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L'étang de Berre se dote (enfin) d'une feuille de route pour sa réhabilitation

Les différentes parties prenantes engagées dans la réhabilitation de l'étang de Berre ont présenté une feuille de route d'actions à mener pour améliorer la qualité de l'eau. Une étape importante pour reprendre le chemin du bon état.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
L'étang de Berre se dote (enfin) d'une feuille de route pour sa réhabilitation

« C'est un grand jour, s'est réjoui Didier Khelfa, président du syndicat mixte pour l'étang de Berre (Gipreb) lors de la restitution, vendredi 24 septembre, des travaux pour améliorer la qualité du deuxième plus grand étang d'eau salée d'Europe. Nos ateliers ont permis de construire des actions qui ont donné le jour à une feuille de route. »

La qualité de l'étang a été historiquement mis à rude épreuve, mise à mal par de multiples pollutions, notamment des rejets des industries du raffinage, de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas ou des stations d'épuration.

Si depuis les années 1980 des progrès ont été accomplis, l'équilibre de cette ressource reste toutefois précaire et nécessite que des solutions – parfois depuis longtemps sur la table – soient réellement mises en œuvre. La crise de l'été 2018 durant lequel l'étang a connu un important épisode d'anoxie l'a rappelé aux parties prenantes. Cet événement a conduit au lancement d'un groupe de travail présidé par le sous-préfet d'Istres, puis la mise en place d'une mission d'information parlementaire sur la réhabilitation de l'étang de Berre. Dans son rapport, celle-ci a notamment rappelé les solutions à engager, dont la diminution des rejets de la centrale hydroélectrique EDF de Saint-Chamas et la réouverture du tunnel du Rove. Deux options qui comptent parmi les points sensibles à l'origine des blocages.

 
Cette feuille de route est l'une des conditions pour un retour à l'équilibre  
Didier Khelfa, président du Gipreb
 

Cette nouvelle mise en lumière a néanmoins permis d'enclencher une autre dynamique et la constitution, en décembre dernier, de trois groupes de travail pilotés respectivement par les services de l'État, la métropole Aix-Marseille Provence et le Gipreb. De leur discussion émerge aujourd'hui une feuille de route pour rétablir la qualité des eaux.

Vers une utilisation d'une partie des rejets par le territoire ?

Le premier groupe de travail, conduit par les services de l'État, a permis de clarifier la gouvernance pour la réhabilitation de l'étang : les différents acteurs vont ainsi se doter d'un outil partenarial, le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (Sage), porté par la métropole d'Aix-Marseille. La collectivité compte également déléguer sa compétence gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi) à un établissement public d'aménagement et de gestion des eaux (Epage), dont le périmètre comprendra l'ensemble des cours d'eau qui se jettent dans l'étang.

Le groupe de travail est également revenu sur la question de la dérivation des eaux du canal EDF. Il propose d'engager une étude d'opportunité de dérivations partielles pour permettre une utilisation de l'eau par le territoire. « Nous sommes exposés à la sécheresse climatique et nous cherchons à nous débarrasser de 300 millions de mètres cubes d'eau douce, a pointé Renault Muselier. Je vais engager une aide pour voir avec le canal de Provence comment cette eau pourrait ne pas être perdue. »

Dans le même temps, EDF s'est engagée à réduire les quotas de rejets annuels ainsi qu'à les éviter durant la période d'estivale, lorsque l'étang est le plus vulnérable du fait notamment des hausses de la température. « Nous nous engageons de manière volontaire dans un dispositif de tests de nouvelles modalités de rejets – coconstruit, évalué et testé – en fonction des saisons et de l'étang de Berre, a indiqué Hervé Guillot, directeur d'EDF Hydro Méditerranée. Quand l'état de l'étang le permet, un déplafonnement du seuil du quota liquide est prévu. Et, dans le même temps, une diminution du volume annuel de rejet liquide de 25 % est prévue, soit une limite abaissée à 900 millions de mètres cubes. Ces nouvelles modalités doivent encore être étudiés avec RTE pour voir les effets de la réduction de la production locale. »

Des mesures d'atténuation demandées pour la basse Durance

Pour mémoire, différents acteurs, dont le Gipreb, appelaient à limiter les apports d'eau douce à un seuil de 600 millions de mètres cubes. Une restriction considérée comme trop forte par EDF et qui inquiétait également le Syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD). L'étang de Berre et la Basse-Durance représentent en effet les deux principaux exutoires de la chaîne hydroélectrique Durance-Verdon. Et donc la réduction des rejets dans l'un implique une augmentation dans l'autre. « Depuis le plan Barnier de 1994, c'est la troisième augmentation de rejet dans la Basse-Durance sans aucune étude d'impact, a pointé Yves Wigt, président du SMAVD. Nous rappelons la nécessité d'accompagner cette restitution : des mesures d'atténuation sur la biodiversité et la morphologie de la Basse-Durance ainsi qu'un accompagnement financier pour faire face aux surcoûts doivent intégrer la feuille de route. Sans cela, les élus de la Basse-Durance prévoient de se regrouper et de lancer une action contentieuse. » Une demande qui semble avoir été entendue au moins par la métropole d'Aix-Marseille.

