 juin 2011 à 16h59
 
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Pour voir le film d'animation, cherchez Sagacité.

Astrid | 16 juin 2011 à 17h01
 
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il me paraît aberrant de voir des concentrations urbaines qui rognent inexorablement sur les terres cultivables alors que la place manque de plus en plus. Les prix des logements atteignent des sommets, les logements sociaux sont financés par les revenus moyens qu'on ponctionne de plus en plus. On nous dit de (et on s'applique à le faire) consommer local mais les produits agricoles ne peuvent plus satisfaire la demande car il n'y a plus la place pour les cultiver, on est obligé de les faire venir de plus en plus loin. On est dans un cercle vicieux et on court à la cata.
Ca m'énerve qu'on prenne toujours les "bobos" des villes comme" tête de turc." J'estime ne pas en faire partie mais j'observe que ce sont eux sur les marchés qui viennent en vélo, qui utilsent des cabas et qui consomment local souvent au prix fort, même pour des familles de 3 à 4 enfants. Ils sont rarement "obèses" ou gavés de malbouffe et pour celà ils se privent souvent de sorties ou de distractions . Et d'ailleurs j'aimerais que ceux qui les citent le plus souvent donnent une définition précise de cette "catégorie de personnes". On ne fait pas forcément le choix d'habiter en ville mais parfois si, en tout cas on peut essayer de limiter les dégats environnementaux.
Quand je traverse la France du Sud-Est vers le Centre-Loire, ce qui me frappe effectivement, c'est ce désert quasi-inhabité; Il y a sûrement une politique du territoire à remettre à plat pour un rééquilibrage.

sibirskaia | 16 juin 2011 à 19h03
 
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donner envie et inciter à faire autrement : voilà déjà 2 objectifs auxquels les pouvoirs publics et leurs partenaires (SEM, banques, etc...) feraient bien de se coller sérieusement! Tant qu'il y a aura de gens à rêver devant 4 murs en parpaings posés au milieu de nulle part, on ne s'en sortira pas. Surtout qu'après coup, le rêve se transforme bien souvent en désillusion...
Comme sibirskaia, malgré nos petits salaires, nous avons fait le choix d'habiter dans un modeste appartement en ville plutôt qu'en pavillon "à la campagne" où en lotissement. Résultat : les achats du quotidien se font pour l'essentiel à pieds ou en vélo plutôt qu'en monospace Diesel. D'ailleurs, le monospace Diesel, nous n'en avons pas les moyens. Et notre seul et unique véhicule agé de 10 ans (qui consomme < 5L/100km) nous coute bien moins cher que la moyenne nationale...
C'est un choix de vie. Malheureusement, il faut bien se l'avouer, ça n'est pas encore celui qui fait rêver une majorité de foyer, quand bien même il offre une vraie qualité de vie.
Le jour où les banques et les collectivités locales iront dans ce sens, vous verrez que ça ira très vite...

GP | 17 juin 2011 à 09h42
 
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Une bonne partie du débat actuel (s'il y a vraiement débat) provient de l'absence de signal--prix pesant sur les décideurs. Ce ne sont pas les décideurs qui payent le résultat du "dé-ménagement du territoire".

Il est à espèrer qu'un signal-prix fort pesant sur chaque consommation d'énergie (irréversible par définition) permettra de doter une compensation sous forme d'énergie renouvelable, une forme d'amortissement pour renouveler la source d'énergie.

Maintenant à part le pilori ou des chatiments corporels en place publique pour les mauvais décideurs , je ne vois pas d'autre signal pour améliorer le cours des choses.

audaces | 21 juin 2011 à 12h33
 
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Comment apprécier le cout global des investissements immobiliers.
Aujourd’hui, nous construisons peu (335 000 logements en 2010 soit à peine 1% du parc actuel français) et cher ; la Conséquence : prix de vente prohibitif et - quelque part - « a-social » conduisant là une spéculation foncière de rééquilibrage. Le financement réel des 36 540 collectivités locales semble-être à ce prix.
Demain nous ne construirons pas davantage (environ -20 à -50% des besoins ne seront pas couverts sur les 5 prochaines années) et encore plus cher en raison du règlementarisme qui se développe et de la spéculation foncière ainsi encouragée qui désormais touche l’ensemble du territoire. Cette tendance à l’inflation règlementaire ne découle-t-elle pas d’une application zélée du principe de précaution : zéro risque, zéro défaut, tout au long du processus de construction ;elle affaiblit notre compétitivité (Cout horaires désormais souvent supérieur de 20 à 40% par rapport à l’Allemagne) conduit à un immobilisme, un aveuglement et, il faut le reconnaitre, des tensions sociales qui s’aggravent malgré les alertes incessantes , souvent pertinentes et argumentées ( CF Fondation Abbé Pierre) .On ne se préoccupe plus que du court terme, de l’investissement initial. C’est en quelque sorte comme si l’on contractait un prêt bancaire sans se préoccuper des taux, sans calculer le montant des charges de remboursement du capital ni les intérêts ? …et en ne comptant que sur les subventions

Eric | 22 juin 2011 à 11h46
 
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Peut on penser que les maires de nos dizaines de millier de communes sont tous compétents pour gérer un ^ problème aussi grave .Seule une politique cohérente d'aménagement foncier agricole et forestier serait un barrage efficace contre le gaspillage du foncier . Trop de spéculateurs peu de politiques ayant le courage de mettre de l'ordre

PAPY VERTACO | 22 juin 2011 à 19h19
 
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Je ne me sens pas du tout coupable d'exploiter un potager de 600 m2, un verger d'autant, attenant à ma maison, avec un poulailler où vivent 20 poules.

philippearistide | 20 août 2011 à 18h42
 
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@ philippearistide : attention à ne pas tout confondre...
La lutte contre l'étalement urbain ne signifie pas un rationnement de l'espace pour tous! Evidemment qu'il y aura tjrs des familles à habiter dans de grand espace, à commencer par les agriculteurs par exemple. Et on ne s'en plaindra pas!
D'ailleurs, il y a un siècle, plus de la moitié de la population française vivait dans de grands logements avec beaucoup de terrain. Et on ne parlait pas pour autant d'étalement urbain.
Que tout ceux qui rêvent d'habiter à la campagne au milieu des champs se (re)convertissent à l'agriculture (bio) : On en a grand besoin!

GP | 22 août 2011 à 16h13
 
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