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Actu-Environnement

Etats généraux de l'alimentation : la déception pointe le bout de son nez

MAJ le 12/10/2017

Le premier volet des Etats généraux de l'alimentation s'achève. Les partisans d'une évolution du modèle agricole hésitent entre satisfaction et frustration, en misant sur le volet sur l'agriculture saine et durable pour ouvrir les sujets qui fâchent.

Agroécologie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

Selon un sondage réalisé par l'Ifop à la demande du WWF, les Français seraient prêts pour une réelle transition agricole et alimentaire. Ils sont 93% à considérer que leur santé est impactée par la présence de pesticides dans les aliments consommés. 70% d'entre eux auraient déjà adopté des habitudes de consommation plus durables et seraient prêts à aller plus loin. 69% seraient même prêts à payer plus cher pour leurs produits alimentaires pour permettre aux agriculteurs d'être mieux rémunérés. Des aspirations auxquelles les Etats généraux de l'alimentation (EGA) lancés en juillet dernier pourraient répondre.

 
Emmanuel Macron dit avoir le courage de réformer : avec les Etats généraux de l'alimentation, il a aujourd'hui l'occasion de le démontrer !  
Pascal Canfin, WWF
 
C'est en tout cas le souhait des organisations agricoles, rurales, environnementales, de santé et de solidarité internationale regroupées dans la Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire. Celle-ci a présenté 63 propositions en septembre dernier pour une agriculture qui réponde aux enjeux environnementaux et climatiques et créatrice de valeur. Mais pour l'instant, les 50 acteurs restent sur leur faim et la déception commence à se faire sentir. "Des décisions récentes sont incohérentes avec les objectifs des Etats généraux, remarque Bernard Pineau, directeur général du CCFD-Terre Solidaire citant : la non opposition à l'entrée en vigueur du CETA, l'abandon des aides au maintien dans l'agriculture biologique. Cela sape la confiance".

Passer des paroles aux actes

Les discussions engagées dans le premier chantier des EGA consacré à la création et la répartition de la valeur au sein de la filière agroalimentaire ne les rassurent pas : "Le Gouvernement défend la cohabitation de tous les modèles agricoles. Or, on ne croit pas à cette cohabitation", explique Laurent Pinatel, porte-parole de la confédération paysanne. La plateforme prône "le changement de modèle vers une alimentation de qualité et relocalisée afin de réconcilier les attentes de la société avec les actes de production". "Emmanuel Macron dit avoir le courage de réformer : avec les Etats généraux de l'alimentation, il a aujourd'hui l'occasion de le démontrer ! Dans le cas contraire, nous risquons fort d'assister au divorce entre le président de la République et les aspirations des Français sur le sujet", renchérit Pascal Canfin, président du WWF.

Dans son discours au marché de Rungis le 11 octobre, le Président de la République a déclaré que "notre agriculture doit réduire sa dépendant aux intrants chimiques (...) Le modèle dans lequel nous nous sommes enferré n'est pas soutenable" et a invité les agriculteurs à se fixer des objectifs et des engagements sur cinq ans, par exemple en pourcentages de production bio, en label de qualité, etc. La répartition de l'enveloppe budgétaire de 5 milliards d'euros sera conditionnée à ces objectifs. "Emmanuel Macron ne propose rien de contraignant et laisse le soin aux filière de se mettre d'accord", commente Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la nature et l'homme (FNH).

Un second volet très attendu

La seconde phase des EGA qui commence porte sur l'alimentation saine, sûre et durable. Le Gouvernement va-t-il ouvrir le débat de la transition du modèle agricole conventionnel ? Tous l'espèrent. Le discours d'Emmanuel Macron a été apprécié sur ce point : "Le président a longuement insisté sur la nécessité d'une transformation profonde de nos filières agricoles, et surtout de les emmener vers une qualité environnementale, sociale et économique. Il a également répondu à des demandes que notre mouvement porte de longue date", estime Michel Dubromel, président de France Nature Environnement. Mais les propositions entrevues dans la première phase des EGA ne sont pas de bon augure. "Il faut une convergence des politiques. Les modèles commerciaux mis en œuvre peuvent démonter les avancées en agro-écologie", alerte Bernard Pineau de CCFD-Terre Solidaire.