Le groupe de travail 1 préconise par ailleurs une meilleure coordination des travaux envisagés en Basse-Durance pour prévenir des rejets non prévus dans l'étang de Berre, ainsi qu'un suivi de ces derniers à travers un comité opérationnel. Une meilleure communication sur les rejets est également prévue pour répondre à une demande des collectivités, des riverains et des pêcheurs.

Enfin, une autre valorisation est envisagée : celle des limons issus du bassin de décantation de Cadarache, conçu pour réduire la charge des « eaux EDF » rejetées dans l'étang. Construite dans les années 1980, l'infrastructure arrive aujourd'hui à saturation. Elle représenterait 9 millions de mètres cubes de sédiments. Le groupe de travail va se pencher sur le panorama des techniques de curage qui devrait être bouclé par EDF, début 2022. Il compte également lancer une étude de faisabilité sur de nouvelles filières locales de réutilisation des sédiments, par exemple dans le BTP, en agriculture ou pour la réhabilitation de carrières.

L'ouverture du tunnel de Rove à la courantologie relancée

Le second groupe de travail, animé par la métropole d'Aix-Marseille, s'est penché, quant à lui, sur la gestion et l'aménagement du bassin-versant. Avec comme mesure emblématique, la remise sur les rails de l'ouverture à la courantologie du tunnel de Rove. Initialement, ce dernier assurait la jonction entre le port de Marseille et l'étang de Berre à travers le massif de la Nerthe. Mais dans les années 1960, un effondrement et par la suite des murs de renforcement du tunnel ont condamné le passage des bateaux comme de l'eau.

Conséquences : l'eau du canal est désormais fortement dégradée, avec notamment des phénomènes de stratification des eaux, une pollution aux polychlorobiphényles (PCB) et des vases contaminées aux métaux lourds. Des déchets, notamment plastiques, s'accumulent également dans le tunnel et s'y dégradent.

L'idée retenue par le groupe de travail serait de réaliser un percement sous-marin dans l'effondrement et de l'équiper d'un clapet anti-retour (si nécessaire d'ajouter également un système de pompage). L'objectif serait d'améliorer l'état écologique du canal, mais également celui de l'étang de Berre. Le flux permettrait en effet un apport supplémentaire d'eau marine, pauvre en nutriments. Pour relancer cette proposition, le groupe de travail préconise d'actualiser les études sur l'état de la voute effondrée et de réaliser une étude d'impact de l'ouverture.

« La Région peut être le maître d'ouvrage, a assuré Renaud Muselier, le président du conseil régional de Paca. Nous assurerons un tiers du financement. »

Parmi les autres pistes réaffirmées par le groupe de travail : le renforcement de la mise en œuvre de la police de l'eau, l'accentuation de la désimperméabilisation, la création de bassins de stockage pour lutter contre la pollution par temps de pluie, une plus grande incitation à des conversions à l'agriculture biologique ou encore la poursuite de l'acquisition de terrains sur le pourtour de l'étang, amorcée par le Conservatoire du littoral.

Réhabiliter l'étang de Bolmon

Le dernier groupe de travail, conduit par le Gipreb, s'est intéressé à la gestion des milieux aquatiques. Il préconise notamment de définir les seuils des flux admissibles, notamment en phosphore et en azote, dans l'étang de Berre afin de reconquérir son bon état. Le groupe de travail demande également la mise en place d'un groupe d'experts pour évaluer la capacité de l'étang à accueillir des transplantations d'herbiers de zostères. Ces derniers présentent l'avantage d'assurer plusieurs rôles écologiques : une production d'oxygène, un stockage de carbone même également une capacité à stabiliser les sédiments grâce à leurs racines.

Le groupe de travail vise également à créer un cadre propice à la recherche scientifique coordonnée à travers la constitution d'une zone atelier.

Outre l'étang de Berre, le groupe de travail a également pointé la situation dégradée de l'étang de Bolmon. Ce dernier communiquait avec l'étang de Berre par trois ouvertures, les bourdigues, utilisées comme système de pêche. Aujourd'hui, une seule permet encore le passage de l'eau. Et cet étang s'avère fortement eutrophisé. Pour permettre le renouvellement des eaux, le groupe de travail a opté pour une ouverture de l'ensemble des bourdingues. Ils demandent toutefois l'installation dans le même temps de clapets anti-retour pour ne pas polluer davantage les eaux de l'étang de Berre.

Concernant l'activité de pêche, le groupe de travail préconise des actions de lutte contre le braconnage et l'établissement de quotas, mais également le développement de circuits courts ainsi que la valorisation des produits de la pêche par des labels. Il compte aussi identifier les filières d'élimination et de valorisation des algues vertes, qui prolifèrent dans le lac afin d'établir un plan d'élimination pour chaque collectivité.

Enfin, le groupe de travail compte poursuivre ses actions pour associer la société civile à la réhabilitation de l'étang de Berre.

« Cette feuille de route est l'une des conditions pour un retour à l'équilibre, a souligné Didier Khelfa. Mais il faut que cette dynamique s'inscrive dans la durée en gardant la volonté d'être à l'écoute de tous les acteurs. »

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