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Comment pérenniser le développement du mégaprojet Desertec ?

Alors que Desertec est en phase de transition après des accords signés récemment, le cabinet BearingPoint fait sept recommandations pour que le mégaprojet devienne réalité et pérenne face aux défis techniques, économiques et politiques à relever.

Energie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Où en est le projet Desertec qui prévoit l'installation de 100 GW d'énergies renouvelables au Maghreb et au Moyen-Orient à l'horizon 2040-2050 ? Quels sont les enjeux de ce pari intercontinental et comment s'assurer que ce projet géant devienne une réalité industrielle ? Autant de questions auxquelles le cabinet de conseil BearingPoint - associé au projet depuis juillet 2010 - entend apporter des ''réponses'' à travers son étude qui identifie ''sept facteurs clés de réussite" pour ce type de grand projet solaire.

Pour rappel : le projet Desertec, lancé en 2008 parallèlement au Plan Solaire Méditerranéen (PSM), a été formalisé en novembre 2009 avec la création du consortium industriel Desertec Industrial Initiative (Dii) qui réunit aujourd'hui 56 sociétés. Parmi elles, les principaux groupes allemands d'énergie à l'origine de l'initiative, E.ON, RWE ou encore Deutsche Bank, le réassureur Munich Re mais aussi le Français Saint-Gobain-Solar. Le but du projet est de répondre à hauteur de 15 % à la demande d'électricité de l'Europe d'ici à 2050 tout en satisfaisant une part substantielle des besoins en électricité des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA). Comment ? Via la création d'un grand réseau de parcs solaires thermiques implantés dans les déserts nord-africains mais aussi éoliens à travers la Méditerranée, en connectant l'Europe continentale aux pays de la zone MENA par des câbles à haute tension.

"7 facteurs-clés de succès''

Le projet ''pharaonique", selon le terme de BearingPoint, est ambitieux. Et ses obstacles restent nombreux : la faisabilité technique du projet, le risque d'instabilité politique au sud de la Méditerranée ou encore les conditions de son financement. D'autant que son coût total est estimé à 400 milliards d'euros par le Centre allemand de recherche aérospatiale (DLR) !, a  rappelé le 5 janvier Emmanuel Autier, associé chez BearingPoint, en présentant cette étude lors d'un débat organisé par BIP et Enerpresse à Paris.

Alors comment rendre le projet ''économiquement viable" et financer plusieurs milliards ? Si le taux de rentabilité de Desertec attendu  par le DLR ''est de 15% d'ici 2020/2030", il reste encore à "améliorer" ce niveau de rentabilité d'ici là en "attirant et rassurant les investisseurs'', a prévenu M. Autier. Si les technologies du solaire restent chères, le cabinet préconise avant tout de privilégier l'innovation technologique dans les pays du sud "pour diminuer les coûts in fine en s'entourant notamment, de start-ups innovantes, de facultés et de pôles de recherche". Ce qui est encore loin d'être le cas, regrette Kamal Faid, ex-président de l'observatoire méditerranéen de l'énergie, sachant ''qu'entre les pays du Maghreb, la possibilité de développer des politiques énergétiques communes n'existe pas encore''….

Côté technologies : l'optimisation des optiques et des fluides caloporteurs des panneaux solaires thermiques constitue "de nouvelles pistes d'innovation", estime M. Autier tout en soulignant que la technologie solaire thermodynamique (CSP) privilégiée par la fondation Desertec ''a déjà fait ses preuves aux USA et en Espagne''. De nouvelles technologies devront être testées ''pour abaisser le coût des systèmes actuels, déjà fiables''. Autre défi technique : la réduction de la consommation d'eau des systèmes à concentration, vitale en zone aride. Des améliorations limitant l'usage de l'eau (système de refroidissement hybride, à sec ou à eau dessalée) existent mais au détriment du rendement électrique et sont également plus chers.

Soutien nécessaire des Etats y compris de l'UE

"Des tarifs de rachat aidés, au moins pendant les premières années'', la mise en place des partenariats publics-privés (PPP) pour ''garantir des ressources financières suffisantes'' figurent parmi les autres recommandations du cabinet. ''Le besoin du soutien des états, de subventions (BEI, Banque mondiale, KfW…) est plus que jamais d'actualité", renchérit de son côté Philippe Lorec adjoint du directeur général de l'Energie et du Climat du Ministère de l'Ecologie. D'autant que les projets solaires européens y compris français font face à une instabilité réglementaire et des coups de rabot répétitifs de tarifs d'achat. Face à ces difficultés, M. Autier a souligné la nécessité d'une réglementation "cohérente et stable" dans les deux rives de la méditerranée en particulier à l'échelle européenne pour permettre ''d'établir un cadre juridique sur les connexions transfrontalières'' et d'''harmoniser l'approche des dispositifs fiscaux''. Alors que le printemps arabe et ses possibles conséquences sur la viabilité de Desertec, a souvent été évoqué, ''le risque politique n'est pas là où l'on imagine (…). Pour des investissements de 20 à 50 ans, le manque de stabilité des réglementations en Espagne, en France ou en Italie constitue un risque supérieur", confirme Lynn Nahmani, experte en financement de projets.