Tous attendent que le Gouvernement joue son rôle d'arbitre et surtout donne le point de départ de la transition des modèles et des pratiques : "Il faudrait une troisième phase de discussion, politique, pour fixer le cap, voire un projet de loi, alors que le ministre de l'Agriculture nous promet un agenda des solutions", explique Audrey Pulvar. Emmanuel Macron a annoncé qu'une loi viendra encadrer les suites de ces états généraux. "Il reste à voir comment les conclusions des 14 ateliers seront rédigées puis prises en compte dans cette loi. Il faudra également s'assurer de la cohérence entre les conclusions des prochains ateliers sur la santé et l'environnement et le contenu des contrats de filière qui doivent être finalisés avant la fin de l'année", commente France Nature Environnement.

"Faire une grande messe pour dire ce que l'on sait déjà alors que l'on ne veut pas mettre sur la table les sujets tabous...", s'insurge Allain Bougrain-Dubourg. Le président de la LPO vise en particulier les conditions d'élevage et d'abattage des animaux et les problèmes de santé rencontrés par les agriculteurs utilisant des pesticides. "L'un des grands absents des discussions reste la question de l'impact de l'élevage industriel. Réduire la production et la consommation de protéines animales est pourtant essentiel pour engager la transition du modèle agricole vers plus de local et de durable et répondre aux enjeux climatiques", commente Greenpeace. La place qui sera donnée au ministre de la Transition écologique dans ces débats est aussi une incertitude. Pour l'instant, seul le ministère de l'Agriculture a eu voix au chapitre. A l'occasion d'un déplacement aux 50 ans des Parc naturel régionaux, Nicolas Hulot a déclaré que son minitère "sera hautement associé".

Réactions6 réactions à cet article

 

Il ne fallait pas attendre de changement profond, pour cela il faut de la volonté politique, quant on confie les EGA à la Grande Distribution et la FNSEA, on a un résultat médiocre, qui se résume par le fait que le consommateur in fine va payer sans pour autant être certain que le paysan soit rémunéré de son travail. Pensez que passer en bio réduirait les super profits de l'agro-industrie, impensable ?

BJ50320 | 12 octobre 2017 à 09h28
 
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La politique de la FNSEA ,autrement dit celle des ministres de l'agriculture ,conduit les agriculteurs au désespoir .
On ne comprend pas l'entêtement des responsables ,ni d'ailleurs que les agriculteurs persistent à donner leur voix à ce syndicat qui les mène à l'échec .

sirius | 12 octobre 2017 à 10h32
 
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Feu Mr Belin était un grand homme qui a tant fait pour promouvoir une dimension humaine et environnementale à l'agriculture...

Continuons d'espérer (et d'importer du bio), il n'y a que cela à faire.

Nicolas | 12 octobre 2017 à 14h19
 
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Désolé, il faut redonner la parole aux vrais agriculteurs, ceux de l'agriculture "extensive", pas l'agriculture "intensive" où un max de profit est recherché, au détriment de la santé.
Désolé pour Feu Xavier Beulin, qui n'était pas que le défenseur des agriculteurs. Il était aussi, et peut-être avant tout, ce qu'on peut retrouver ds Wikipédia: Il défendait une industrialisation de l'agriculture.
Il a été président du conseil d'administration du groupe agro-industriel Avril de 2000 à sa mort.
Donc faut, en charge de FNSEA et autres organismes agriculteurs, des femmes et des hommes qui mettent leurs priorités ds le bon ordre ! En anglais on dirait: "Get your priorities right !"
YA+KA
Salutations
Guydegif(91)

Guy | 12 octobre 2017 à 17h40
 
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euh attention, nous sommes bien d'accord : mon commentaire était 300% ironique!

C'est un homme aux positions plus que contestables et doté d'une personnalité (a priori, je ne suis pas un proche) détestable.

Cdt,

Nicolas | 13 octobre 2017 à 09h44
 
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La FNSEA n'est qu'un ramassis de "petites têtes" qui entraîne la chute de l'agriculture qu'elle prétend défendre et ruine à petit feu la santé des Français. Ceux-ci ont exprimé leurs souhaits fort clairement à travers un sondage du WWF auprès d'un large panel de citoyens. MR Macron doit l'entendre: la cohabitation entre agriculture intensive
et durable n'est PAS POSSIBLE ni souhaitable. Des décisions drastiques doivent être prises, dans le sens de PLUS de RESPONSABILITE.

gaia94 | 17 octobre 2017 à 11h30
 
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