Ces éléments sont ''des préalables nécessaires qui permettront de faire évoluer la réglementation européenne dans le bon sens, de donner toute sa place à la concurrence", de construire un marché "unifié" de l'électricité verte pour fluidifier les échanges, d'après le cabinet. ''Une condition importante pour que l'électricité soit produite et injectée'', estime M. Autier. L'objectif est aussi d'améliorer la coopération Nord-Sud afin de construire une "relation durable gagnant-gagnant''. A l'instar du "modèle de coopération Chine-Occident" qui favorise ''le transfert de technologie'', selon lui.

Desertec ''en phase de transition"

Entre 1.000 à 1.500 projets sont visés par Desertec qui est actuellement en "phase de transition", a souligné Philippe Lorec. Sa première phase concrète pourrait intervenir avec la construction au Maroc d'un parc solaire d'une puissance de 500 MW près de Ouarzazate d'ici environ 5 ans. Le chantier du parc devrait démarrer dès cette année 2012. Ce premier projet, d'un coût de 1,9 milliards d'euros, doit servir de pilote pour Desertec, avant une réplication dans d'autres pays de la zone MENA dont l'Algérie. Dii a en effet signé en décembre 2011 un accord en vue d'un déploiement du projet dans le pays.Une étude de faisabilité a également été lancée en Tunisie l'an dernier et des discussions sont prévues en Egypte, selon la fondation.

Un autre accord important a été signé fin novembre 2011, entre Dii et l'initiative industrielle Medgrid (qui regroupe 20 partenaires dont les Français GDF Suez, EDF) jusqu'ici concurrents et relançant par la même occasion le plan solaire méditerranéen (PSM) visant 20 gigawatts (GW) d'énergie renouvelable d'ici 2020. Ce partenariat s'avère stratégique et est susceptible de concrétiser et de faire aboutir les projets issus des deux initiatives : Desertec se concentrant sur la production d'énergie renouvelable et Medgrid étant chargé des interconnexions sous-marines entre les deux continents européen et africain.

Réactions3 réactions à cet article

 

Desertec ou comment rester sur un système de production électrique hypercentralisé et remplacer une dépendance par une autre.
Ce projet est une ineptie.

brazz | 01 février 2012 à 21h02
 
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Les énergies renouvelables comme planche de salut providentielle pour les capitaux à l'affût des marchés juteux de demain!
Une aubaine pour les world-companies, toujours plus puissantes, qui accaparent les ressources planétaires et contrôlent déjà les appareils politiques, en Occident, mais aussi dans les pays émergents.

L'exemple français est édifiant : dans le domaine de l'énergie (comme dans le BTP), les groupes monopolistiques dictent à leurs acolytes politiques les mesures à prendre: dérégulation des tarifs , siphonage des subventions publiques, investissements biaisés par le chantage à l'emploi ou la supposée "conquête de nouveaux marchés à l'export", etc.
AREVA, GDF-Suez ou Proglio (PDG d'EDF, tout en émargeant aux CA de Veolia, Dassault, Natixis…) font la politique énergétique nationale, au mieux de leurs intérêts financiers.
Le nucléaire ayant un peu de plomb (ou de plutonium) dans l’aile, ces philanthropes ne dédaignent pas maintenant de se tourner vers des énergies plus médiatiquement correctes (même AREVA a créé sa filiale photovoltaïque). Mais attention, on est entre gens sérieux, ils ne s’agit pas de laisser quelques écolos-bricolos occuper le terrain. Nos méthodes, largement éprouvées dans les filières nucléaires ou gaz, seront tout aussi efficaces dans le renouvelable à l’échelle mégalo, avec centrales solaires de quelques térawatts en plein Sahara, au prix de quelques milliers de km de lignes THT à travers déserts et océans. Vision de rêve ou de cauchemar ?

moudiblouz | 02 février 2012 à 12h18
 
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Ce qui restera de l'initiative DESERTEC, probablement pas grand chose. On pourra imaginer que les 4 pays de l'Europe du Sud (Portugal, Espagne, Italie et Grèce) et les 3 pays du Maghreb puissent voir dans les deux décennies qui viennent 10% de leur énergie provenant du solaire thermique.
Quant à créer une nouvelle dépendance énergétique autour d'un système pharaonique implanté dans des zones instables (voire sous la coupe d'AQMI), ce serait totalement à côté de la plaque.

Gérard | 03 février 2012 à 14h11
 
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